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Formation – Le code, une nouvelle langue à maîtriser

Formation - Le code, une nouvelle langue à maîtriser
Formation - Le code, une nouvelle langue à maîtriser

Simplon.co, installé à Montreuil, propose des cours aussi bien pour les enfants, que de la formation continue ou un enseignement pour les jeunes, avec ou sans le bac

HTML, CSS, php, Javascipt, C++, Python, Ruby… les outils numériques de notre environnement quotidien parlent des langages informatiques abscons pour le plus grand nombre d’entre nous. Apprendre à coder devient un apprentissage élémentaire.

«Yes We Code » : c’est la phrase qui défilait sur l’écran des ordinateurs des postulants à la première promotion de l’école 42 de Xavier Niel, ouverte en novembre à Paris pour former des développeurs. Barack Obama ne désapprouverait pas cet emprunt à son slogan… Il a lui même soutenu la campagne « Hour of Code », lancée le 9 décembre aux Etats-Unis. « N’achetez plus de jeux vidéos, créez en un ! Ne jouez pas seulement avec votre téléphone, mais programmez-le », a déclaré le président américain dans une vidéo mise en ligne pour la Computer Science Education Week, une initiative de Code.org, association qui promeut l’éducation à l’informatique. D’autres personnalités, de Marc Zuckerberg (Facebook) à la chanteuse Shakira, ont fait la promotion de Hour of Code. En quelques semaines, 20 millions de personnes, dans 170 pays, ont expérimenté l’écriture de quelques lignes de code informatique, dans des écoles, des associations… Code.org constate le déficit de développeurs informatiques auquel sont confrontés les Etats-Unis (et bien des pays d’Europe). L’association estime qu’en 2020, un million de postes ne pourra être pourvu aux Etats-Unis, faute de diplômés compétents.

Lire, écrire, compter et… coder
Mais l’ambition de généraliser l’apprentissage du code ne se limite pas à pallier cette pénurie. Dans une tribune, publiée en décembre, le président du Syntec Numérique, Guy Mamou-Mani, explique l’enjeu : « Il n’est plus temps de former aux seuls outils techniques du numérique. Aujourd’hui, pratiquement tous, nous les utilisons. Plus important, c’est d’apprendre à utiliser le numérique dans tous les domaines de la vie pour étendre ses compétences et ses capacités, donc d’acquérir une culture numérique, de l’initiation au code à la compréhension de la logique des computer sciences, en passant par l’acquisition de compétences en traitement des données et par l’aptitude au travail collaboratif. » L’idée se répand qu’au même titre que « lire, écrire et compter », coder pour apprendre des rudiments de langages informatiques et comprendre la démarche de programmation devra faire partie des apprentissages de base pour vivre dans l’environnement numérique qui régit une part croissante des activités humaines. Un pays comme l’Estonie a déjà adapté ses programmes scolaires en conséquence. En France, le ministère de l’Economie numérique n’en est encore qu’au stade de la réflexion, avec l’Education nationale. Enseigner le code dans le cadre des activités périscolaires mises en place avec la réforme des rythmes scolaires, conditionner la délivrance du label French Tech à un quartier numérique à l’existence d’espaces de formation au code, sont des pistes à l’étude…

En attendant, des initiatives privées ont pris les devants. Simplon.co, installé dans une ancienne fabrique à Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui se définit comme « espace de formation intensive au développement Web/ mobile, et d’accompagnement entrepreneurial numérique », est la plus emblématique. Son pari : permettre à tous de « maîtriser la langue des ordinateurs et des machines », explique Frédéric Bardeau, cofondateur, convaincu que cette maîtrise permettra de retrouver « le pouvoir d’agir » au lieu de subir passivement la technologie. Orange, Microsoft, SAP, Samsung et la région Ile-de-France, le soutiennent. Outre son Kid Coding Club pour enfants le mercredi, et des cours à la journée pour particuliers dans le cadre de la formation continue, Simplon accueille, depuis octobre, une première promotion de vingt-huit jeunes avec ou sans le bac, rémunérés, pour six mois. L’emploi du temps alterne les acquisitions de notions sur les langages (principalement Ruby) et la mise en pratique sur un projet. L’une développe une application pour utilisateurs de vélos, un autre un service pour poster son courrier sans quitter son bureau… Radio Nova leur a aussi confié la programmation d’un robot « animateur »… Pour Frédéric Bardeau, il ne s’agit nullement de faire de tout le monde un développeur, mais que chacun apprenne à parler cette langue, qui devient dominante.

70 cadres de La Poste en “atelier Code”
La démarche commence à intéresser de grandes entreprises. La Poste, dans le cadre de son Lab Postal annuel, a proposé à soixante-dix managers de suivre un atelier d’1h30 sur le code, animé par Simplon. Sylvie Joseph, directrice des programmes de transformation interne au sein de la direction numérique du Groupe La Poste, avoue y avoir participé en pensant que c’était une perte de temps pour un manager généraliste. Mais l’expérience l’a convaincue. « On a codé en Ruby le jeu Pierre/Feuille/Ciseaux. Un peu ardu au début, mais on y arrive, et c’est ludique. J’ai trouvé cela passionnant, et surtout très structurant pour la pensée. Cela oblige à réfléchir sur la façon de poser l’équation du problème, à identifier ses variables. » Et, poursuit-elle, « cela permet de comprendre de quoi parle l’autre, alors que nous travaillons de plus en plus en projets avec des directeurs informatiques », pour lancer de nouveaux services accessibles par des applications. Pour Bertran Farenc, chef de projet de l’équipe de Sylvie Joseph, cette familiarisation doit permette aux prescripteurs de gagner du temps pour rédiger un cahier des charges, un appel d’offres, lancer de nouveaux produits. Même s’il a moins de 30 ans et baigne dans les outils numériques de longue date, formé à Sciences-Po, il admet que lui non plus « n’avait jamais rencontré une ligne de code jusqu’ici. La fracture est moins entre générations qu’entre développeurs/ingénieurs et les autres », confie-t-il.

Pour approfondir l’expérience, la direction du numérique de La Poste a lancé un appel d’offres pour une formation de deux jours destinée à ses quatre-vingts collaborateurs. Ainsi, le code perd peu à peu le mystère d’un langage secret pour geeks. La multiplication des « hackathons » et surtout la publicité autour de ces « marathons de programmation » où l’on développe par équipe en un week-end logiciels, applications, sites Web… illustrent ce changement. Jacinthe Busson, cofondatrice de Kontest, plate-forme de création de concours en ligne pour des clients comme La Redoute, est une habituée des hackathons. Graphiste, elle apporte aux développeurs ses conseils en design Web. Et elle constate que « de plus en plus, de designers et de gens de marketing participent à ces rencontres ». Elle-même a décidé d’apprendre le langage CSS, utilisé pour définir l’aspect d’un site Web, il y a quelques années : « En tant que graphiste, j’étais agacée d’être toujours dépendante d’un développeur pour matérialiser le rendu des maquettes des pages Web que je créais. » Elle a acquis les bases avec les cours en ligne du Site du Zéro (devenu OpenClassrooms)… Apprendre à coder lui a permis de gagner son autonomie. Depuis, elle ne cesse de se former pour se tenir à jour. Et chez Kontest, qu’elle a créé avec son compagnon Sylvain Weber, développeur passé par Google France et Dailymotion, l’équipe commerciale devrait être initiée par l’équipe des développeurs aux bases du Javascript, au fonctionnement d’un programme. Car, pour collaborer, mieux vaut parler la même langue !

Photo : Simplon.co

Cet article est extrait du n°7 d’Alliancy, le mag

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