[Tribune] Quelques conseils pour plus d’inclusivité dans le digital

Noémie Rivière, Senior product designer chez SQLI, estime que l’inclusivité gagne du terrain dans le débat public; une notion qui nous confronte aux inégalités auxquelles font face une grande partie des citoyens du fait de leur appartenance sociale, de leur genre, de leur origine ethnique ou encore de leur handicap physique et/ou psychique. 

Les marques en ont conscience mais s’y mettent timidement lorsqu’elles conçoivent des services et produits digitaux : il s’agit en effet pour elles d’une réalité bien souvent complexe à appréhender….

Inclusivité et accessibilité : à ne pas confondre !

Noémie Rivière, Senior product designer chez SQLI

Noémie Rivière, Senior product designer chez SQLI

La frontière peut sembler mince entre les notions d’accessibilité et d’inclusivité. Elles ne sont cependant pas à confondre, car si la première est obligatoire dans la conception d’un projet digital, ce n’est pas le cas de la seconde.

En France, l’accessibilité repose en effet sur un référentiel strict et encadré par le gouvernement – le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité – qui oblige les administrations publiques et entreprises d’une certaine taille à rendre leurs services numériques accessibles. A contrario, l’inclusivité n’est pas réglementée et reste ainsi un paramètre dépendant du bon vouloir des entreprises et de leurs marques.

Il est donc tout à fait possible qu’un produit digital soit accessible mais pas inclusif. Prenons un exemple bien connu ; l’obligation pour les utilisateurs d’indiquer leur genre dans les formulaires. Le champ exclut ainsi toutes les personnes qui ne sont pas, ou ne se sentent pas « binairement » homme ou femme. L’exclusion n’empêchera pas les utilisateurs de se servir du produit, mais elle lui provoquera sans doute un sentiment de gêne et de non-appartenance… alors même qu’elle ne constitue pas forcément une information utile !

Il est également possible qu’un produit soit inclusif, mais pas accessible. L’écriture inclusive, qui s’appuie sur l’usage de points médians (ex : l’utilisateur·rice), rend par exemple la lecture difficile pour les personnes dyslexiques. Elle n’est également pas bien supportée par les personnes en situation de handicap visuel et a tendance à exclure les personnes qui ne sont pas pleinement à l’aise avec le français usuel.

Comment penser un projet digital inclusif?

dossier inclusion guerre des talents L’inclusivité doit être considérée dès le début du projet pour éviter de produire des résultats superficiels et précipités. Il faut faire preuve d’empathie envers ses futurs utilisateurs, connaître et prendre en compte cette diversité.. Cela implique simplement de se poser les bonnes questions.

Les données que je récolte sont-elles nécessaires ? Si l’information ne l’est pas, autant s’en affranchir et s’éviter un stockage inutile; ou la rendre facultative. Si elle l’est, il convient d’expliquer sa finalité, revoir l’intitulé du champ ou l’adapter (en ajoutant par exemple plus de choix de genres quand il s’agit d’indiquer son sexe).

Le visuel est-il suffisamment inclusif ? Pour que chacun y ait accès, il convient de diversifier les contenus visuels en termes d’iconographies (icônes, avatars, couleurs, émojis) et d’illustrations.

Mon projet s’adapte-t-il à tout type de matériel informatique ? Si vous concevez un service qui fonctionne uniquement sur PC, vous excluez les personnes qui n’ont pas les moyens ou le besoin d’acquérir un ordinateur, et qui naviguent uniquement depuis un smartphone par exemple.

Mon UX writing est-il adapté ? Il faut principalement utiliser des termes simples permettant à qui que ce soit, peu importe son bagage culturel, de les comprendre.

Penser un produit digital de manière inclusive n’implique pas plus de complexité dans la réalisation du projet. Je tiens l’inclusivité comme un enjeu sociétal majeur qui doit devenir une évidence dans les pratiques digitales.


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