Henry Schwartz, spécialiste des questions de stratégies territoriales

Cette chronique propose un regard sur des problématiques intéressant tous les territoires à l’aune de ce nouveau monde numérique et des folies humaines qui peuvent en découler. 

Pourquoi parler de folies ? parce qu’elles façonnent tous les individus, sont régulièrement décriées et augmentées chez autrui, et participent aux questions de transformation et à la structuration des écosystèmes territoriaux. Elles marquent ainsi de leurs empreintes de nombreuses réalités (RSE, Real Estate, Stratégie, Technologies, filières…) qui se situent au croisement des défis techniques, économiques et de choix de société.

Ces « folies » du débat, amplifiées par la caisse de résonance médiatique, le rendent souvent difficile : cette chronique entend au contraire rendre possible ce temps d’échange.

Juriste de formation, titulaire d’un Mastère spécialisé en santé-environnement de Mines ParisTech de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), Henry Schwartz est spécialisé sur les questions de stratégies territoriales. Son expertise exprime notamment une approche qui se veut intégrée entre questions de santé, d’environnement et de développement. Il est en outre membre de la commission juridique de la Smart Building Alliance (SBA).

 

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[Chronique] Année électorale et « logiciel » sanitaire : une folle danse pour les entreprises et les territoires

En cette année électorale, les choix et la communication face à la pandémie revêtent un caractère tranchant, rappelle notre chroniqueur Henry Schwartz. Engagement des collaborateurs, responsabilité, éthique dans les organisations… au-delà des opinions politiques, l’impact sur la vie des entreprises et des territoires est particulièrement transverse.

Annee electorale logiciel sanitaire Le confinement n’est pas bon pour nous, nos enfants, nos commerces, nos économies rappelait le Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, sur BFMTV le 14 novembre 2021. 

Pour l’éviter, la première réponse proposée est la vaccination qui, selon des protagonistes, est la seule ou la meilleure. Celle-ci, qui n’empêche pas la transmission, protège des formes graves avec l’efficacité qui est la sienne, notamment les personnes à risque, et permet d’atténuer la pression supplémentaire que représente l’épidémie de COVID-19 sur un système hospitalier mal en point. 

« Le vaccin, pour efficace soit-il, ne suffit pas » soulignait ainsi le Président de la République, Emmanuel Macron, lors de l’Allocution du 9 novembre 2021, avant d’évoquer l’importance des gestes barrières, et d’ajouter que « nous bénéficierons (…) dès la fin de l’année des premiers traitements réellement efficaces contre les formes graves de COVID 19 ».  

Pourtant, ces réalités ont tendances à être occultées. L’approche sanitaire, avec sa composante communicationnelle, ne parvient pas à se libérer d’une grille de lecture dont la relation confinement/vaccination pose la binarité – et qui se prolonge naturellement dans les rapports et oppositions tels que vaccinés/non-vaccinés, commerces essentiels/non essentiels, anti-pass sanitaire/pro pass, vie/mort, etc. 

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Cette démarche mortifère se reflète aussi en Autriche par exemple, lorsqu’il y est envisagé un temps le confinement des non-vaccinés avant d’imposer finalement la vaccination de la population adulte au 1er février 2022 en la précédant d’un confinement généralisé prorogé pour les non-vaccinés. L’Allemagne s’inscrit dans la même dynamique en instaurant un confinement partiel des non-vaccinés qui se traduit par une restriction d’accès à une pluralité de lieux dont les commerces non essentiels, ou lorsque le ministre fédéral allemand de la santé, Jean Spahn, déclare que « Les Allemands seront vaccinés, guéris ou morts », oubliant par exemple que l’on peut être vacciné et guérir d’une nouvelle infection, être non vacciné et guéri sans avoir développé une forme grave, vacciné ou non-vacciné et décédé, non vacciné et vivant en bonne santé, vacciné et souffrir d’effets secondaires graves et durables. Il peut également être cité le Président des Etats-Unis, Joe Biden, qui proclame un « hiver de maladie grave et de mort » pour les non-vaccinés et les vaccinés sujet à une dose de rappel. 

La polarité confinement/vaccination a engendré une hiérarchisation et une sélection des mesures 

Le confinement et le « tout vaccinal » apparaissent comme deux outils au service d’une première boussole, l’hôpital, auxquels s’adjoint un outil directeur qu’est le pass sanitaire. 

Soulignons à cet effet les propos tenus notamment par Antoine Flahaut (épidémiologiste, directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève, ancien directeur de l’École des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), le 23 octobre 2021, rappelés sur le site Francetvinfo, et réitérés ultérieurement :  

« Dans toute l’Europe, on a beaucoup négligé la ventilation des espaces clos. En fait, ce virus ne se transmet pratiquement que dans des espaces clos, bondés, où il y a beaucoup de monde, peu ventilés et dans lesquels on passe plusieurs heures : salles de classe, amphithéâtres d’universités, open space des entreprises, cantines, restaurants, transports publics ». Ces réalités font de ces lieux des endroits à « très haut risque de contaminations ».  

