Une chronique prospective RIST Groupe pour le TAO TANK©

Créé à l’initiative d’un groupe de praticiens et chercheurs le TAO TANK© a vocation d’ouvrir le chemin pour penser (Think), expérimenter (Act), repérer (Observe) de nouvelles formes d’appui, des organisations, et des individus dans les organisations. 

En 2021, le TAO TANK©, à travers les équipes de son co-organisateur RIST (Research Innovation Science & Technologie), explore la question de ce qu’est “l’expert du futur” dans une série de chroniques prospectives publiée tout au long de 2021. 

Les experts du futur 

Penser l’expert du futur, ce n’est pas faire de la prospective lointaine, car cet expert existe déjà quelque part dans notre présent, les besoins se dessinent aujourd’hui.

Penser le futur, c’est ici observer le présent et expérimenter.

Nous avons souhaité, avec notre partenaire Alliancy et nos Core Advisors (dirigeants R&D, responsables d’expertises, DRH, chercheurs en sciences sociales), partager notre vision du futur ainsi construite, ou plutôt construire le futur en pensant la vision. Le partage se fera au travers de 12 chroniques (une par mois) tout au long de l’année 2021.

 

 

L’équipe RIST :

RIST Groupe valorise en temps réel les différents résultats de recherche obtenus au sein de son laboratoire de recherche en sciences sociales (meta RIST Lab) et des laboratoires partenaires (Dauphine, CGS Mines ParisTech, HEC Montréal, Université Technologique de Sydney, etc.), afin de répondre au plus juste aux besoins de ses clients publics et privés, dans le champ du management de la recherche et de l’innovation.

RIST Groupe développe ainsi des activités sur 6 plateformes et un TAO TANK©. RIST Groupe comporte une trentaine d’intervenants :

    • une dizaine de professeurs d’université et écoles de commerce
    • une dizaine de dirigeants de grands groupes (directeurs R&D, DSI, DRH, Directeurs de l’innovation)
    • une dizaine de consultants, formateurs et coachs.

Les professeurs ont été sélectionnés pour leur aptitude à fonctionner en entreprise et institution publique. Ils doublent leur activité d’enseignement recherche par une activité de conseil.

Les consultants sont intégrés dans les travaux de recherche menés au sein de meta RIST Lab. Ils participent aux séminaires de recherche et aux think tanks.

Ces 30 intervenants ont l’habitude de travailler ensemble en France et en contexte international.

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[Chronique] Entre science et expertise, comment distinguer les vrais prospectivistes des charlatans ?

Cette chronique est le fruit du partenariat entre RIST (en particulier son TAO TANK©) et l’IHEST (Institut des Hautes Etudes en Sciences et Techniques). Elle revient sur les difficultés pour les décideurs dans les entreprises et les organisations publiques, de pouvoir étancher leur soif de prédiction, dans un contexte où l’expertise prospectiviste est parfois peu identifiable parmi les errements des prédicateurs.

Les décideurs sont aujourd’hui confrontés à trois séries de facteurs qui pèsent sur la prise de décision et se sont largement amplifiés depuis une trentaine d’années :

  1. la complexité des éléments à prendre en compte, le caractère systémique des décisions
  2. la nécessité paradoxale, de prendre le risque inhérent à toute décision dans un contexte social qui cherche le risque zéro
  3. le besoin d’anticipation constant, qui confine parfois à l’addiction et conduit à se projeter incessamment dans l’avenir et à obérer le présent, en effaçant le passé.

Par conséquent, pour éclairer les décideurs, qu’il s’agisse des dirigeants d’entreprises ou d’administrations, qu’il s’agisse des acteurs clé des politiques publiques nationales et territoriales, le recours aux experts est devenu incontournable. Il en est d’ailleurs de même pour le « public », autrement dit les « citoyens », les « électeurs », aussi bien pour comprendre les questions de société que pour leurs propres décisions individuelles et familiales…

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Comment distinguer l’expert prospectiviste du prédicateur ?

RIST, se basant autant sur les écrits académiques que sur ses nombreuses expériences d’intervention dans les organisations, définit justement l’expert comme « un acteur capable, face à une situation complexe, incertaine et originale, de porter un regard prédictif nourrissant les décisions ».

