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Futur du travail : Vers quoi vont les entreprises ?
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Quel futur du travail pour les entreprises de la tech ?

Ils fournissent les outils digitaux qui accompagnent la transformation des entreprises et de leur mode de travail, mais les spécialistes de la tech’ ont également dû changer leurs habitudes ces derniers mois. Souvent plus avancés sur les questions du télétravail, ils ont dû réfléchir eux-aussi au futur du travail pour leurs collaborateurs et aux remises en question de leurs organisations. Exemples avec les éditeurs Salesforce et Dropbox, respectivement spécialiste de la relation client et du partage de documents.

Véronique Marimon de Salesforce et Thibaut Champey de Dropbox.

Véronique Marimon de Salesforce et Thibaut Champey de Dropbox.

« Nous sommes aujourd’hui tous en télétravail depuis un an. Nous ne sommes pas retournés dans nos bureaux depuis le début de la crise. Cela pousse naturellement à prendre un peu de recul sur la question des modes de travail… ». Véronique Marimon, chief of staff de Salesforce en France, est la responsable des projets transverses dans le comité de direction de l’entreprise. Elle a notamment orchestré le programme de gestion de la situation sanitaire auprès des employés, ce qui l’amène sérieusement à se poser la question aujourd’hui de la pérennité des changements initiés depuis un an et de leur impact sur le futur du travail.

Même combat pour Thibaut Champey, directeur général de Dropbox France : « Nous sommes complètement en télétravail depuis un an et nous avons vite dû réfléchir au long terme, car dire « on repousse de 3 mois le retour au bureau » à chaque fois du fait des évolutions de la crise, c’est extrêmement anxiogène pour les collaborateurs ». Il estime que le travail à distance a montré ses avantages, mais que l’urgence reste pour les entreprises d’adapter les modes de management. « Le sujet des infrastructures, des outils… c’est le plus simple. Adapter le management et la culture d’entreprise pour se concentrer sur les résultats plutôt que la mesure des tâches, et abandonner le micro-management intrusif, est un tout autre enjeu » souligne-t-il.

Des bureaux réinventés

Au passage, c’est aussi le rôle du bureau qui est réinterrogé fortement par ces entreprises de technologies. « Notre vision est que l’organisation du travail va évoluer. On ne pourra plus avoir les cinq journées de travail classique. On va aller vers de l’hybride. Près de la moitié de nos employés veulent aller au bureau, mais pas de la même façon qu’avant. Cette approche beaucoup plus flexible pose la question : quelle est la place du travail dans notre lieu de travail ? Les attentes sont en effet très différentes maintenant et l’entreprise doit répondre en redéfinissant ce que le bureau apporte de plus. » décrit Véronique Marimon. Au niveau global, Salesforce a ainsi nommé un nouveau responsable pour gérer cette question du « futur of work » et piloter l’évolution de certains bureaux en test, avec beaucoup de place laissés aux rencontres collaboratives. De quoi préparer un retour au bureau différent, quand la situation sanitaire le permettra.

Cette transformation des environnements, avec temps de travail individuel hors du bureau et moments collectifs au bureau, est également une transformation en cours chez Dropbox.

« Nous avons décidé de supprimer les bureaux individuels » reconnait Thibaut Champey, avant de préciser : « Nous mettons en place des studios, des bureaux qui sont devenus avant tout des espaces de collaborations. Le travail individuel se fera à distance, ou en tiers lieu pour ceux qui préfèrent ou qui ont des contraintes personnelles. Nous avons un partenariat avec [l’entreprise de services de coworking] WeWork, avec des crédits que peuvent utiliser les collaborateurs ». Les studios Dropbox seront donc orientés sur la créativité et la relation avec les clients, tout en laissant la place à des environnements très éloignés des salles de réunion habituelles : salle de méditation, de musique… Ce parti-pris ne s’improvise pas. « Il faut adapter la proposition de valeur qu’aura chaque bureau aux différentes cultures du travail et pays… Notre idée c’est d’expérimenter, voir comment cela fonctionne et les salles qui seront vraiment utilisées ou non. Pour nous adapter selon ce qui plait ou pas ! » explique le dirigeant de Dropbox dans l’Hexagone. Les premiers studios « réinventés » devraient ouvrir durant l’été, testés par les pays qui, comme Israël, ont prit beaucoup d’avance sur la vaccination. « Nous avons été clair vis-à-vis des collaborateurs, c’est un test et nous verrons l’adhésion que cela remporte ».

Faire face aux inégalités de « l’Hybride »

Toutefois, pour les deux entreprises, le nouveau « travail hybride », de plus en plus vanté par les entreprises technologiques, ne saurait être anticipé sans quelques précautions. Véronique Marimon estime que « le travail hybride nécessite une vigilance particulière pour maintenir un niveau d’équité entre les collaborateurs. Celle-ci se voit sur les sujets matériels, mais aussi au niveau des règles collectives du travail et du bien-être ».

