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Cyril Lage (Cap Collectif) : « Notre objectif est de transformer la matrice du changement »

Une grande consultation citoyenne est lancée le 15 septembre pour repenser le rôle de l’entreprise dans la société et réinterroger nos systèmes de gouvernance. Au total, 50 dirigeants d’entreprise vont soumettre au vote leurs propositions et débattre avec les participants. Cyril Lage, initiateur du projet avec sa civic tech Cap Collectif, s’est entretenu avec Alliancy pour expliquer le fond de sa démarche.

Cyril Lage, CEO de Cap Collectif - Crédits : Arnaud Tinel

Cyril Lage, CEO de Cap Collectif – Crédits : Arnaud Tinel

Alliancy. En quoi consiste le projet Cap Collectif ?

Cyril Lage. Cap Collectif est une startup spécialisée dans le domaine de l’intelligence collective qui offre une plateforme de consultation en ligne aux organisations publiques et privées. Nous proposons une dizaine d’applications qui facilitent la conduite de projets participatifs. Notre démarche rejoint de très près la doctrine de l’open gov qui s’emploie à améliorer l’efficacité et la responsabilité des modes de gouvernance publique.

Nous avons la conviction que la confiance et l’efficacité des décisions prises dans les secteurs public et privé dépendent de la manière dont elles sont élaborées. Aujourd’hui, ces décisions sont souvent prises à huis-clos par une poignée d’acteurs, qui n’est pas toujours très représentative de la diversité de la population concernée par la décision.

Comment vous est venue l’idée de créer cette civic tech ?

Cyril Lage. J’ai créé Cap Collectif en 2014 dans la continuité de mon projet Parlement & Citoyens lancé un an auparavant. J’avais imaginé cet outil de co-construction appliqué exclusivement à l’élaboration de textes législatifs. Mais, au fur et à mesure, j’ai reçu de nombreuses demandes d’associations ou d’entreprises qui souhaitaient notre aide pour la mise à jour de statuts ou encore l’élaboration de stratégies. L’outil a donc évolué et permet désormais aussi la résolution de problèmes dans le secteur privé.

Quand j’ai lancé ce projet, j’ai souvent entendu que ça ne marcherait pas car il n’existait pas de marché propre à la démocratie. Aujourd’hui, le gouvernement fait largement appel à nous pour opérer la quasi-totalité des débats nationaux, que cela soit le Grand Débat national, les consultations sur la loi bioéthique ou sur la limitation à 80 km/h, etc.

Les collectivités sont aussi intéressées par nos services et utilisent notre plateforme avec leurs propres ressources en interne. Notre projet est de pallier la défaillance de notre système politique. Nous avons mis trois ans pour rendre ce processus de participation en ligne viable et aujourd’hui nous sommes un interlocuteur technique et légitime dans ce domaine.

dÉroulement de la consultation

À partir du 15 septembre, 50 dirigeant(e)s vont émettre leurs propositions sur notre plateforme participative. Les citoyens inscrits sur le site seront invités à voter et à commenter les propositions faites autour de trois thématiques : Comment dépasser la recherche de profit à court terme ? Comment reconstruire des relations de confiance et engager ses collaborateurs ? Comment humaniser l’entreprise et en faire un lieu d’épanouissement ?

À mi-parcours, un classement des 10 propositions les plus votées sera établi et le 5 novembre, les dirigeants débattront publiquement avec les participants pour présenter ce qu’ils seraient prêts à transformer dans leurs organisations.

Quels sont vos objectifs de la consultation citoyenne du 15 septembre lancée avec The NextGen Enterprise Summit  ?

Cyril Lage. L’objectif est de repenser nos modes de gouvernance en entreprise. Tous les dirigeants qui font partie de notre démarche estiment que la financiarisation du capitalisme et la recherche du profit à court terme posent problème. De la même manière, ils ont conscience que les jeunes sont moins attirés à l’idée de travailler chez eux. Cela ne veut pas dire que les grandes entreprises ne sont plus attractives mais elles rencontrent toutes des problèmes de marque employeur et de fidélisation de leurs talents.

C’est aussi une façon d’ouvrir le débat public. Les grands patrons savent à quel point ce grand débat de société est important et ils ont besoin d’embarquer leurs collaborateurs dans l’aventure. Pour ces entreprises, embrasser le débat public est devenu inéluctable car les collaborateurs ne veulent plus être les pions de jeux qui se jouent sans eux.

Attendez-vous des contributions constructives ?

Cyril Lage. Il y aura des contributions de qualité, oui. Et même une contribution non qualitative ou erronée reste importante. Les décideurs peuvent faire face à des idées auxquelles ils n’auraient jamais pensé. Il ne s’agit pas encore une fois de faire croire que la démarche va changer le système mais elle permet de mieux identifier les attentes des citoyens et de les faire remonter aux sphères dirigeantes. C’est une écoute plus élargie que d’habitude et un réel outil d’aide à la décision.

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Est-ce que la conduite du changement via la consultation est une tâche simple ?

Cyril Lage. C’est très facile et très complexe à la fois. Techniquement, la tâche est rendue simple avec le numérique. Mais elle reste compliquée en ce qui concerne les mentalités dans les organisations. Il y a une certaine résistance au changement de la part d’une minorité d’acteurs qui se sentent menacés par ces démarches participatives. Ces derniers font partie de couches intermédiaires entre les décideurs et ceux d’en bas, ce sont ceux qui se sont arrogés le pouvoir de décision. Pour eux, les collaborateurs peuvent bien exprimer leur parole, mais ce pouvoir doit rester à tout prix entre leurs mains.

Comment rendre cette consultation effective alors ?

Cyril Lage. Il faut trouver des moyens de transformer cette résistance et surtout, démontrer les bénéfices que peuvent apporter la consultation. Une consultation, ce n’est pas simplement demander l’avis des gens. C’est un processus de co-construction des décisions qui permet de restituer la parole.

Au bout du compte, les échanges donneront lieu à un “Baromètre des attentes citoyennes pour l’entreprise de demain” qui sera remis directement au Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance Bruno Le Maire et à Olivia Grégoire, Secrétaire d’État en charge de l’Économie Sociale, Solidaire et Responsable lors du NextGen Entreprise Summit le 26 novembre 2020.

Nous ne pouvons pas assurer que les résultats seront transformés par une loi spécifique mais la promesse reste bien d’ouvrir le débat et d’améliorer les décisions. Qui peut dire comment devrait fonctionner l’entreprise demain et quels seront ses enjeux de transformation ? Personne. On trouve beaucoup de gens qui peuvent critiquer les modes de fonctionnement de l’entreprise mais sans apporter de propositions constructives en retour. Nous, notre objectif est de transformer la matrice du changement.

Enfin, la consultation ne sert à rien s’il n’y a pas d’effort de transparence. De notre côté, nous veillerons à ce que les ajouts, modifications et suppressions dans la synthèse finale soient bien justifiées auprès de tous. Les dirigeant(e)s, eux, devront aussi jouer le jeu car s’ils ne communiquent pas et ne prennent pas en compte ces contributions, ils vont se priver de l’adhésion potentielle du public dans leur projet de transformation.


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