Alain Garnier, président-fondateur Jamespot et auteur du blog « GarnierA »

Tous les mois Alain Garnier vient croquer l’actualité du numérique ainsi que du « Futur of work » avec malice et empathie. A travers ses billets d’humeur, écrits et oraux, il réagit sans filtre aux questions, déclarations et buzzwords qui parsèment la transformation de notre société, de notre économie et de nos entreprises.

Innovateur en série, Alain a seulement 26 ans quand il fonde Arisem.

10 ans après, en 2003, la société est revendue à Thalès, permettant à Alain de se lancer dans de nouvelles aventures entrepreneuriales. Il cofonde alors Evalimage en 2004, puis Jamespot en 2005. Il est depuis cette date président-fondateur de cette entreprise en pleine croissance (+30 % en 2019) et qui compte aujourd’hui une trentaine de collaborateurs et plus de 200 000 utilisateurs de sa solution.

Auteur reconnu de plusieurs ouvrages de référence sur la communication interne et le travail collaboratif, il anime en parallèle son propre blog « GarnierA » ainsi que la chaîne de podcast « les voix du digital » de Jamespot où il décrypte l’actualité du monde digital.

Très impliqué dans l’écosystème numérique français, Alain est également président de l’association EFEL Power, et membre du Syntec Numérique, de Cap Digital et du Cnum93.

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[Chronique] Parlez-vous la langue diplomatique numérique de la trichite ?

Dans son dernier billet d’humeur, notre chroniqueur Alain Garnier réagit à une récente déclaration du président du géant Microsoft et s’interroge sur les enseignements qu’il y a à en tirer.

Chronique - declaration géant Microsoft

Comme moi, devez-vous vous y reprendre à deux fois pour comprendre une phrase comme celle-ci ? « Nous ne pensons pas que toutes ces allégations soient exactes, mais certaines le sont et nous allons certainement apporter des changements pour y remédier rapidement ».

C’est bien ce que Brad Smith himself, le président de Microsoft, a pourtant reconnu face aux accusations multiples d’enfreintes à la concurrence de la part de multiples acteurs. Et il a fallu que l’Europe hausse le ton pour que les choses changent au pays de Microsoft.

La prochaine fois, par exemple, qu’un policier vous arrête en état d’ivresse pour un dépassement de vitesse, dites-lui la phrase magique : « Nous ne pensons pas que toutes ces allégations soient exactes, mais certaines le sont et nous allons certainement apporter des changements pour y remédier rapidement », ou que vous avez oublié de payer un fournisseur pour plusieurs factures depuis longtemps : « Nous…blablabla…mais…blabla… rapidement ». Vous connaissez maintenant la chanson !

Mea culpa fort diplomatique

C’est donc une reconnaissance en forme d’aveu que vient de faire Microsoft. Et pourtant… combien de dénis sur le sujet du Cloud, de sa solution Office, de Windows depuis des années.

Mais aujourd’hui, les choses ont changé nous jure Brad Smith ! Enfin…, on a du mal à le croire. Pourtant le dirigeant de préciser « L’une des grandes leçons que nous avons tirées de notre expérience des régulations et des procédures antitrust au début des années 2000 est que la pire erreur que vous pouvez faire est d’attendre trop longtemps pour implémenter ce type de changement ».

Attendre trop longtemps ? Cela fait plus de dix ans que Microsoft est sous le feu des critiques pour sa politique (somme toute classique, prévisible et répétée d’enfreintes à la concurrence) d’utilisation de sa base client pour « forcer » l’installation de ses produits afin d’en faire des standards qu’il monétise ensuite quand ils sont devenus des habitudes et des références sur un secteur précis. C’est ce qu’on a vécu avec la séquence Office plus Azure, et ensuite Teams plus Office plus Azure… L’appétit de Microsoft est insatiable.

C’est ce qui donne quand même à ce mea-culpa fort diplomatique une forme de nouveauté car généralement, Microsoft nous avait habitués à attendre les tribunaux et leur temps élastique à souhait pour accepter la décision de leur attitude répréhensible. On en avait au moins pour une bonne dizaine d’années (Cf l’abus sur Internet Explorer de 1990 à 2004 : tout ça pour finir par abandonner ce produit quelques années plus tard, mais le mal était fait).

Stérilisation et napalm

On peut donc y voir une évolution. On gagne cinq ans de stérilisation et de napalm sur un marché mais on peut aussi y voir un modèle de fonctionnement. Microsoft sait qu’il dépasse les lignes rouges mais il attend qu’on vienne vraiment le lui rappeler pour s’arrêter. Entre temps, toute action incitatrice pour plus de vertu est vouée à l’échec, Microsoft ne réagissant que lorsque plusieurs procès le menacent.

C’est une triste analyse de se dire qu’un des fleurons mondiaux du numérique se comporte comme un petit caïd de banlieue qui sait très bien qu’il est hors-la-loi mais sait aussi s’arrêter avant la prison. Mais c’est ainsi. Le modèle de la Silicon Valley et son « Fake it until you make it » peut donc aussi se décliner quand on est un leader en « Cheat it until they Stop It ».

Microsoft l’a parfaitement intégré.

Nous aussi.

 

Sources :


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