Retail responsable : le temps de l’action

Embarquant leurs clients et souvent leurs collaborateurs, les retailers classiques s’engagent désormais dans des démarches d’éco-responsabilité.

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Nouvelle boutioue Jules Bordeaux

Nouvelle boutique  (c) Jules Bordeaux

« Il est temps pour les marques de passer du « story telling » (ndlr : raconter une histoire) au « story making ». C’est en ces termes que Thomas Husson, VP et principal analyst chez Forrester, a introduit sa présentation sur les tendances marketing 2020 lors du « One to One Digital Marketing » Biarritz début octobre. « Autrement dit, il va falloir impliquer les consommateurs et les employés dans la promesse de marques, a-t-il déclaré.

Les marques sont actuellement loin de délivrer une bonne expérience, celles qui sortent du lot étant Yves Rocher et Body Shop, étonnamment proches de l’écologie ». Certaines ont cependant pris le tournant comme nous l’avons constaté lors du Green Retail Tour, organisé mi-octobre à Paris par l’Association des professionnels du marketing point de vente Popai France, dans des boutiques comme Bocage ou Nicolas.

Utiliser et non posséder chez Eram

Photo Bocage (c) Eram

Filiale du groupe Eram, Bocage a lancé en octobre 2018, l’Atelier Bocage, service de location de chaussures pour les clientes aimant changer de chaussures fréquemment. Moyennant un abonnement de deux mois minimum, elles peuvent en changer tous les deux mois. Le succès est au rendez-vous puisque Bocage a dépassé ses objectifs pour 2019 avec 1 400 abonnées alors que le but était d’atteindre le millier. Les chaussures qui ont été louées sont ensuite reconditionnées dans l’usine de Bocage à Montjean-sur-Loire et revendues à moins 50 % dans les corners « Comme Neuves » de Bocage, et à partir de l’été prochain, sur un site web dédié.

« Cette nouvelle offre nous amène à développer notre métier de cordonnerie déjà existant puisqu’en fin de chaîne de fabrication, certains produits ne donnent pas le résultat attendu », confie Clémence Cornet, directrice marketing. Bocage employait déjà deux salariés dédiés à cette tâche. « Comme les profils sont rares, nous allons former une nouvelle personne à ce métier, affirme-t-elle. Nous apprenons aussi énormément sur la durabilité de nos produits et les pistes d’amélioration ». En 2019, la marque a commencé la formation de ses vendeuses en conseillères. « L’objectif du service de location est aussi de revaloriser les boutiques et de faire revenir les clientes en magasin ».

Chez Nicolas, recyclage, consigne, vins engagés…

Depuis octobre 2013, tous les cavistes Nicolas sont équipés de collecteurs de bouchons en liège. Ceux-ci sont recyclés comme revêtements de sol, articles de décoration, pièces pour l’industrie aérospatiale, automobile ou énergies électriques. 20 millions de bouchons en liège ont déjà été collectés permettant la plantation par une association de plus de 2 500 arbres. Depuis mai 2017, Nicolas recycle aussi les bouchons synthétiques.

Voilà un an, Nicolas a par ailleurs relancé la consigne dans 46 boutiques à Paris, puis dans ses 320 magasins franciliens. Sur un seul vin cependant : un Côte du Rhône rouge bio. « Il faut rééquiper toutes les boutiques et c’est un investissement, explique Caroline Benitah, community manager du site web. Nous voulons d’abord voir si cela fonctionne ».

20 partenariats avec des vignerons engagés ont été mis en place. Nicolas les aide sur certains de leurs projets et pousse les vins engagés via des animations dans ses caves pour répondre à la demande de ses clients. Dernièrement, la marque a décidé de pérenniser son « mois des vins engagés ».

Jules : zéro déchet à tous les niveaux

Le 22 octobre dernier, Jean-Christophe Garbino, CEO de la marque de prêt-à-porter masculin Jules, lançait officiellement le « nouveau Jules », engagé dans la voie du zéro déchet. Fruit de deux ans de travail, cette stratégie doit assurer la pérennité de l’entreprise et notamment réduire drastiquement ses coûts.

Jules, qui appartient groupe Mulliez, s’engage à ne produire que ce qu’il est possible de vendre sans gâcher et sans brader. La marque a déjà fabriqué cette année un million de pièces en moins (sur 25 millions) et elle développe l’utilisation de matières recyclées. Les datasciences vont lui permettre de proposer des produits au plus proche des attentes de ses clients. Dans ce but, pas moins de 2 000 Téraoctets de données ont été engrangés.

Une relocalisation est en cours avec plusieurs autres marques. Tandis que des outils comme le 3D design vont raccourcir les process. « Ils feront passer de 40 à 21 semaines la fabrication d’un produit, de sa création à sa production, a indiqué Liz Simon, leader de la gestion du cycle de vie du produit chez Jules, ce qui génèrera 48% d’économies ». A ces mesures s’ajoutent la montée en compétence des vendeurs, déjà équipés de smartphones depuis plus de trois ans, et leur implication dans la vie du magasin. L’objectif est réduire le turnover qui s’élève à 30 % dans le retail non-alimentaire. Point d’orgue de cette stratégie zéro déchet, l’ouverture le 30 octobre dernier à Bordeaux de la première boutique reflétant la nouvelle identité de Jules.


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