Se pose alors la question de la légitimité de l’expertise. Comment distinguer l’expert prospectiviste du prédicateur, que ce dernier soit mû par la bonne volonté, soumis aux conflits d’intérêts ou encore suspecté de charlatanisme et de véhiculer de fausses conclusions ? La légitimité de l’expertise s’obtient et s’évalue grâce à au moins deux critères :  le sérieux du socle sur lequel s’appuie la construction de l’expertise d’une part, et le constat de qualité des prédictions effectué ex post. Concernant le constat de qualité, sa difficulté réside précisément dans le fait qu’il soit réalisé a posteriori, c’est-à-dire précisément lorsqu’il est trop tard ! Cette légitimité s’acquiert donc dans la durée, dans l’humilité et la prudence, et non sur un « coup ». Elle implique donc un regard de l’évaluateur surplombant le passé.

Le socle, lorsqu’il est sérieux, se construit à l’aide de deux “ingrédients”, dont le dosage peut être très variable. Le premier est l’accumulation patiente d’expériences face aux situations dont les caractéristiques sont évoquées plus haut, c’est-à-dire la complexité, l’incertain et l’unicité. Le second, c’est la connaissance scientifique acquise à travers la démarche scientifique.

La connaissance scientifique n’est pas aisée à activer pour le décisionnaire

Mais « la » science, et la crise de la covid l’a bien révélé au public, donne l’état des connaissances à un moment donné, elle est évolutive. Elle ne détient pas LA vérité… Elle cherche, et la recherche s’effectue dans la controverse et ne devient science que lorsque la controverse est résolue, au moins temporairement, et que les scientifiques partagent un large consensus. D’autre part, cette connaissance scientifique n’est pas forcément aisée à actionner dans le monde commun des décisionnaires. Comme le rappelle récemment encore François Bernard Huyghe dans un rapport de l’IRIS «Observatoire (Dés)information & Géopolitique au temps du Covid-19» : « La production de la science n’est nullement synonyme de certitudes immédiatement applicables. […] « je ne sais pas », « je ne sais pas encore », « je ne suis pas de l’avis de mon collègue », « il faudra vérifier », « l’avenir nous le dira » font aussi partie de ce discours et il n’y a là aucune honte : contradictions et hésitations (amplifiées par celles du politique qui voudrait se réfugier derrière la légitimité des experts) se révèlent chaque jour…

Quant à « la démarche scientifique, elle consiste précisément à poser des questions et à contredire des hypothèses, à tâtonner et à avouer souvent que l’on ne sait pas vraiment ce qui résultera demain de la conjonction de déterminants présents mal mesurés ». Par ailleurs, selon Gaston Bachelard, la vocation de la science n’est-elle pas de se « dissocier de la réalité du monde ? » C’est ainsi qu’on élabore les connaissances qui vont ensuite basculer dans le monde réel, lequel se les appropriera. Là s’ouvre le champ de l’expertise…

Interroger la relation entre science, expertise et décision

D’où un certain malaise des scientifiques à entrer dans l’expertise, mais aussi une série d’interrogations qui se posent aux décideurs : quelle valeur attacher à l’expertise ? D’où parlent les experts ? Qui les a diligentés, rémunérés –lorsqu’ils le sont ? Sur quelles avancées scientifiques s’appuient-t-ils ? Quels modèles utilisent-t-ils pour effectuer leurs prévisions ? Comment sont construits ces modèles ? Selon quels paradigmes, quelles représentations, quelle idéologie ? Quels modèles prendre en compte et comment les construire ? Quel rôle peuvent avoir dans l’expertise le numérique et les algorithmes de décision ?

Une telle problématique conduit à mieux s’interroger sur la relation entre science et expertise, entre science et société, entre expertise et expérience, entre expertise et décision, mais également entre citoyen et politique… Ce qui demande, dans l’urgence de nos situations, face à la soif de prédiction et à l’inflation de prédicateurs, de trouver des repères pour faire émerger de nouvelles pratiques concrètes.

Chroniqueur expert Alliancy -TAOTANK- logo

L’IHEST et RIST organisent à ce sujet des ateliers de réflexion en automne/hiver prochains : trois demi-journées en petits groupes mêlant des hommes politiques, des représentants des médias, des scientifiques, des responsables d’experts des organisations publiques et privées.

Renseignements : Contact[at]rist-groupe.fr

 


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