Du big data sans data scientists

Retour sur le dîner de la rédaction du 30 janvier 2018

La rédaction d’Alliancy a invité une dizaine de DSI et CTO pour parler des changements qui surviennent dans leur métier. Les participants au dîner se sont davantage focalisés sur la stratégie data de leur entreprise que sur les évolutions de leur métier en tant que tel. Les organisations sont de plus en plus nombreuses à vouloir s’appuyer sur cette richesse des données pour fidéliser, conquérir de nouveaux marchés et transformer leurs business models. Mais beaucoup risquent de passer à côté de la valeur promise, car les data sont silotées et mal organisées. Autre obstacle : les entreprises, estimant ne pas avoir au sein de leurs équipes les compétences adéquates pour traiter ces données, restent réticentes à l’idée de faire appel à des prestataires pour les analyser.

Photos : Guillaume Ombreux

Soulignant que la donnée est devenue prégnante dans tous les enjeux business des entreprises, Sylvain Fievet, directeur de la publication d’Alliancy, a interrogé la dizaine d’invités sur leur stratégie. « Comment gardez-vous la maîtrise de votre infrastructure ? », leur a-t-il demandé en introduction. La suite du débat a ensuite porté sur le management des équipes. « La data implique une notion de désintermédiation, comment avez-vous adapté votre management et comment les équipes IT voient-elles la data aujourd’hui ? »

Yann Barthelemy, président de l'association Innovation Makers Alliance (ima-dt.org)

« J’observe un biais humain dans l’exploitation des données car l’on réfléchit à ce que l’on pourrait en faire en fonction de cas d’usage. Or, là il n’y en a pas encore. L’avantage est que cela encourage les entreprises à faire de l’open-data sans chercher à identifier un ROI tout de suite, car ce sont des acteurs externes qui peuvent trouver la valeur de la donnée. Cette analyse constitue une nouvelle démarche à apprendre et cela a changé l’état d’esprit des équipes.»

Damien Bioteau, Directeur des systèmes d'information et de la transformation digitale – Chassis Brakes International

« Il y a 10 ans, nous faisions des produits en fonte, aujourd’hui nous y incluons du code. La data est donc devenue essentielle au coeur de nos processus industriels et elle devra nous permettre d’exécuter notre plan stratégique pour 2020. Nous travaillons sur le concept d’usine du futur en adressant l’optimisation des tâches par pan d’activités de la chaîne de valeur de l'acquisition de nouveaux marchés, par la conception de nos produits jusqu'aux moyens de les produire, les données doivent nous permettre de répondre plus vite aux besoins de nos clients, en terme de coûts, délais et qualité. La qualité, la flexibilité et l'agilité des réseaux deviennent primordial pour véhiculer la data. Pour mettre en œuvre le concept de smart city par exemple, nous serons bloqué si nous n’avons pas les canaux adéquats. Aussi, nous avons tendance à se dire que la data va nous apprendre de nouvelles choses alors que dans certains domaines, en réintégrant l’humain dans le processus pour l’analyser, il s'avère que nous connaissons déjà des faits depuis bien longtemps, il faut qualifier les nouveaux cas d'usages pertinents pour tirer pleinement parti de ces masses d'information à exploiter.»

Fabrice Dupuy, CIO Europe – Orange

« Au-delà de la data et de sa valorisation, il faut maintenant valoriser aussi le projet d’évolution applicative en intégrant ce que dit la donnée. Ce sujet nécessite de mettre fin aux silos : équipe data d’un côté, équipe projet agile de l’autre. Par ailleurs, avoir un business-plan pour la mise en place de l’environnement ou l’outillage de gestion de la donnée ne va pas faire apparaître un retour sur investissement. Il faut maintenant tenter des projets avec une part d’inconnu, même si cela représente un changement de culture.»

Gérard Guinamand, Deputy Group CIO – Engie Digital

« L’ADN de notre entreprise nous a conduit à avoir une organisation décentralisée, la data est donc traitée en silos, coincée dans différentes bases de données de métiers qui ne se parlent pas. Notre plus grand challenge est donc de désiloter les données pour en dégager un bénéfice et travailler sur une valorisation cross-entité. L’intelligence artificielle est aussi un moyen d’en tirer de la valeur. Pour y parvenir, nous mettons en place une solution au sein de notre organisation pour favoriser une meilleure circulation de la donnée sans créer de « datalake » centralisé. La création de communautés et l’apparition de nouveaux rôles, notamment celui de Chief digital officer, servent aussi à effectuer le virage numérique à propos du traitement de la donnée. »

Jean-Christophe Laissy, Global CIO – Veolia

« Notre principale difficulté concerne la volumétrie des données. Nous avons près de 10 000 usines dans le monde qui génèrent chacune un péta de données par jour. De même, un camion-benne, pour collecter les déchets, est équipé de plusieurs dizaines de capteurs, dont deux caméras qui récupèrent 16 heures de vidéo HD par jour. Que garder ? Il ne suffit par ailleurs pas de récolter les données, il faut les analyser et présenter un résultat pertinent. Ce n’est que dans ces conditions que l’on peut en tirer un avantage. L’enjeu selon moi est de se servir de l’intelligence artificielle pour faire le tri dans les informations et raffiner ces données. Et il faut des data-scientist à disposition des métiers, car si on ne les accompagne pas, il ne se passera pas grand chose.»

