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Intelligence artificielle : la razzia des Gafa

La France regorge de start-up dans les technologies d’intelligence artificielle (IA). Mais, à coup d’acquisitions, les Google, Amazon, Facebook et Apple (Gafa) mènent la danse au plan mondial, suivis par IBM et Microsoft, historiquement présents sur ce créneau.

La razzia des Gafa

Début 2017, Sheryl Sandberg, la directrice des opérations de Facebook, présentait le Startup Garage, un accélérateur de jeunes pousses qui s’installera au coeur de StationF © Station F

Depuis quelques années, l’intelligence artificielle (IA) revit, grâce aux progrès technologiques et à l’explosion des données. Et les initiatives, tous azimuts, s’enchaînent. Microsoft, et surtout IBM, qui avait marqué le terrain il y a vingt ans avec son supercalculateur Deep Blue, vainqueur du champion du monde d’échecs Garry Kasparov, s’étaient très tôt lancés dans cette voie en commercialisant des solutions à destination des entreprises. Ils sont, aujourd’hui, rejoints par les Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple). Depuis 2014, ces quatre géants du numérique rachètent à la chaîne des start-up en vue d’acquérir expertise et technologies dans ce domaine. Si leur objectif est d’occuper le terrain avant les autres, ce n’est pas pour autant la guerre déclarée. Pour preuve, l’alliance Partnership on artificial intelligence to benefit people and society, mise en place à l’automne dernier par Amazon, Facebook, Google, IBM et Microsoft pour instaurer de bonnes pratiques. Cette alliance, à laquelle s’est rallié Apple début 2017 (et qui pourrait encore grossir), associe, au final, les acteurs les plus actifs en matière d’acquisition de sociétés spécialisées dans l’IA…

Une question de survie

« Investir dans l’IA est une évolution naturelle de leur stratégie, pour tirer rapidement profit à la fois des progrès des algorithmes, de la puissance machine et des grands volumes de données », explique Olivier Ezratty, consultant en stratégie de l’innovation*. « C’est un enjeu à la fois stratégique et vital », complète Julien Maldonato, directeur industrie financière chez Deloitte. « D’une certaine façon, ces sociétés préparent leur survie. Si le moteur de recherche de Google, à base de mots-clés était très innovant dans les années 1990, il lui faut, aujourd’hui, aller beaucoup plus loin. Il doit désormais comprendre le sens des requêtes, voire les devancer. » À travers leurs acquisitions, les Gafa rattrapent surtout le temps perdu. Avec des résultats à la hauteur des attentes puisque, à l’instar de Microsoft avec Cortana, les quatre acteurs proposent un assistant vocal robuste : Now (Google), Alexa (Amazon), M (Facebook), Siri (Apple). Parmi eux, Google est sans nul doute le plus avancé et le plus gourmand. Après s’être offert DeepMind Technologies en 2014, d’autres rachats ont suivi (Jetpac, Dark Blue Labs, DNNResearch, Moodstocks, Api.ai, Vision Factory, etc.). Ils lui permettent d’explorer différentes facettes de l’IA, quitte à désinvestir dans d’autres domaines : dans la robotique par exemple, avec la revente à Toyota de son unité Boston Dynamics. Ainsi, Google a pu s’illustrer en 2016 en battant l’un des grands champions du jeu de Go, Lee Sedol, à partir du moteur AlphaGo développé par les équipes de DeepMind.

Amazon et Apple, qui monte en compétences pour évoluer dans le « hardware intelligent », ne veulent pas non plus rater le train de l’IA. Le géant du e-commerce a mis la main sur Wit.ai en 2015, à l’origine de son assistant vocal, et Apple sur RealFace il y a quelques semaines, cette start-up spécialisée dans la reconnaissance faciale. Quelques mois plus tôt, la firme à la pomme s’était offert Emotient (reconnaissance des visages et émotions), Vocal IQ et Perceptio (reconnaissance de la parole). Sans oublier Siri en 2010, à l’origine de son assistant vocal éponyme. Le quatrième du quatuor, Facebook, a avancé plus timidement. Il est néanmoins devenu l’un des meilleurs dans le traitement de l’image, et travaille sur des outils de reconnaissance d’objets dans les photos ou de description vocale de contenu. Par ailleurs, après avoir choisi
Paris pour implanter le troisième laboratoire de recherche dédié à l’IA de sa division Fair (Facebook Artifcial Intelligence Research), le groupe vient d’annoncer le lancement du « Start-up Garage » au sein de StationF (photo) pour ce printemps. Dans cette mouvance, d’autres sociétés américaines de l’internet leur ont emboîté le pas, notamment Twitter, Yahoo et LinkedIn…

