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L’hôpital d’Aulnay trace loin

La sécurisation du circuit de dispensation des médicaments et la traçabilité des instruments de chirurgie sont opérationnelles à Aulnay-sous-Bois, ce qui fait de ce centre hospitalier intercommunal (CHI), un hôpital pilote en France.

Centre hospitalier intercommunal d’Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

Si le Wi-Fi a été installé dans tous les couloirs du CHI Robert-Ballanger d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), ce n’est pas pour que les patients puissent profiter de leur tablette numérique jusque dans leur lit, mais pour que les médecins aient accès au dossier médical informatisé des patients pendant la visite du service.

Ils poussent désormais devant eux un chariot équipé d’un ordinateur portable.
« Chaque nouvelle prescription d’un médicament est entrée dans l’ordinateur directement au lit du patient. Cette informatisation des ordonnances a été généralisée à tous les services l’an dernier. C’est l’étape qui nous manquait pour achever de sécuriser tout le circuit de dispensation des médicaments », indique Arezki Oufella, le pharmacien hospitalier responsable du projet.

Diffusées à la pharmacie centrale, les prescriptions sont validées par les pharmaciens du CHI et transmises aux automates de stockage qui équipent les services.
« Ces armoires informatisées permettent de sécuriser la préparation des piluliers. Leur utilisation est très simple : l’infirmière entre le numéro d’identification du patient, s’identifie grâce à ses empreintes digitales et les tiroirs correspondants aux médicaments à administrer s’ouvrent automatiquement lorsqu’elle parcourt les lignes de l’ordonnance », explique le pharmacien. L’armoire garde en mémoire toutes les données souhaitées (nom du médicament prélevé, quantité, heure du prélèvement, identités de l’infirmière et du patient, etc.).

L’infirmière part ensuite faire la tournée des malades avec un chariot de soin équipé lui aussi d’une informatique embarquée. Elle visionne sur l’écran l’ordonnance informatisée et peut valider ligne par ligne l’administration des médicaments.
« Nous sommes le premier hôpital français à avoir généralisé l’utilisation des chariots et des armoires informatisés [les vingt-sept services du CHI d’Aulnay possèdent leur automate de dispensation des médicaments Pyxis, fournis par l’américain Carefusion, ndlr] et donc à avoir mis en place un circuit sécurisé du médicament totalement intégré », assure Arezki Oufella.

Priorité aux soins
Ces armoires sont également très précieuses sur le plan logistique : elles permettent d’optimiser la gestion des stocks dans chaque service par un suivi informatisé des mouvements de stockage et de déstockage et une automatisation des réapprovisionnements. Leur utilisation a permis de réduire le nombre moyen de lignes de commandes des différents services à la pharmacie centrale de 40 %.
Les demandes de réapprovisionnement en urgence, qui désorganisent les services, ont quant à elles chuté de 80 %. « Cela diminue le temps consacré par les infirmières à la gestion des armoires de service et au réapprovisionnement. Elles peuvent s’occuper davantage des soins. Globalement, le coût d’investissement de 1,2 million d’euros a été amorti en quatre ans », estime le pharmacien.

L’armoire automatisée Pyxis de Carefusion, qui dispense les prescriptions.

L’ensemble du processus de traçabilité des médicaments est géré par le logiciel Pharma de l’éditeur américain Computer Engineering.
« Ce logiciel nous apporte un lien entre chaque étape du circuit, avec récupération et traçabilité de toutes les informations en temps réel », explique Frédérique Frémont, la cadre administrative du pôle médico-technique, qui a supervisé la mise en place des programmes de traçabilité.

Pharma est interfacé avec le système de gestion du dossier médical des patients et des procédures de sauvegarde des données ont été mises en place (une sauvegarde toutes les 30 minutes) de façon à ce qu’il soit toujours possible de récupérer la dernière prescription d’un patient en cas de problème informatique, ce qui constitue la procédure dégradée.
« A terme, cette traçabilité débutera à la réception, le  médicaments pouvant être identifiés par lecture du code Datamatrix obligatoirement imprimé sur chaque boîte », indique-t-elle.

Précurseur pour la mise en place d’un circuit sécurisé des médicaments dans l’hôpital, le CHI d’Aulnay est également pilote en ce qui concerne la traçabilité des instruments de chirurgie.
Depuis l’an dernier, tous les instruments utilisés par le bloc opératoire sont gravés au sein même de l’unité de stérilisation par un prestataire de service japonais, qui utilise une technique de micropercussion inédite en Europe.
« Ce gravage se fait en utilisant les standards de codification internationaux de GS1 France », insiste Frédérique Frémont.
Lorsque les instruments reviennent du bloc, ils sont lavés puis chacun d’entre eux est enregistré informatiquement grâce à ce code. Un lien informatique est ensuite établi avec la boîte de chirurgie à laquelle il appartient lors de la reconstitution de cette boîte.
« La boîte est elle-même porteuse de sa propre étiquette qui permet de la relier à l’ensemble des processus de stérilisation (conditionnement, stérilisation, réception, lavage) qu’elle a suivi. Toutes les données sont gérées par logiciel T-DOC du fabricant de matériel de stérilisation Getinge, qui garde en mémoire toutes les données techniques du cycle de stérilisation des instruments avec lesquels un patient a été opéré », poursuit le cadre du pôle médico-technique.

Initié pour des raisons de sécurité sanitaire, ce marquage des instruments a permis une optimisation du processus de stérilisation. Chaque recomposition de boîte est fiabilisée et il est impossible de fermer une boîte sans avoir validé la présence de tous les instruments. « Nous avions un taux de non-conformité des boîtes de 8 %. Ce taux est aujourd’hui proche de zéro », indique Frédérique Frémont.
Et ce ne sont plus les infirmières de bloc, beaucoup plus utiles en salles d’opération, qui sont chargées de reconstituer les boîtes. « Des opérateurs peuvent le faire à leur place. Ce qui rend l’opération aussi très rentable avec un retour sur investissement de 24 semaines », conclut-elle.

Valérie Marchand

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Cet article est extrait du n°6 d’Alliancy, le mag
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Photos : Mariya Prunak – Frédéric Labrouche

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