Gilles Lévêque, CIO – Groupe ADP

« La data nous permet d’optimiser le fonctionnement de nos aéroports. Grâce à elle, nous pouvons par exemple mieux comprendre et fluidifier les parcours flux des passagers, ou encore optimiser le parcours des avions pour limiter leur consommation d’énergie. Mais surtout, elle nous permet de mieux satisfaire les attentes de nos clients en leur offrant une expérience personnalisée et innovante. La donnée a changé notre capacité d’actions, elle était déjà un élément critique pour notre excellence opérationnelle et elle devient en plus un vecteur d'innovation et de développement. Nous avons des discussions sur des projets open-data mais globalement, les sociétés sont encore frileuses à l’idée de partager leurs données puisqu’on leur dit que ce sont les "joyaux" de l’entreprise à protéger.»

Ludovic Levy, Vice President - Global Data Strategy & Governance – Orange

« Au sein de l’entreprise, les métiers se sont saisis des questions liées à la data aux côtés des équipes IT pour apporter de la valeur au business et déterminer quelles sont les data de qualité. Les problématiques autour de la donnée vont donc bien au-delà du périmètre IT. Et ce sujet transcende l’entreprise, qui évolue vers une culture de l’agilité. La loi, notamment le RGPD en nous obligeant à tracer les données des clients, nous aide à faire ce travail d’analyse et à mieux connaître les informations que nous détenons.»

Thierry Markwitz, Deputy CTO – Ministère de l’Intérieur

« La question de la data a changé la donne des métiers du ministère avec des contenus bruts de plus en plus riches, notamment la vidéosurveillance. Pour effectuer notre mission – qui est d’assurer la sécurité de nos concitoyens et les servir – nous devons parfois traiter des volumes de données très importants en très peu de temps. Nous nous retrouvons avec un volume de données à déplacer et conserver sur de très longues périodes (cas des enquêtes), qui nous pousse à réfléchir à son traitement en temps réel sur des infrastructures régaliennes. Avoir la possibilité de les exploiter rapidement au mieux et en toute sécurité, toujours dans le respect des libertés publiques, est pour nous l’un des principaux enjeux.»

Patrick Rohrbasser, Regional Vice President France & North Africa et Stéphane Berthaud, Regional Presales Director France – Veeam

« Nous sommes dans un monde où la donnée est devenue hyper-critique, hyper-dispersée et hyper-mobile.
Nous devons donc la gérer, la protéger intelligemment et la rendre accessible, visible et restaurable très rapidement à l’état initial ou sous forme de services, dans le cas de cyberattaques par exemple, qui est devenu finalement très courant.
Les entreprises et les métiers exigent une hyper-disponibilité, ce qui change significativement la manière d’opérer et les systèmes en place ».
« Les entreprises ne stockaient auparavant que des données pertinentes. Aujourd’hui, elles gardent tout mais il y a des limites à protéger des données qui ne font que grossir », a également souligné Stéphane Berthaud.

Frédéric Rolet, CTO – Plastic Omnium

« La data est à mes yeux une aide à la décision précieuse, elle nous permet aussi de trouver des gisements de productivité, principalement dans le domaine du manufacturing. La compétence nécessaire pour bien traiter ces nouveaux volumes de données est à construire. Les équipes historiques sont souvent dépourvues et ne savent pas toujours extraire l’information des données récoltées. Une option aujourd’hui est de faire appel à des prestataires spécialisés, c’est un nouvel aspect dans nos processus et c’est un vrai challenge que de confier nos données à autrui. »

Laurent Treluyer, DSI – APHP

« Les appareils biomédicaux qui surveillent le patient, les appareils d’imagerie médicale, les dossiers médicaux informatisés et les photographies numériques et demain les objets connectés génèrent un grand nombre de données. Ces systèmes d’information permettent une meilleure prise en charge du patient en assurant le partage de l’information médicale mais ils ouvrent des perspectives complètement nouvelles de recherches pour les médecins et chercheurs de l’AP-HP. La data devient un outil d’aide à la décision, grâce à elle, nous observons désormais des paramètres que l’on ne regardait pas avant. Nous avons organisé un datathon le week-end du 20/21 janvier réunissant plus de 200 experts, médecins, statisticiens et ingénieurs, regroupés en 19 équipes, autour des données produites par les appareils de réanimation. Ces appareils produisent en continue des données pour surveiller des patients gravement atteints. Les équipes ont créé des outils de recherche et des algorithmes pour anticiper l’aggravation des patients. Les données personnelles de santé sont certes sensibles et personnelles mais on en a besoin pour la recherche. »

