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« Choose France » décroche le gros lot

Emmanuel Macron, porte-voix d’une mondialisation de la France, a réuni hier 140 patrons de grands groupes pour son sommet « Choose France », sur l’attractivité économique du pays. Le chef de l’Etat veut faire de cette rencontre une étape régulière sur le chemin de Davos, dont le Forum économique démarre aujourd’hui.

« Choose France » décroche le gros lot

@EmmanuelMacron, ici avec Sundar Pichai, PDG de Google

Le meilleur VRP de la France serait, sans conteste, le Président Emmanuel Macron… Après avoir passé une partie de l’après-midi dans une usine du Nord (celle de Toyota) et dévoilé un investissement industriel majeur, le chef de l’Etat a terminé sa journée au Château de Versailles où il recevait 140 patrons des plus grands groupes de la planète, en présence de seize ministres et du chef du gouvernement, Edouard Philippe… La moitié des dirigeants présents sont à la tête d’entreprises européennes ; 25 % d’entreprises américaines et 25 % de groupes d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie. 

Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs accepté de jouer le jeu et, dans la foulée, c’est une pluie d’investissements qui est tombée hier sur la France. A l’image du « One Planet Summit », l’Elysée crée un événement qui cristallise les initiatives privées et multiplie leur visibilité, pour les entreprises comme pour le gouvernement. « Plus de trois milliards d’euros de projets [et 2 200 emplois, NDLR] ont été annoncés, a calculé le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, soulignant que certains projets n’auraient pas vu le jour sans les réformes du gouvernement », comme la  baisse de l’impôt sur les sociétés, la Flat Tax sur les revenus financiers et la réforme du code du travail.

Cette rafale d’annonces (mais aussi quelques rappels !), plus « riches » les unes que les autres, a concerné de nombreux secteurs d’activité, outre l’automobile qui a eu la primeur. On peut ainsi citer la santé (le suisse Novartis), l’agroalimentaire (le coréen SPC, les américains General Mills et East Balt) mais, surtout, le numérique, le secteur qui nous concerne en priorité avec des investissements envisagés autant en R&D qu’en formation.

Google et Facebook, même combat : l’intelligence artificielle

Sundar Pichai, le PDG de Google, a dévoilé l’ouverture d’un centre de recherche sur l’intelligence artificielle qui travaillera, en partenariat avec la communauté scientifique française, sur des sujets tels que la santé, les sciences, l’art ou encore l’environnement. De quoi réjouir chercheurs et universitaires français (CNRS, Inria, ENS…), plus que reconnus à l’échelle mondiale dans le domaine de la recherche fondamentale… Selon le rapport France AI commandé par le précédent gouvernement, la France compte 250 équipes spécialisées dans la recherche fondamentale en intelligence artificielle (soit 5 300 chercheurs au total).

La firme américaine a par ailleurs indiqué qu’elle comptait recruter plus de 350 chercheurs et ingénieurs sur son siège social français, pour atteindre plus de 1 000 collaborateurs. Le siège va être également étendu de 6 000 mètres carrés supplémentaires, dans le prolongement des locaux actuels, situés dans le quartier de Saint-Lazare à Paris. 

Sébastien Missoffe, le directeur général France, a souligné que ses équipes « travailleront sur des usages à venir, pour explorer à quoi ressembleront les utilisations de l’intelligence artificielle de demain ».

Parallèlement, Google ouvrira des « Ateliers Numériques » dans quatre régions, soit des espaces physiques dédiés à la formation et à la découverte du numérique. Objectif : former 100 000 personnes par an ! Le premier établissement ouvrira ses portes à Rennes. Ces ateliers seront animés avec un réseau de partenaires déjà présents et actifs sur place. Une équipe dédiée organisera dans chaque région ces formations gratuites et ouvertes à tous, afin de renforcer les compétences numériques de chacun. « Ce projet s’inscrit dans la volonté du gouvernement de renforcer la numérisation des TPE-PME et de la population », a souligné l’Elysée.

Pour continuer sur les « Gafa », on peut citer bien entendu l’autre géant, Facebook, qui a quant à lui décidé d’investir 10 millions d’euros supplémentaires en France dans l’une de ses quatre entités Fair, son centre de recherche dans le domaine de l’intelligence artificielle. Le site parisien accueillera, à l’horizon 2022, 60 chercheurs et ingénieurs et 40 doctorants et va notamment permettre de financer dix serveurs mis à disposition d’organismes de recherche et de start-up. « Notre ambition est de travailler plus étroitement avec les universités, mais aussi d’aider l’écosystème à se développer, car plus ce tissu va se développer, plus on aura de gens avec qui travailler ici », déclare, dans Le Monde, Antoine Bordes, le patron du laboratoire parisien de Facebook.

