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La sécurité, c’est d’abord l’employabilité

Les mutations profondes qui affectent les piliers de l’emploi en France et qui ne se limitent pas au secteur du digital, invitent aussi à mesurer combien la confiance en son avenir professionnel dépend de quel « demain » nous avons en tête.

Emmanuel Stanislas, Fondateur de Clémentine, cabinet de recrutement spécialiste du digital et de l’IT

Dans un monde en pleine mutation, dans lequel de nombreux métiers disparaissent et où des activités qui semblaient pérennes peuvent très rapidement être remplacées par d’autres, la question de la sécurité des parcours professionnels ne saurait plus se poser aux candidats dans les mêmes termes qu’hier. Elle se situe désormais ailleurs que dans la simple opposition entre différents types de contrats à l’embauche.

S’il demeure associé à l’idée d’un emploi stable, aucun CDI (et peu importe son niveau de qualification), ne peut être considéré comme « éternel ». Sa durée peut aussi se révéler très courte : 13% des recrutements ne sont pas confirmés après une période d’essai et plus de 36% des CDI sont rompus avant leur premier anniversaire ; (un taux qui monte à 46,7% chez les salariés de moins de 24 ans)[1].

Par ailleurs, ce n’est un secret pour personne, il a toujours existé quantité de moyens pour mettre un terme à un CDI : un employeur fermement décidé à licencier qui lui déplaît n’aura qu’à mettre suffisamment d’argent sur la table pour qu’in fine, cela devienne possible. Parallèlement, un entrepreneur dont l’activité décline ne pourra jamais conserver tous ses employés en CDI. Enfin, armé de compétences qui n’ont plus cours sur le marché, inutile d’espérer une quelconque sécurité de l’emploi. Le job immuable n’existe pas. Le danger est-il plus grand aujourd’hui qu’hier ? Rien n’est moins certain.

Nouveaux défis et nouvelles possibilités

La part des CDD dans les embauches a atteint 87% en 2015[2], on le constate, les modèles du parcours professionnel ont déjà beaucoup changé et présentent de nouveaux défis. Il serait simpliste de n’y voir que le pire car il y a aussi du meilleur.

En effet, CDD ou CDI, mission en free-lance, (1 075 000 auto-entrepreneurs recensés en 2015[3]), les candidats n’ont pas tous une même sensibilité à la pérennité de leur poste ni à la nature de leur contrat. Si une majorité d’entre eux considère le CDI comme préférable, elle en mesure aussi les limitations : certains profils préféreront rester sans engagement durable par choix, parfois aussi dans l’objectif de créer leur propre entreprise (et donc leur propre emploi) ; d’autres apprécieront de pouvoir à tout moment partir exercer à l’étranger ou bien rejoindre leur conjoint(e) rencontré(e) dans une autre région, voire changeront complètement de secteur d’activité. Pour d’autres, seuls le projet et sa réalisation comptent dans leur choix. Pas d’inquiétude pour demain, ils vivent le moment, pleinement et sereinement. La mission réussie, ils savent qu’ils se verront naturellement proposer une évolution en interne ou un poste ailleurs. Chaque mois, ce sont entre 20 000 et 32 000 ruptures conventionnelles de contrat qui sont enregistrées [4] pour des motifs divers. C’est aussi parce qu’il n’est pas toujours bon de conserver un même emploi. Le statu quo n’est pas forcément synonyme de sécurité car il ne renforce pas l’attractivité d’un profil dont aujourd’hui, on préférera s’assurer qu’il a su s’adapter et évoluer.

La priorité : cultiver son employabilité

Les jeunes talents ont-ils renoncé à toute idée de « sécurité » ? Certainement pas, mais ils ont tout intérêt aujourd’hui à s’appuyer sur d’autres certitudes que celles d’un même emploi à vie. Leur avenir est désormais étroitement lié à leur « employabilité », c’est à dire à leur capacité à cultiver, tout au long de leur parcours des qualités (et pas seulement des compétences) qui leur permettront de rebondir plus facilement d’un emploi à un autre. (Selon une étude de Hay Group, le taux de turnover en entreprise en France pourrait dépasser les 15% dès 2018.) …

Développer son employabilité c’est par exemple, ne pas chercher dès la fin des études, à sécuriser son parcours en privilégiant un poste dont les missions n’évolueront que très lentement, au risque de sortir de la course. C’est également ne pas restreindre sa recherche aux entreprises proposant immédiatement un CDI (alors même que de nombreux contrats dans le monde du digital se présentent sous la forme de CDD renouvelés, avant de se transformer en CDI.) Mais plus important encore, développer son employabilité, c’est savoir cultiver un ensemble de qualités aujourd’hui essentielles : savoir multiplier les rencontres et les échanges, savoir s’adapter et collaborer en bonne intelligence avec d’autres, être attentif aux transformations, savoir saisir les opportunités, et donc… savoir prendre des risques.

Vers une autre conception de la sécurité 

Les attentes des candidats sont sensiblement les mêmes qu’hier : ils souhaitent pouvoir se projeter dans l’avenir sereinement. Pourtant, développer son employabilité suppose aussi d’abandonner certaines croyances : la sécurité ne peut plus être associée aux seuls grand groupes (les plans sociaux et la fragilisation de certains l’attestent) ou au secteur public, (qui ne recrute plus ou presque qu’en CDD). On estime aujourd’hui qu’un candidat changera 5 à 13 fois de poste au cours de sa vie professionnelle. Les plus à l’écoute estiment que la sécurité s’apparente à bien vivre les changements : « il y a des choses à faire, ce sont de bonnes choses et on peut les réaliser ».

Quel demain avons-nous en tête ?

De nouveaux modèles se mettent en place sous la pression de la transformation digitale. S’ils bouleversent les anciens, ils promettent aussi beaucoup de choses extrêmement positives. Sur le plan professionnel, c’est notamment : pouvoir travailler à distance, en réseau et plus librement ; sur un plan personnel, ce sont des distances raccourcies, une vie plus longue, des soins personnalisés (assistés de nouveaux services : e-santé, domotique dédiée…), etc.

In fine, il y aura toujours des nostalgiques des temps où « c’était mieux » car la vision du futur repose sur la personnalité de chacun. Mais il est aussi possible de développer la confiance en ses capacités à inventer, collectivement et individuellement des solutions nouvelles ; tout comme il est possible au long d’un parcours professionnel, d’évoluer, d’acquérir de nouvelles connaissances et d’innover. Les entreprises qui doivent se transformer recherchent, en interne comme en externe, ceux qu’il est aujourd’hui commun d’appeler des activistes : faire confiance à l’avenir et y prendre une part active sont aujourd’hui les moyens les plus sûrs de bien vivre cette révolution.

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