L'avis de Catherine Moal, rédactrice en chef du magazine Alliancy :

"Ce que j'ai retenu de ce dîner-débat :
1. Un des premiers enjeux des DSI et CTO est de désîloter la data pour rendre possible sa circulation déjà en interne, afin de travailler sur la valorisation cross Business Unit, grâce à l'analytics et à l’IA.
2. La donnée est un sujet qui transcende toute l’entreprise, qui impose l’agilité entre l'IT et les métiers. Ce n’est pas toujours facile en interne.
3. La donnée est bicéphale. Il y a d’un côté le capacitaire et, de l’autre, le besoin de comprendre les attentes de nos clients.
4. On a une méconnaissance d’une partie de nos données en interne. Quelle est sa qualité ? Que pourrais-je y ajouter pour mieux les analyser ? C’est le sujet numéro 1.
5. L’enjeu n’est pas l’accumulation, mais bien le raffinage de cette donnée pour que les métiers puissent s’en saisir.
6. Le coût du stockage, ce n’est plus rien, il est dans la manipulation de ces données par les data scientists.
7. C’est assez ahurissant qu’en Europe, on n’ait pas réussi à créer un cloud souverain. C’est un vrai problème pour nous.
8. RGPD : ce sont des données sensibles, mais on a besoin de faire de la recherche à partir de ces données. Comment arriver à tout concilier ?
9. Mon métier est de garder le système d’information cohérent. Peu importe avec qui. Cloud et scalabilité sont ce que l’on recherche aujourd’hui.
10. On fait du big data sans data scientits… Le sujet des compétences pose un vrai problème.
11. On s’est beaucoup perdu avec les start-up. Quelles sont les 10 qui créent une vraie valeur ajoutée ? Celles qui peuvent réellement passer à l’échelle ?
12. La compétence pour traiter la donnée n’existe pas encore en interne, mais d’autres à l’extérieur en sont capables.
13. Notre sujet, c’est l’hyper-vision ! Comment je fais pour analyser les données et sortir des éléments intéressants de cette masse."

Nous remercions pour leur présence à ce dîner :
- Yann Barthelemy, président de l'association Innovation Makers Alliance (ima-dt.org)
- Damien Bioteau, Directeur des systèmes d'information et de la transformation digitale – Chassis Brakes International
- Fabrice Dupuy, CIO Europe – Orange 
- Gérard Guinamand, Deputy Group CIO – Engie Digital
- Jean-Christophe Laissy, Global CIO – Veolia
- Gilles Lévêque, CIO – Groupe ADP
- Ludovic Levy, Vice President - Global Data Strategy & Governance – Orange
- Thierry Markwitz, Deputy CTO – Ministère de l’Intérieur
- Patrick Rohrbasser, Regional Vice President France & North Africa
et Stéphane Berthaud, Regional Presales Director France – Veeam
- Frédéric Rolet, CTO – Plastic Omnium
- Laurent Treluyer, DSI – APHP

Un dîner organisé en partenariat avec VEEAM

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Disponibilité de vos données et applications 24.7.365

Dans le contexte actuel où l’activité est continue, les temps d’arrêt et les données indisponibles, même quelques minutes, peuvent avoir des conséquences immédiates sur la réputation d’une société, son chiffre d’affaires, la fidélité de ses clients et la productivité de ses employés. Le coût moyen de l’interruption d’une application critique avoisine 80 000 dollars, et celui de la perte de données à la suite d’une telle interruption 90 000 dollars  Le résultat ? Chaque partie prenante de l’écosystème attend que ses services et ses données restent disponibles 24.7.365.

Veeam® Software, fournisseur de solutions innovantes permettant l’Availability for the Always-On Enterprise™, assure aux entreprises du monde entier une disponibilité continue des données et applications en environnements virtuels, physiques et basés sur le cloud : Veeam Availability Platform for the Hybrid Cloud – continuité pour l’entreprise, mobilité des workloads, conformité et visibilité. Fondée en 2006, Veeam compte actuellement plus de 41 000 revendeurs ProPartner et plus de 205 000 clients dans le monde entier. Le siège social de Veeam se situe à Baar en Suisse, et ses bureaux sont présents partout dans le monde. Pour en savoir plus, visitez www.veeam.com/fr/

Retour sur le dîner de la rédaction du 30 janvier 2018 : « Stratégie data opérationnelle, priorités cloud, nouvelles infrastructures… La rédaction d’Alliancy avait invité dix DSI et CTO pour parler des changements qui surviennent dans leur métier. Les participants au dîner se sont focalisés sur la stratégie data de leur entreprise, les organisations étant de plus en plus nombreuses à vouloir s’appuyer sur cette richesse des données pour fidéliser, conquérir de nouveaux marchés et transformer leurs business models. Mais beaucoup risquent de passer à côté de la valeur promise, car les data sont silotées et mal organisées… 

Un dîner organisé avec le soutien de Veeam.

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