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Arrêt de la 2G et de la 3G : quel impact environnemental ?

Selon le Comité d’experts technique de l’ARCEP, la migration des technologies 2G/3G vers les technologies 4G/5G permettrait un « gain récurrent continu et régulier de consommation électrique ». Mais l’impact carbone de cette migration n’est pas le seul critère à prendre en considération.

Début septembre, l’Arcep a publié un rapport de son Comité d’experts technique sur les réseaux mobiles évaluant l’impact carbone de l’arrêt des réseaux 2G/3G et de la migration de leurs services voix/SMS et M2M vers la 4G/5G. Selon ce rapport, la migration des technologies 2G/3G vers les technologies 4G/5G permet un gain récurrent de consommation électrique qui compenserait dès la première année le renouvellement anticipé des équipements devenus obsolètes.

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Selon ce comité indépendant dont s’est dotée l’ARCEP pour éclairer ses réflexions sur les enjeux techniques liés aux réseaux mobiles, les réseaux 2G/3G, malgré une baisse continue des usages qu’ils portent, représentent une part non négligeable de la consommation électrique des réseaux mobiles toutes technologies confondues : entre 21 % et 33 % de l’ensemble des stations de base des réseaux aujourd’hui et possiblement environ 17 % à horizon 2025. La migration des technologies 2G/3G vers les technologies 4G/5G permettrait donc un gain récurrent continu et régulier de consommation électrique.

L’étude a évalué les durées nécessaires pour atteindre le point d’équilibre entre le gain récurrent de consommation électrique et le coût carbone représenté par le remplacement anticipé des terminaux / objets connectés non compatibles 4G/5G. Le bilan carbone de la migration devient positif en près de deux mois, si les terminaux considérés n’incluent que les téléphones mobiles, et presque six mois si l’on prend également en compte certains objets connectés, tels que les terminaux de paiement, les compteurs intelligents et les interphones.

Des actions pour accompagner la transition

L’arrêt de la 2G/3G contribue selon le Comité d’experts de l’ARCEP à la réduction de l’empreinte carbone des réseaux mobiles. L’étude met en avant un certain nombre de mesures permettant d’optimiser cette réduction. En particulier, les résultats de l’étude montrent l’intérêt d’une anticipation de l’arrêt de la 2G/3G par les vendeurs de terminaux ou d’objets connectés, notamment en veillant à favoriser la commercialisation de téléphones ou d’objets connectés compatibles 4G/5G, dès lors qu’un calendrier d’arrêt de la 2G/3G a été annoncé par les opérateurs.

« Plus généralement, l’ensemble de l’écosystème peut œuvrer à optimiser la réduction de l’empreinte carbone des réseaux mobiles qui serait engendrée par un arrêt des réseaux 2G/3G, en veillant à anticiper celui-ci et en porter une attention particulière à la communication vers le public et les entreprises », peut-on lire dans l’étude.

Ainsi, s’agissant des dispositifs automatiques d’appels d’urgence qui sont embarqués dans les voitures conformément à la réglementation européenne « e-Call », il apparait souhaitable de veiller à ce que les dispositifs nouvellement mis en service soient compatibles 4G/5G, recommandent les experts du Comité.

Des limites à prendre en considération

Les auteurs de l’étude sont toutefois attentifs aux limites que présentent leurs travaux. « En partageant cette étude, le Comité d’experts vise à contribuer – à date et dans un cadre d’hypothèses bien définies – à une meilleure compréhension de l’impact carbone de l’extinction des réseaux 2G/3G. Le Comité a toutefois pleinement conscience des limites méthodologiques de l’étude, notamment celles liées à la disponibilité des données et à la délimitation du périmètre retenu pour les objets connectés – qui correspond au secteur des Technologies de l’Information et des Communications (TIC) tel que défini par l’UIT et n’inclut pas par exemple les systèmes embarqués dans les voitures ou dans les ascenseurs », préviennent les auteurs du rapport.

Autres limites de l’étude : elle n’est centrée que sur l’impact carbone et n’a donc pas examiné les autres catégories d’impacts environnementaux. Par ailleurs, d’autres enjeux peuvent être induits par l’extinction de la 2G/3G comme le coût pour les utilisateurs du changement de terminaux ou d’objets connectés qui ne font pas partie du champ de l’étude.

Un certain nombre de chercheurs émettent eux aussi des réserves sur l’arrêt des réseaux 2G et 3G. C’est le cas du GDS EcoInfo, groupement de service du CNRS dont la finalité est de réduire les impacts négatifs environnementaux et sociétaux du numérique par des actions d’évaluation, de sensibilisation, de formation et des expertises basées sur des travaux académiques. Ce groupe est composé d’une soixantaine de personnes issues de différents organismes (CNRS, Inria, Universités, Institut Mines-Télécom, Arts et Métiers), exerçant des métiers variés (ingénieurs, chercheurs, enseignants-chercheurs).

Et si la sobriété était de ne pas réallouer les fréquences libérées par la 2G et la 3G ?

Les chercheurs du GDS EcoInfo mettent en avant les inévitables effets rebond que l’arrêt des réseaux 2G et 3G provoquera, la hausse des usages risquant d’annuler les gains d’efficacité énergétique offerts par la 4G et la 5G. Ils se posent en parallèle la question de savoir s’il faut absolument réutiliser ces gammes de fréquences de longue portée au profit de la 4G et de la 5G.

« Dans un contexte de sobriété numérique, la baisse du trafic mobile peut passer par une réduction du nombre de fréquences allouées. L’allocation des fréquences entraîne en effet une augmentation de la bande passante disponible, ce qui pousse en retour les utilisateurs à consommer plus de données mobiles. L’allocation de nouvelles fréquences implique également le déploiement de nouveaux équipements de réseau ou de nouveaux composants électroniques qui rendent les équipements déjà installés plus énergivores », déclarent les auteurs d’une note intitulée « Préparer le futur des réseaux mobiles » qui apporte des réponses à la consultation publique que l’ARCEP a lancée en 2022 sur le futur des réseaux mobiles.

« L’extinction des réseaux 2G et 3G doit être l’occasion de désallouer une bande de fréquence équivalente plutôt que de l’allouer à des technologies 4G ou 5G qui risqueront à terme d’être plus énergivores à cause du trafic qu’elles induiront et des nouveaux équipements à installer », concluent les chercheurs du GDS EcoInfo. Entre sobriété numérique d’un côté et performances accrues de l’autre, le débat est loin d’être clos.

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