Colin Lalouette (Appvizer) : « Le logiciel a connu une explosion depuis le premier confinement »

En couplant ses propres données avec celles d’acteurs institutionnels comme le Syntec Numérique, le comparateur de logiciels pour les entreprises Appvizer publie depuis 2016 un baromètre annuel sur les tendances de consommation en matière de logiciels en France. Alliancy a interrogé le CEO d’Appvizer Colin Lalouette afin d’en savoir plus sur l’évolution de cette tendance depuis la crise sanitaire.
 

Alliancy. Quelles sont les grandes lignes révélées par votre baromètre ? 

L’édition de 2020 montre que les effets de la transformation numérique ont été largement amplifiés par l’épidémie de Covid-19 et le recours massif au télétravail. Ainsi la plateforme d’Appvizer a constaté une explosion des recherches sur les logiciels SaaS, particulièrement sur les outils collaboratifs en ligne (réseaux sociaux internes, gestion de tâches, stockage, partage de fichiers, visio, etc.)..
À partir du 1er avril, nous avons remarqué une explosion  de 40% de la demande en logiciel par rapport à l’année dernière, toutes catégories confondues. En revanche, en août, il y a eu une redescente catastrophique de ces chiffres à cause de la demande très forte avant cette période. Enfin, aujourd’hui, nous revenons à un niveau classique par rapport aux années précédentes. 
 
En 2020, il y a eu à la fois un recul de 3,6% du marché du logiciel et une croissance nette de 3,2% sur les projets SMACS (social, mobile, analytics, cloud, sécurity)

En 2020, il y a eu à la fois un recul de 3,6% du marché du logiciel et une croissance nette de 3,2% sur les projets SMACS (social, mobile, analytics, cloud, sécurity).

 
Ce phénomène est en partie lié à la prise de conscience des dirigeants de la nécessité de repenser son organisation notamment sur la question du télétravail. La recherche sur la requête “télétravail” sur Appvizer a par ailleurs explosé de +350%, uniquement sur la première semaine de novembre. Les logiciels de visioconférence suivent aussi cette tendance. À titre d’exemple, la viosioconférence a connu le 16 mars une croissance de 131% par rapport à l’année dernière. 
 
En résumé, ce deuxième confinement a changé la donne. Même si les chiffres ont retrouvé leur cours normal, il y a bien une prise de conscience généralisée sur ces enjeux. En particulier chez les commerçants qui se sont rendus compte qu’il fallait passer au digital pour survivre à la crise. Les demandes en site web pour mettre sa marchandise en ligne par exemple ont augmenté de 70% depuis août et les logiciels permettant de faire soi-même sa marketplace ont, eux, affiché une croissance de 100% depuis le mois de mars. 
 

Quels sont les secteurs du logiciel les plus impactés par la crise ?

Il y a très peu de secteurs du logiciel impactés par la crise, c’est même plutôt l’inverse que nous remarquons. À l’exception peut être de la gestion de caisse qui a connu une perte réelle du fait de la fermeture des commerces. Mais à côté, toutes les autres catégories ont connu une très forte progression pendant la première vague. 
 

Quels conseils donneriez-vous aux entreprises pour se transformer ?

SI je devais donner un conseil sur la partie RH, je dirais d’absolument mettre en place des accords d’entreprise pour structurer, avec l’IT, les nouveaux modes de travail dans un cadre légal. Il faut également travailler sur la flexibilité pour que le télétravail puisse se dérouler dans de bonnes conditions. Si nous revenons sur la question de la digitalisation, il faut s’équiper des outils nécessaires comme la visioconférence, les plateformes collaboratives ou encore des logiciels de gestion de paie pour les RH. 
 
Pour ce qui est de l’ouverture d’un site web de commerce, nous avons affaire à une digitalisation à marche forcée. Nous n’avons plus le choix maintenant, il faut y aller et passer ce cap. Car les meilleurs sites aujourd’hui s’en sortiront et récupéreront celui des autres. Ce n’est d’ailleurs pas nécessairement une mauvaise chose pour la France qui peut espérer voir moins de TPE à l’avenir et plus de grands acteurs qui peuvent faire le poids sur le marché international.
 

Est-ce que le logiciel est réservé aux grands acteurs ?

Sur notre comparateur gratuit de logiciels pour les entreprises, nous constations que 65% des recherches sont effectuées par des TPE et des micro entreprises. En valeur absolue c’est bien les plus grosses PME, les ETI et les grands groupes qui allouent plus de budget dans les logiciels mais les plus petites organisations sont bien plus nombreuses. 


Il y a 3,7 millions de TPE et micro-entreprises en France, plus de 147 000 PME et plus de 5000 ETI. Ces petites et moyennes entreprises représentent 74% de l'emploi et 69% du PIB.

Il y a 3,7 millions de TPE et micro-entreprises en France, plus de 147 000 PME et plus de 5000 ETI. Ces petites et moyennes entreprises représentent 74% de l’emploi et 69% du PIB.

 
C’est vraiment une fausse idée de penser que le logiciel est exclusivement réservé aux grands acteurs : le vent du modèle SaaS a tourné depuis et il suffit aujourd’hui d’une dizaine d’euros par mois pour qu’un micro-entrepreneur trouve un outil performant qui lui convienne.  Sur Appvizer par exemple, 95% des logiciels SaaS proposés coûtent entre 0 et 50€ par mois.
 
Pour l’e-commerce, avoir un simple site de vente en ligne, c’est la base. Puis, vous pouvez ajouter derrière des outils, au mieux d’e-mailing ou bien de communication auprès de ses clients. C’est d’ailleurs possible soit à partir de sa propre base de données, sinon par le biais de Google ou encore Facebook, sans forcément avoir à leur donner de l’argent. 


De manière générale, les plus petites entreprises sont les plus en retard : 33% des TPE et 53% des PME ont engagé une transformation digitale, contre 70% des ETI.

De manière générale, les plus petites entreprises sont les plus en retard : 33% des TPE et 53% des PME ont engagé une transformation digitale, contre 70% des ETI.

Les plus petites entreprises sont-elles vouées à être absorbées par les plus grandes ?

La compétition sur le web est la même que dans le monde réel. Par exemple, le marché de la visioconférence est surtout trusté par de grands acteurs historiques mais des petits acteurs développant des plateformes collaboratives arrivent tout de même à faire leur place. C’est déjà en partie dû au fait que certaines arrivent à surfer sur la vague de la “souveraineté numérique” et des questions d’hébergement des données sur le territoire français. 
 
Mais de plus en plus de petites marques ont aussi réussi à s’imposer car elles se spécialisent sur des verticales bien précises du marché. Et cette stratégie leur permet d’augmenter grandement leurs ventes. C’est le cas des “Digitally Native Vertical Brands”, ces entreprises pure-player du web qui  s’adressent directement aux consommateurs pour mettre en valeur leur produit. Je pense notamment à Hello Bruno qui est devenu incontournable sur le marché du matelas, notamment car personne n’aurait l’idée de chercher ce type de produit chez Amazon. 

La France reste à mon sens le meilleur pays au monde pour entreprendre. Elle est en avance sur l’Espagne et l’Italie, peut-être en retard par rapport à l’Allemagne, mais elle est un acteur incontournable sur l’édition de logiciels. Et aujourd’hui, force est de constater que les relais de croissance pour eux restent bien les TPE. 


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