Dix faits marquants ces derniers mois

2016
1. Mars. AlphaGo, l’intelligence artificielle développée par Google/ DeepMind bat le champion coréen du jeu de Go Lee Sedol.
2. Mai. La Chine annonce investir 13,5 milliards d’euros environ sur trois ans dans l’IA pour dynamiser son économie, en perte de vitesse.
3. Août. Intel rachète Nervana, puis Movidius et annonce son accélération dans l’IA.
4. Septembre. Microsoft se dote d’une division IA et prévoit une montée en puissance de sa R&D, y compris à Montréal (lire page 38).
5. Septembre. Création du Partnership on artificial intelligence to benefit people and society, à laquelle s’est rallié Apple début 2017.
6. Octobre. Microsoft annonce la mise au point d’un système capable de retranscrire une conversation aussi bien qu’un humain.
7. Novembre. L’expérimentation Google Brain, confrontant trois intelligences, franchit un palier. Sans assistance humaine, deux d’entre elles parviennent à mettre automatiquement en place un langage codé indéchiffrable par la troisième.
8. Décembre. Tesla annonce Autopilot 2.0, la nouvelle version de son logiciel d’assistance à la conduite équipant ses voitures, suite à une série d’accidents.

2017
9. Janvier. Facebook lance son Start-up Garage (voir photo) à Paris.
10. Février. Présentation de la stratégie FranceIA pour fédérer les acteurs et les initiatives et structurer une filière nationale dans ce domaine.

 

Une course à l’armement

Par ces acquisitions, les Gafa chercheraient d’abord à acquérir des talents, estime Olivier Ezratty. « L’acquisition de logiciel est plus rare, assure-t-il. Les start-up absorbées sont souvent des sociétés de services ayant développé quelques briques de base et ne comptan qu’une poignée de clients. En outre, une offre IA n’est en général qu’un service outillé. Le savoir-faire repose sur l’assemblage de briques technologiques et la gestion de projets. » Un avis que ne partage pas Julien Maldonato, pour qui ces rachats visent à acquérir à la fois des compétences et des technologies. « Google n’a pas démantelé Deep- Mind, illustre-t-il. Il a conservé l’essentiel des équipes et continue d’exploiter ses algorithmes. » Il y aurait également également un enjeu autour de la donnée. Et là, Google a une longueur d’avance… grâce aux informations brassées par son moteur de recherche, celles remontant via les systèmes sous Android, ou en accédant à des bases externes. L’an dernier, par exemple, il aurait obtenu les données de 1,6 million de patients d’un département du ministère britannique de la Santé.

Alliancy 17 Intelligence artificielleMais si le marché a tendance à se focaliser sur la Silicon Valley, il serait dangereux de sousestimer la stratégie dans l’IA d’autres grands acteurs, en particulier asiatiques. « Le Japon, la Corée et la Chine sont des pays à considérer avec autant d’attention, sinon plus », insiste Cécile Wendling, responsable de la prospective chez AXA (lire page 14). De fait, le plusimportant assistant conversationnel au monde serait WeChat du géant chinois Tencent (au moins en nombre d’utilisateurs). Ainsi, pour se positionner sur le marché de l’IA et gagner en indépendance, les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), c’est-à-dire l’équivalent asiatique des Gafa, n’ont pas non plus d’autres choix que d’investir massivement, y compris en Occident. « Même si c’est difficile à vérifier, le gouvernement chinois aurait annoncé un investissement de 13,5 milliards d’euros pour soutenir le marché », souligne Julien Maldonato. Et d’ajouter : « L’IA est l’un des principaux moteurs de la création de valeur de demain.

On assiste à une véritable course à l’armement,au sens propre ! » L’avenir de l’économie serait en jeu… « Même s’ils progressent, les BATX ne sont pas les plus avancés, tempère Olivier Ezratty. Ils sont très bons dans les matériels, comme les robots par exemple, mais leurs produits s’appuient encore sur des logiciels d’IA occidentaux. » Reste que les lignes bougent peu à peu, sous la pression des Tata, Samsung ou Baidu. Menant de nombreux projets, ce dernier a franchi une nouvelle étape en nommant, début 2017, Qi Lu, l’ancien ingénieur en charge de l’IA chez Microsoft, au poste de président et directeur opérationnel. Baidu a aussi annoncé en septembre la création d’un fonds de 200 millions de dollars (Baidu Venture) pour investir dans des start-up spécialisées dans l’IA et la réalité virtuelle… Pour l’heure, ses principaux travaux portent sur le concept de la voiture autonome et une plateforme de développement d’IA en open source. au sens propre ! » L’avenir de l’économie serait en jeu… « Même s’ils progressent, les BATX ne sont pas les plus avancés, tempère Olivier Ezratty. Ils sont très bons dans les matériels, comme les robots par exemple, mais leurs produits s’appuient encore sur des logiciels d’IA occidentaux. » Reste que les lignes bougent peu à peu, sous la pression des Tata, Samsung ou Baidu. Menant de nombreux projets, ce dernier a franchi une nouvelle étape en nommant, début 2017, Qi Lu, l’ancien ingénieur en charge de l’IA chez Microsoft, au poste de président et directeur opérationnel. Baidu a aussi annoncé en septembre la création d’un fonds de 200 millions de dollars (Baidu Venture) pour investir dans des start-up spécialisées dans l’IA et la réalité virtuelle… Pour l’heure, ses principaux travaux portent sur le concept de la voiture autonome et une plateforme de développement d’IA en open source.

