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L’impact réel des produits reconditionnés dépend du comportement des utilisateurs

L’Ademe publie une étude établissant les bilans environnementaux des équipements reconditionnés (smartphones, tablettes, ordinateurs fixes et portables…) afin de les comparer à leurs équivalents neufs sur l’ensemble de leur cycle de vie (ACV). Un rapport riche d’enseignements.

L’étude de 186 pages de l’Ademe, intitulée « Évaluation de l’impact environnemental d’un ensemble de produits reconditionnés », met en avant le message principal suivant : un outil numérique reconditionné permet de prévenir l’extraction de matières premières et les émissions de gaz à effet de serre (GES) issues de la phase de fabrication.

Ainsi, un téléphone mobile reconditionné permet de prévenir l’extraction de 76,9 kg de matières premières et l’émission de 24,6 kg de CO2eq (GES) par année d’utilisation. En 2020, avec des ventes estimées à 2,8 millions d’unités, ce sont approximativement des économies de 215 000 tonnes de matières premières et 69 000 tonnes d’équivalent CO2.

L’achat d’un ordinateur portable reconditionné à la place d’un ordinateur portable neuf permet quant à lui d’éviter l’émission de 27 kgeqCO2 par an, soit l’équivalent de 82 km en voiture. Par ailleurs, choisir un ordinateur reconditionné permet, pour chaque année d’usage, d’éviter l’extraction de 127 kg de matière ainsi que la production de 314 g de déchet électronique.

Éviter de changer trop de pièces lors du reconditionnement

Si des impacts environnementaux sont toujours à compter, notamment ceux relatifs à l’approvisionnement des matières premières, la consommation énergétique des sites et les changements des pièces, l’ADEME rappelle qu’éviter le plus possible les changements de pièces de l’appareil permettent de limiter encore plus les impacts.

Si des changements de pièces sont indispensables, il est préférable d’utiliser des pièces de seconde main. À titre d’exemple, l’écran, la RAM et le disque constituent la majorité des impacts de l’équipement (de 20 à 57 % de l’impact du neuf) : si l’augmentation de durée de vie est inférieure à 5 ans (durée de première vie), alors le reconditionnement en changeant la plupart des pièces par des pièces neuves a un impact supérieur à la production d’un équipement neuf utilisé pendant 5 ans.

Pour amplifier les gains environnementaux de la filière, un approvisionnement local permet de réduire les impacts environnementaux négatifs. Par ailleurs, l’étude révèle que le reconditionnement est d’autant plus vertueux qu’il est réalisé le plus tard possible dans la vie l’équipement, et quand la durée de vie du produit est réellement augmentée par les opérations de reconditionnement.

L’impact sur le dérèglement climatique dépend du comportement des utilisateurs

L’étude de l’Ademe permet d’illustrer l’intérêt de l’acquisition d’un équipement reconditionné en fonction du comportement du premier utilisateur et des suivants, dans une approche « marché ». Cette approche est liée à la durée d’usage théorique : trois ans pour un smartphone neuf et deux ans pour un reconditionné.

Le graphique ci-dessous permet d’identifier simplement les scénarios d’achat de smartphones reconditionnés plus ou moins vertueux que l’achat neuf (d’un point de vue dérèglement climatique) selon six comportements d’achat sur une période de six années :

Le cas minimisant les impacts sur le dérèglement climatique de façon systématique est l’achat mesuré : achat tous les trois ans (ou plus) d’un équipement reconditionné ayant eu une première vie de trois ans (ou plus).

Enfin l’Ademe souligne que, pour maximiser l’évitement d’impact permis par le reconditionné, il conviendrait que les utilisateurs protègent, réparent et fassent durer leurs équipements neufs et reconditionnés, ne fassent l’acquisition d’accessoires que lorsque cela est nécessaire, privilégient le reconditionnement local en circuit court et choisissent des équipements plus anciens pour être dans une dynamique réelle d’économie circulaire et de seconde vie.

La méthodologie de l’étude

L’unité fonctionnelle choisie pour l’étude porte sur le fait de « Posséder et utiliser un équipement pendant un an ». L’ensemble des impacts considérés est donc ramené à une année d’usage. Les impacts environnementaux sont divisés par le nombre d’années d’usage moyen de l’équipement considéré. L’analyse de cycle de vie des produits neufs nécessaire à la comparaison des impacts avec les produits reconditionnés ayant déjà été réalisée dans le cadre de l’étude ADEME-ARCEP « Impact du numérique en France » et à travers la création de la base de données d’inventaires du cycle de vie NegaOctet, l’étude porte prioritairement sur les impacts directs du reconditionnement.

Dans ce cadre, les analyses ont été réalisées comme suit :

‐ Création d’un modèle de référence, représentatif des données de marché collectées,

‐ Déclinaison de ce modèle pour mettre en avant les impacts des différents modes de reconditionnement, à savoir : nettoyage simple, changement de pièces, changement de pièces de seconde main, reconditionnement en circuit court, reconditionnement mondialisé.

En complément, deux approches comparatives ont été proposées :

‐ Une approche par substitution (approche de référence) dans laquelle on considère que l’achat de l’équipement reconditionné remplace totalement la production d’un équipement neuf.

‐ Une approche par amortissement (approche alternative) dans laquelle une part des impacts de la première vie de l’équipement est affectée à l’équipement reconditionné si le reconditionnement intervient avant la fin de première vie théorique de l’équipement

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