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Banques et Assurances : vers plus de maturité dans l’inclusion des start-up ?

L’avènement de la plateformisation des services, notamment pour les banques et les assurances, a soulevé la nécessité pour les entreprises d’inclure l’innovation dans leur démarche. Alexandre Jeanney, en charge de l’incubateur French Assurtech, et Pierre-Éloi Acar, à la tête d’Arkéa Lending Services, partagent le même constat : pour mener à bien leur transformation numérique, les entreprises ont besoin d’encourager les start-up et intégrer leurs méthodes agiles au sein des métiers.

Piloté par l’association Niort Tech et en collaboration avec la Communauté d’Agglomération du Niortais et le MEDEF Deux-Sèvres, l’incubateur réunit aujourd’hui sept géants de l’assurance : la MAIF, la MACIF, la MAAF, l’IMA Groupama Centre Atlantique, le P&V Group et La Mutuelle de Poitiers. © Darri

“On était les concurrents d’hier, on est certainement pas ceux de demain, lance Alexandre Jeanney, Responsable de l’accompagnement et de l’accélération des startups dans le cadre du projet French Assurtech. Donc on se met autour de la table pour infuser cette transformation et l’appréhension d’un nouvel écosystème.”

Le projet French Assurtech est le résultat d’une volonté de fédérer des acteurs majeurs de l’assurance mutualiste autour d’une initiative d’accélération de start-up. Piloté par l’association Niort Tech et en collaboration avec la Communauté d’Agglomération du Niortais et le MEDEF Deux-Sèvres, l’incubateur réunit aujourd’hui sept géants de l’assurance : la MAIF, la MACIF, la MAAF, l’IMA Groupama Centre Atlantique, le P&V Group et La Mutuelle de Poitiers.

“A l’origine, cette impulsion vers plus de coopétition suscitait beaucoup de doutes mais aujourd’hui les compagnies d’assurance viennent vers nous car on a convaincu sur la réussite de notre modèle, affirme Alexandre Jeanney. Mais chaque directeur métier a son quotidien, ses responsabilités… donc la deuxième étape est de faire remonter ce besoin plus haut dans la liste des priorités.”

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Côté banques, le constat reste similaire : “Les métiers de la banque de demain vont changer et il faut accompagner et intégrer toutes les pépites de la fintech, affirme Pierre Éloi Acar, Directeur général d’Arkéa Lending Services, la plateforme de financement B2B du Crédit mutuel Arkéa. C’est un milieu qui doit évoluer ensemble même si c’est assez concurrentiel… C’est pourquoi nous avons choisi de travailler avec les fintechs, que cela soit au niveau technologique mais aussi marketing et en termes d’analyse de crédits. Notre philosophie c’est de dire qu’ensemble nous contribuons à faire émerger un certain nombre d’acteurs qui vont apporter de la valeur ajoutée à l’écosystème de la finance de demain.“

Le Crédit mutuel Arkéa est un groupe de bancassurance coopératif et mutualiste français qui est composé des fédérations du Crédit mutuel de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central ainsi que d’une trentaine de filiales spécialisées. Lorsque la filiale Arkéa Lending Services est lancée en octobre 2018, le groupe Arkéa a pour vocation de mettre à disposition un portail unique qui va accompagner l’emprunteur depuis sa sollicitation de financement jusqu’à la signature du contrat. Les contrats sont édités en ligne avec un dispositif de signature électronique en quasi-instantané.

Finie la signature manuscrite et l’envoi postal d’un contrat, place à la plateformisation qui offre des moyens plus rapides de déblocage des fonds et une flexibilité plus avantageuse pour les emprunteurs ; de quoi optimiser et fluidifier considérablement la chaîne transactionnelle.

L’Assurtech : un écosystème en proie à plus de disruptivité

La raison de cet intérêt soudain pour l’incubateur ? Un besoin urgent d’innovation depuis que des petits acteurs ont démontré qu’il est possible d’obtenir une accréditation de compagnie d’assurance sans fonds propres conséquents. C’est le cas de la start-up Alan, qui a levé consécutivement 23 et 40 millions d’euros en l’espace de quelques mois d’intervalle. De petits acteurs viennent disrupter le marché et French Assurtech entend mettre ses compagnies à la page des nouvelles innovations.

Responsable de l’accompagnement et de l’accélération des startups dans le cadre du projet French Assurtech

“Un des critères de sélection des start-up, c’est la disruptivité mais c’est pas le seul, précise Alexandre Jeanney. Il y a aussi des besoins à l’intérieur des groupes qui ne sont pas nécessairement disruptifs comme obtenir des solutions plus agiles. C’est le facteur commun à toutes les organisations qui disposent parfois de systèmes d’information assez anciens.”

L’incubateur procède donc par une première sélection d’une centaine de start-up. Puis, par un processus d’écrémage, les candidatures sont réduites à une dizaine de vainqueurs qui seront intégrés directement dans l’accélérateur. Ces start-up bénéficient alors d’une formation de 9 mois dans laquelle elles seront “challengées par l’opérateur d’accélération StartupPalace” et rapprochées des grandes mutuelles au sein d’ateliers collectifs.

“La clé de notre réussite : c’est nos parrains. Ils assurent le suivi des start-up et font le pont entre les deux en permettant la transition au niveau opérationnel. C’est un rôle d’intermédiaire qui n’est pas facile tous les jours car les grands groupes ont un temps d’innovation plus long que celui des startup… ils ont le rôle d’évangéliser sur les enjeux des Assurtech et convaincre en interne ce sur quoi elles sont disruptives et comment elles peuvent être adaptées aux entreprises.“

Fintech : rattraper le retard technologique

Directeur général d’Arkéa Lending Services, la plateforme de financement B2B du Crédit mutuel Arkéa

“On opère dans un milieu qui est relativement en retard sur les questions technologiques, rappelle Pierre-Éloi Acar. Quand on parle d’édition automatique, de signature électronique… c’est déjà disruptif. On est encore assez loin de tout ce qui est intelligence artificielle et blockchain. Notre enjeu est de faire accepter ces outils qui fonctionnent bien.

C’est en rendant l’écosystème financier perméable à l’innovation que les entreprises pourront rattraper ce retard technologique. Les start-up sont d’ailleurs au premier plan puisqu’elles “vont apporter de la valeur ajoutée dans l’écosystème de la finance de demain”. Mais leur marge de manœuvre demeure encore limitée. Tout d’abord le temps : les discussions avec les établissements de crédit peuvent prendre jusqu’à un an, alors qu’une fintech, techniquement, n’a pas un an devant elle. Ensuite, les contraintes réglementaires. Dans ce contexte, le soutien du groupe Arkéa est forcément précieux ! »

La plateformisation est sans aucun doute une des clés pour l’assurance et la banque de demain mais accélérer et accompagner les start-up disruptives dans ce domaine n’est pas pour autant suffisant. C’est aussi et surtout un travail d’identification des besoins opérationnels des entreprises et un effort d’intégration des solutions plus agiles au sein même des métiers.

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