Le centre IBM Watson IoT en Allemagne

©IBM

C’est en grande pompe que le groupe américain a inauguré, mi-février, son centre IBM Watson IoT, ouvert quelques mois plus tôt dans la plus haute tour de Munich (Allemagne). Siège mondial de l’activité d’IBM dédiée à sa technologie cognitive Watson et à l’internet des objets (IoT), ce centre accueille sur 15 000 m2, un millier de collaborateurs (développeurs, consultants, chercheurs, designers, etc.) ainsi que des équipes dépêchées par des clients sur des projets communs. Après BMW en décembre, plusieurs groupes ont rejoint les lieux, dont les Français BNP Paribas et CapGemini, quand d’autres collaborent à distance. Sur le plan technique, tous s’appuient sur la plateforme d’outils et de prestations proposés « as a service » par IBM et sur les infrastructures matérielles mises à disposition. D’un coût de 200 millions de dollars, ce centre serait l’investissement le plus important réalisé en Europe par le groupe ces 20 dernières années. S’y ajoutent huit centres d’expérience sur le même sujet à travers le monde, ainsi que deux sites référents consacrés aux usages de la technologie Watson dans la santé (Boston) et les services financiers (New York).

 

Compléter ou renforcer un domaine mal couvert

Ce deuxième acte a initié sa stratégie commerciale, en proposant un ensemble d’outils et de prestations sous forme d’API proposées « as a service ». « Le marché du cognitif est un combat de plateformes pour tous les secteurs d’activité et les métiers dans l’entreprise, proposant des services pouvant être intégrés par des acteurs tiers ou dans tous les objets qui nous entourent », détaille  Jean-Philippe Desbiolles, vice-président Watson chez IBM France. Pour cela, le groupe s’est d’abord appuyé sur l’expertise de ses équipes internes, avant de procéder lui aussi à quelques rachats de start-up, notamment Alchemy API et Blekko en 2015. « Pour progresser, il faut observer le marché et procéder si besoin à des acquisitions. Celles-ci servent à accélérer, en se dotant à la fois de compétences, de savoir-faire et de solutions, pour compléter ou renforcer un domaine mal couvert », poursuit-il. Cette logique de mise à disposition de solutions à travers une plateforme dédiée a conduit à la création du Centre Watson IoT de Munich, inaugurée en février dernier (lire encadré).

Avec IBM, Microsoft est l’autre géant de l’informatique à s’être intéressé très tôt à l’IA, avec notamment une interface de reconnaissance vocale proposée dans son système d’exploitation suite au rachat de la société Tellme, en 2007. Fruit des travaux qui ont suivi, Microsoft a ensuite lancé son agent personnel Cortana, comparable à ceux des Gafa, mais davantage destiné à des utilisateurs en entreprise. « Pour tous, ce type d’outils répond avant tout à un enjeu de relation client, précise Olivier Ezratty. Leur activité commerciale ne peut se développer qu’en comprenant bien les attentes des consommateurs, à travers des interfaces innovantes et performantes. » En 2016, Microsoft aurait franchi une étape supplémentaire avec un système capable de retranscrire la parole conversationnelle aussi bien que des humains. Une performance qualifiée d’« historique » dans un domaine où le groupe a, par ailleurs, lancé Zo un an après l’échec de Tay, son premier robot conversationnel anglophone. L’an dernier, le géant de Redmond s’est enfin doté d’une division IA, forte de quelque… 5 000 ingénieurs, pour fédérer et accélérer ses travaux de R&D. Il vient également de rejoindre Open AI, l’association fondée fin 2015 par plusieurs grands noms (Tesla, Y Combinator, Amazon, LinkedIn, Infosys) pour « promouvoir et développer une IA à visage humain ».

Lire aussi : IA : le marché du décisionnel également à la pointe

>> Cet article est extrait du magazine Alliancy n°17  » Où en est l’IA dans l’entreprise ?  » à commander sur le site.


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