L’armée française en ordre de bataille sur la Data et le digital

Cet article a été publié originellement sur mydatacompany.fr

Le ministère des Armées se heurte aux mêmes défis de transformation qu’un grand groupe. S’y ajoutent des enjeux de souveraineté et de sécurité des données. Sur la feuille de route de la DGNum : la rénovation de l’IT, la gouvernance des données et l’agilité.

Le ministère des Armées est un porte-avions. Il est donc complexe à manœuvrer avec ses 270.000 personnes à bord et plus de 200 métiers opérant en silos. Conduire sa transformation numérique est aussi complexe, sinon plus, que pour une multinationale.

C’est sans doute pour cela que le ministère a recruté une professionnelle issue du secteur privé. Valérie Dagand occupe ainsi le poste de directrice adjointe à la direction numérique, DGNum.

Depuis 2018, une transformation est en cours au sein des armées françaises. Trois objectifs principaux sont recherchés : la supériorité opérationnelle, l’expérience utilisateur (« soldier experience ») et les compétences ainsi que l’attractivité.

Rénovation de l’existant et transformation menées de front

« La particularité, c’est de devoir gérer une vraie complexité liée à la taille du ministère, mais aussi à la sécurité des données et aux enjeux de souveraineté » souligne Valérie Dagand. Les Armées ne sont pas une entreprise, mais elles s’inspirent des projets menés au sein du privé.

La responsable organise ainsi fréquemment des « learning expeditions » auprès d’acteurs de la société civile. C’était par exemple le cas fin 2019 chez La Redoute et Decathlon. « Nous avons les mêmes sujets de transformation » justifie-t-elle.

Rénover pour faire circuler les données

La direction transverse du numérique des Armées a pour tâches la gouvernance du système d’information et des données, et la transformation digitale. La finalité : « rénover le legacy et créer les conditions permettant de faire atterrir les enjeux de transformation digitale et de faire circuler les données » résume Valérie Dagand.

Pour mener cette démarche, l’armée a notamment créé un réseau de 20 Chief Digital Officers et Chief Data Officers. Ceux-ci jouent le rôle de chefs d’orchestre au sein des différents métiers du ministère. Ils devront relever son principal défi, à savoir l’évolution de son informatique.

Dans ce domaine, l’ambition est de créer un « nouveau socle numérique permettant d’aller vers du système d’information plateforme et des logiques d’API pour faire circuler la donnée, par essence, relativement fermée. »

Uber des bases navales et chatbot conçus en agile

La DGNum travaille notamment sur des passerelles permettant le passage de réseaux sécurisés à Internet. Cela permettra ainsi l’exploitation de solutions SaaS, impossible aujourd’hui. « Ces passerelles sont une brique prioritaire » souligne la responsable.

La rénovation des anciens systèmes, le legacy, s’accompagne par ailleurs d’une évolution des méthodes de travail pour adopter des pratiques agiles. Ces méthodes demeurent en effet « pas très naturelles » dans le monde militaire. Des cadres méthodologiques ont pour cela été mis en place afin « d’officialiser et donner le droit de passer de cycles en V en cycles agiles. »

Un Uber déployé pour se déplacer sur 8 bases navales

Dernier enjeu pour l’informatique : le déploiement de cellules de production pour la réalisation concrète de projets de transformation. Une fabrique numérique a été créée pour mener, parallèlement à la rénovation des anciens systèmes, la production de « petits produits digitaux. »

Cette « Fabric » a permis le développement d’une application mobile en mode agile : e-chauffeur. C’est l’Uber des bases navales selon les termes de Valérie Dagand. Un test pilote a été mené dans la base navale de Brest. L’application répond au besoin de déplacements au sein d’un site de grande taille et se substitue à un service existant jugé non optimum.

Des expérimentations de partage des données

L’interface mobile permet aux utilisateurs de commander un véhicule et aux chauffeurs de planifier au mieux leurs trajets. Quant au régulateur, il peut ainsi « d’optimiser ses flottes de véhicules ». L’e-chauffeur est désormais en production dans 8 bases militaires. En 2020, l’application sera étendue à 13 bases maritimes, avant un déploiement sur l’ensemble des bases de l’armée.

Le ministère a également développé un autre projet agile tourné cette fois vers la société civile dans le cadre des journées jeunesse. Ces journées concernent chaque année 800.000 personnes. Un chatbot a ainsi été conçu pour le portail associé, Ma JDC (Ma Journée Défense et Citoyenneté).

Data : priorité à la gouvernance et l’acculturation

Cette interface, en ligne depuis un an environ, permet de répondre automatiquement à 80% des questions simples et récurrentes des utilisateurs. Ce chatbot contribue, « de manière très efficace », au désengorgement des centres d’appels.

Gouvernance ministérielle de la donnée

Les solutions développées par la fabrique numérique des Armées ne permettent cependant pas aujourd’hui de répondre au second grand défi : les données. Celles-ci sont de deux natures : « bastion » et non bastion. La première étape dans ce secteur porte sur l’hébergement. Elle a consisté aussi à mettre en place une gouvernance ministérielle de la donnée.

Son objectif est de créer un cadre de confiance. C’est un préalable nécessaire au partage et à la circulation des données, y compris avec l’extérieur. Ce partage de données s’effectuera « à titre expérimental » et « pour des données non sensibles » insiste la directrice adjointe de la DGNum.

Des chief data officers dans les métiers

Pour piloter la gouvernance, le ministère a en outre créé des postes de Chief Data Officer. Ce sont des « relais » et « interlocuteurs légitimes » au sein des différents métiers. Ces Chief Data Officers se réunissent dans une commission pour traiter les questions de circulation des données et définir les règles de cette circulation.

L’ambition, dans un second temps, est de définir des fonctions de propriétaires de la donnée – les Data Owners – et de gestionnaires de la données – les Data stewards. Toutefois, une « évolution culturelle » doit être menée au préalable. « Dans un ministère où la donnée est par essence sécurisée, c’est difficile. Nous n’en sommes pas à cette étape de maturité. L’actualité, c’est l’acculturation, la sensibilisation et l’émergence de cas d’usage » conclut Valérie Dagand.


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