Pour le volet lié à la formation également, le groupe s’engage à former 65 000 personnes aux compétences digitales en France d’ici fin 2019. Ce plan concernera 50 000 personnes éloignées de l’emploi (en partenariat avec Pôle Emploi) et 15 000 femmes. Un sujet cher à Sheryl Sandberg, numéro 2 du groupe, également présente.

Se former et se transformer est essentiel, rappelle Google sur son blog. Tant pour un individu que pour un pays. L’indice relatif à l’économie et à la société numérique publié par la Commission Européenne classe (seulement) la France à la 16ème place en Europe. Toutefois, d’autres études estiment que notre pays, en saisissant pleinement les opportunités offertes par le numérique, peut gagner près de 10 % de PIB d’ici 2025, en créant 200 à 250 milliards d’euros de valeur ajoutée par an !

SAP rachète Recast.AI

Parmi les patrons les plus actifs en France qui ont eu droit à un entretien en privé avec le Président, on peut citer Bill McDermott, PDG de l’éditeur allemand de logiciels SAP, un groupe qui compte investir en France 750 millions d’euros au cours des cinq prochaines années. Ces engagements incluent l’ouverture d’un second fonds SAP.iO Foundry en Europe offrant la possibilité à plus de 50 start-ups de bénéficier de mentorat, de technologies, et de l’accès à l’écosystème de SAP ; l’investissement du fonds SAP.iO dans des start-ups françaises aux stades de l’amorçage (Seed) ou Série A ; des dépenses de plus de 150 millions d’euros par an en R&D et l’acquisition de Recast.AI, dont l’équipe de data scientists et d’ingénieurs renforcera le développement du machine learning chez l’éditeur. La start-up sert aujourd’hui de nombreux clients internationaux en France, parmi lesquels de grandes banques, des compagnies d’assurances…

« L’attractivité ne peut pas s’évaluer sur six ou neuf de mois présidence, mais sur la capacité à réformer le marché de l’emploi, à faire baisser le coût du travail et à donner plus d’efficacité à la dépense publique. »  Marc Lhermitte, associé à EY et auteur du baromètre annuel de l’attractivité dans Libération (22/01/2018) EY : résultats de la 16ème édition du Baromètre de l’Attractivité de la France 

« Il y a un réel sentiment d’élan économique en France, a déclaré Bill McDermott, PDG de SAP, à la sortie de son rendez-vous avec Emmanuel Macron. […] Nous voyons dans l’esprit d’entreprise de la France un immense potentiel pour révolutionner les business models, créer les emplois de demain et libérer les opportunités qui aident le monde à mieux fonctionner. »

Incontestablement, Paris joue sa carte dans un contexte marqué par le Brexit et l’imprévisibilité de Donald Trump, en tentant notamment d’attirer à Paris les financiers qui voudrait quitter Londres. L’Elysée a ainsi annoncé dans la foulée des dispositions pour les traders ainsi que la création le 1er mars de chambres de commerce internationales, capables de juger des conflits entre sociétés de droit anglais.

Lors de son discours tenu le soir en anglais et à huis clos, le chef de l’Etat a annoncé qu’il voulait renouveler l’événement tous les ans, juste avant Davos, a indiqué l’Elysée. 

John Chambers, ancien PDG de Cisco, ambassadeur de la French Tech à l’international

Dans la foulée des annonces de Versailles, Emmanuel Macron a nommé hier soir John Chambers, ancien PDG du groupe Cisco, ambassadeur de la « French Tech » à l’international.

En plus d’être consulté sur la stratégie start-up du gouvernement, sa mission, « accomplie à titre bénévole », s’articulera autour de deux axes, selon le communiqué : « Promouvoir les acteurs de la French Tech à l’international, en mettant en avant les start-ups les plus prometteuses, organisant des visites à l’étranger et participant aux principaux salons internationaux et contribuer à l’attractivité de la France pour les fonds d’investissements, les grandes entreprises numériques et les start-ups étrangères. »

John Chambers, travaillera en étroite collaboration avec Pascal Cagni, président de Business France et sera également soutenu par la mission French Tech, dont le directeur David Monteau a quitté les rênes fin décembre. On peut donc s’attendre à une nouvelle feuille de route, revue et corrigée, pour son successeur dans les semaines à venir…

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