Dans le premier cas, il ne faut pas oublier que tous les employés, selon leurs situations, ne sont pas égaux devant le travail à distance. « Même si toute l’entreprise était bien dotée en termes d’informatique, dès le début de la pandémie, nous avons mis en place une prime exceptionnelle pour aider les salariés à s’équiper, de bureaux ou chaises ergonomiques, de répéteurs wifi, etc. » Mais il a aussi fallu prévoir des aménagements sur le plus long terme pour maintenir cette philosophie. « Nous venons d’accueillir un groupe de stagiaire en février, pour les six prochains mois, et ils n’étaient pas éligibles à la prime exceptionnelle telle qu’elle avait été définie au départ… alors même qu’ils étaient moins bien équipés. Il a donc fallu adapter notre approche » illustre la chief of staff de Salesforce France.

Dropbox a souhaité allé plus loin en pérennisant la démarche de subvention et en en élargissant l’objet. « Nous avons mis en place une enveloppe trimestrielle, avec l’idée que chaque employé a des besoins différents et qu’il doit avoir la liberté de déterminer lui-même ce qui est important pour lui permettre d’améliorer son bien-être professionnel : payer une nounou ? Un abonnement à une salle de sport ? Un plus grand écran pour travailler ? Nous avons défini une liste bien cadré de sujets « bien-être » et chaque collaborateur peut aujourd’hui soumettre ses demandes à travers un processus spécifique. » détaille Thibaut Champey qui estime qu’il est question de plusieurs milliers d’euros annuels qui sont ainsi consacrés à chaque collaborateur.

De nouvelles règles collectives

Les deux entreprises activent donc différents leviers pour se démarquer d’un « travail hybride » généralisé et indifférencié, et toutes deux insistent sur les règles collectives que l’entreprise doit mettre en place. « Cela peut déjà passer par des choses simples, comme définir qu’il n’y aura pas de réunions en ligne la journée du vendredi, afin de libérer une partie de la semaine des collaborateurs face aux marathons de visio-conférences » illustre Véronique Marimon.

Du côté de Dropbox, on essaye également de minimiser les réunions et les temps passés en visio-conférence : « L’idée est de privilégier la communication et la collaboration asynchrones. La réunion n’existe que pour valider le travail à la fin. C’est l’esprit de nos outils, donc autant pousser cela au maximum en interne, car cela facilite les innovations d’usages » analyse Thibaut Champey.

Les deux dirigeants se rejoignent également quand il s’agit de reconnaitre que le plus grand point de vigilance se retrouve dans les usages mixtes au sein d’une même équipe. « Le modèle hybride peut créer des risques dans une équipe. Les entreprises globales sont déjà un peu habituée à ce difficile exercice de collaboration, avec des collaborateurs dans différents pays. Mais il faudra être d’autant plus vigilant à l’avenir quand on reviendra au bureau. C’est un axe à avoir dès aujourd’hui en termes de préparation et de formation, pour être plus inclusif vis-à-vis de la nouvelle coexistence bureau/maison dans les équipes. En tout logique, le comité de direction, qui est une équipe en soi, devra montrer l’exemple sur le sujet ! » note Véronique Marimon.

Enfin, même si les deux entreprises technologiques reconnaissent qu’elles ne peuvent pas se comparer à d’autres organisations plus traditionnelles sur tous les sujets, elles estiment que certaines pratiques peuvent être généralisées sans distinction d’activités. « Il est devenu urgent de mieux cultiver les soft skills : on en parlait beaucoup avant la crise, mais aujourd’hui il faut agir. Plus aucune entreprise ne peut éviter le sujet » estime le responsable de Dropbox. Quant à Véronique Marimon, elle attire l’attention sur l’importance du travail sur le « sens » de l’activité de l’entreprise et de l’engagement des collaborateurs : « Notre modèle philanthropique 1-1-1* a pris encore plus de sens depuis un an et nous avons fait en sorte que l’implication de nos collaborateurs ne soit pas amenée à décroître malgré la crise. Cela a été tout aussi important que le fait de faire grandir nos managers autour des notions d’empathie, d’écoute, bienveillance, ou que de multiplier les moments d’échanges qui ne soient pas liés directement à des tâches professionnelles ». Autant de sujets qui sont directement dans la main des dirigeants, avec ou sans technologie à la clé.

*modèle qui consiste de pousser chaque personne dans l’entreprise à consacrer 1% de leur capital, 1% de leur temps et 1% de leur production à des projets philanthropiques.


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