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[Série] Ecosystèmes & Plateformes : Quelles stratégies d’APIsation ?
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Laurent Rousset (The Adecco Group) « Derrière les API, l’entreprise veut-elle vraiment devenir une plateforme leader ? »

Un article de la série “Ecosystèmes & Plateformes : Quelles stratégies d’APIsation ?” réalisé en partenariat avec    Logo Axway .

Laurent Rousset est le directeur des systèmes d’information de The Adecco Group en France. Son entreprise se définit comme le leader mondial des solutions en ressources humaines, au travers tous les aspects de l’emploi : emploi à plein temps, travail temporaire, intérim, formation ou encore alternance.

Laurent Rousset, le directeur des systèmes d’information pour la France de The Adecco Group.

Laurent Rousset, le directeur des systèmes d’information pour la France de The Adecco Group.

Qu’est-ce qui pousse un groupe comme le vôtre à avoir une stratégie d’ouverture sur les écosystèmes ?

Laurent Rousset. Adecco était depuis toujours une entreprise mono-business et mono-produit. Autrement dit, notre approche de l’intérim était très classique. Aujourd’hui au contraire, le groupe doit accompagner la transformation du marché du travail et les attentes sociales qui vont avec. Les enjeux sont multiples : changement de l’environnement de travail, raréfaction des talents, non-adéquation des compétences… Depuis trois ans, nous sommes donc engagés sur une stratégie qui repose sur trois piliers : la flexibilité responsable, la transformation des compétences et le digital.

Quelle forme cela prend-il concrètement ?

Laurent Rousset. Nous voulons être capables d’offrir toutes les formes de contrats de travail flexible, tout en respectant l’enjeu social. Nous sommes par exemple leader en matière de CDI Intérimaire, qui permet d’adapter le cadre du CDI à des travailleurs temporaires. Nous avons aussi multiplié nos offres en matière d’alternance et de structures d’inclusion. Mais en parallèle, nous devons également aider les entreprises à repérer leurs talents en interne, puis à mieux les orienter. Nous fondons avec elles des CFA. Pour accompagner tout cela, le pilier digital est clé : il permet de toucher un maximum de personnes et de réinventer le dialogue avec nos écosystèmes. Nous avons ainsi lancé l’app mobile « Adecco & Moi », pour mieux gérer la relation avec les intérimaires, mais aussi un portail pour nos clients, permettant le suivi des demandes de mission, des relevés d’heures, etc. Avec « Adecco Analytics » nous décodons par ailleurs la data sur le marché du travail pour fournir des éléments de pilotage stratégique aux entreprises : c’est un tout nouveau métier pour nous. Mais plus encore, nos clients se digitalisent et nous demandent d’interagir avec eux sur un modèle digital. 

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Ce sujet est une priorité ? Vous aimeriez rencontrer la personnalité interviewée ? Vous souhaiteriez partager votre expérience sur le sujet ? 

Dans le secteur des RH, c’est extrêmement nouveau et nous devons trouver les moyens de mieux coopérer avec les HRTech, les start-up de notre milieu, mais aussi avec tous nos partenaires. Nous devons mieux échanger l’information et la donnée pour imaginer les services de demain.

Quel est l’impact pour la DSI ?

Laurent Rousset.  Cet impératif de « fournir des services à l’extérieur » doit évidemment s’appuyer sur une capacité technique. Quand j’ai pris mes fonctions en 2016, le comex lançait tout juste l’aventure. L’adhésion à l’idée d’ouverture était complète mais récente. Nous n’avions alors aucun service communicant sur l’extérieur : le système d’information n’était pas prévu pour cela ! Nous avons donc lancé une démarche d’APIsation. Or, en la matière le rôle de la DSI est clé, car bien souvent ce mouvement peut être « subi » dans l’entreprise s’il n’est pas bien amené et compris, plutôt que d’être vu comme un moyen de mieux lier le business et le numérique.  Il faut donc que tout le monde comprenne qu’une entreprise qui veut être leader sur son marché doit devenir prescripteur sur la façon dont s’échange la donnée, et donc les services, dans l’écosystème. Autrement dit : les API sont une opportunité pour se mettre réellement centre de son écosystème. Derrière cette dimension technique, ce sont en effet des questions stratégiques qui se posent : est-ce que l’entreprise veut réellement devenir une plateforme leader ? Où va-t-elle finir par devoir utiliser la plateforme d’un autre et se mettre sous son influence ? La taille et la légitimité d’Adecco font que nous partons avec un avantage : il faut en profiter. La DSI doit donc être moteur sur l’APIsation, mais nous avons aussi été confronté à d’autres enjeux, notamment autour des référentiels centrés sur l’humain.