A très haut risque de contaminations dès lors que la durée s’associe à la densité, l’enfermement et l’absence de ventilation. 

Le quatrième volet de l’étude épidémiologique ComCor sur les circonstances et les lieux de contamination par le virus SARS-CoV-2 en France, publié le 26 novembre 2021 et mené par l’Institut Pasteur, en partenariat avec la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam), Santé publique France, et l’institut IPSOS, entre le 23 mai et le 13 août 2021, confirme que les endroits les plus risqués pour la contamination sont les lieux clos mal aérés où l’on se retrouve généralement sans masques. 

L’épidémiologiste Arnaud Fontenet, membre de l’équipe réalisant l’étude, rappelait que l’absence de sur-contamination dans les restaurant en cette période, était lié au fait que les clients pouvaient être en terrasse et que les fenêtres étaient plus facilement ouvertes. «On n’a pas été assez clairs sur l’aération, nous les scientifiques», a reconnu le Professeur Fontanet, membre du Conseil scientifique qui guide le gouvernement français. «Rien qu’une porte ouverte en intérieur sur un couloir, dans une salle de classe par exemple, c’est déjà quelque chose, même si c’est mieux d’ouvrir une fenêtre». 

Notons que la nouvelle publicité télévisée du Ministère de la Santé et de Santé Publique France souligne en ce sens l’importance de l’aération : « Contre la transmission, pensons aération ! » – déclarant qu’il est important d’aérer 10 minutes toutes les heures pour faire disparaitre les microgouttelettes en suspension. 

Quand des scientifiques veulent se substituer au politique – une mise en récit concernant les entreprises et les territoires 

Le politique est globalement confronté à une problématique : celle de représentants de disciplines scientifiques et du corps médical, c’est-à-dire certains, qui ont voulu prendre la place du politique tout en insistant sur la nature politique de toute décision pour mieux se protéger en tant qu’aide à la décision. Et le politique, face à cette réalité, parvient difficilement à se situer. Dans ce climat que les tentatives de monopoles de la parole, de la réponse et de la solution asphyxient, l’hygiène des mains et le simple fait d’aérer son logis sont devenus des gestes barrières… Adieu la vertu et le bon sens. 

Pourtant, à deux reprises notamment, à l’automne 2020 et au printemps 2021, des éléments de discours du Président de la République, Emmanuel Macron, témoignaient de la possibilité de sortir d’une pensée circulaire à réinventer. Comment se fait-il que les éléments les plus profonds et les plus humbles prononcés par le Chef de l’Etat marquent aussi faiblement les orientations, sont compris dans une seule direction ? 

Aujourd’hui, une des conséquences de ce « logiciel » sanitaire qui pose les interdictions au nom de la liberté, est de faire accoster la majorité présidentielle sur le quai de la gauche aux yeux d’électeurs, quel que soit le statut vaccinal. 

Une autre conséquence est que le fait de choisir comme une boussole la pression sur les non-vaccinés, comme l’a déjà déclaré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal et réitéré le Premier ministre Jean Catex, le 17 Décembre 2021, ou encore le Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer, revient également à exercer une pression sur tous les vaccinés dans la mesure où tout vacciné devient de manière cyclique un non-vacciné tous les 3, 4, 5 ou 6 mois…, c’est selon. L’extension du pass-sanitaire ou du pass vaccinal est telle que la pression psychologique, à l’appui du catastrophisme et de l’ostracisation dont tout citoyen devient destinataire, devient une boussole durable. C’est ainsi qu’une partie du politique s’est confinée dans la prison d’une certaine Santé, laquelle se révèle in fine être la grande absente. L’hôpital en aurait toujours été une boussole. 

Pourquoi évoquer des conséquences et celles-ci en particulier ? Parce que le « logiciel » sanitaire touche tous les aspects de nos vies, organise socialement, politiquement et économiquement. En considérant les tensions en toile de fond et les effets sociaux, mentaux et physiques de ce logiciel à l’œuvre, il est possible de poser l’éventualité de la réalisation in fine malgré tout des effets redoutés du confinement. Et plus encore, à l’heure où l’Engagement est sur toutes les lèvres, quel sens confère le logiciel sanitaire à la RSE, au Capital Humain, à l’éthique, ou au numérique (auquel on donne souvent une fonction de contrôle) par exemple ?  

Après cette analyse, je vous dis à bientôt pour une nouvelle chronique, car l’actualité ne manquera pas d’illustrer ces préoccupations ; et je vous souhaite également une bonne année et surtout, une bonne santé ! 


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