C’est-à-dire ?

Laurent Rousset.  Tous nos référentiels métiers évoluent de manière drastique. Ils étaient très datés sur des sujets comme les formations par exemple, ce qui avait des conséquences sur nos façons d’échanger avec notre écosystème. Dans notre secteur, les produits ne sont pas aussi bien définis que dans le retail. Les nouvelles façons de partager la donnée soulèvent alors de nombreuses questions : les candidats sont-ils les produits ? Pourtant chacun est unique et ne peut être mis dans une case… Les dimensions dans l’appréciation de la data sont donc très complexes. Heureusement, les capacités techniques ont évolué et permettent enfin de digitaliser des sujets très « soft », comme l’évaluation des candidats. Nous commençons tout juste à être en confiance sur notre façon d’analyser la donnée, pour normaliser de plus en plus. Le travail sur les API est un pendant obligatoire de cette réflexion de fond qui est à la fois « métier » et « IT », car ils sont la base pour partager des référentiels centrés sur l’humain.

#API @rousset_laurent (@AdeccoGroup) «Le meilleur indicateur de notre montée en puissance, c’est qu’aujourd’hui aucune démarche n’est lancée sans qu’elle soit associée à la notion d’ouverture, à des API, et donc derrière à des KPI… Cliquez pour tweeter

Finalement, où en êtes-vous en termes d’APIsation ?

Laurent Rousset. Nous n’en sommes encore qu’au début, mais nous surveillons de très près l’intensification des échanges qui s’avère rapide et importante. C’est le signe que notre travail pour faire adhérer les acteurs business fonctionne. Aujourd’hui, au niveau des API transactionnels internes pour gérer les échanges sur nos portails, nous en sommes à plusieurs milliards de transactions par an. Vers l’extérieur, c’est un peu plus limité, mais la croissance est là. Nous avons un catalogue d’environ 50 API publiés, qui concernent avant tous les candidats et les compétences. Mais le meilleur indicateur de notre montée en puissance, c’est qu’aujourd’hui aucune démarche n’est lancée sans qu’elle soit associée à la notion d’ouverture, à des API, et donc derrière à des KPI mesurables. Nous sommes sorti de l’émotionnel qui peut être souvent encore être lié à ces stratégies d’ouverture dans les entreprises.

Créer de l’adhésion « business » autour de l’APIsation

L’un des plus gros enjeux d’une stratégie d’ouverture de l’entreprise (et de son SI) est sans aucun doute, au-delà de la technique, la compréhension du sujet par les acteurs business. En la matière, une DSI doit convaincre, et vite, des impacts positifs de la transformation. « Ce n’est pas un secret : il faut apporter des preuves rapides. L’application mobile a été pour nous un moyen de montrer la différence en moins d’un trimestre. Il s’agit surtout de montrer que l’on peut travailler « autrement ». Cela permet de créer des adhésions des acteurs business » résume Laurent Rousset, DSI du groupe Adecco en France. A partir de là, l’ambition est de fédérer autour de la démarche plateforme dans son ensemble. « La plateforme doit être vu comme un produit à part entière. La plus grande difficulté pour une telle transformation est de sortir de la pensée en mode « projet », où les personnes se disent qu’il y a un début et surtout, une fin. Or, la démarche de plateformisation n’a pas vocation à avoir de fin.

Ce changement du projet au produit est clé dans la dynamique d’Apisation » détaille le DSI.  Pour faciliter ce changement majeur, Adecco s’est doté d’une entité dédiée à la transformation sous toutes ses formes, pas seulement digitale. Le groupe a ainsi fait émerger un schéma de gouvernance lié à ses trois piliers stratégiques, qui se décline ensuite en produits stratégiques ou tactiques ; d’abord au niveau business, puis technologique. Et Laurent Rousset identifie au moins un impératif en la matière : « L’un de nos engagements pour faciliter cette approche globale est d’avoir des équipes systématiquement mixtes business et techniques ».

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