Internet des objets – Vers le tout-connecté… pas encore sécurisé

Internet des objets - Vers le tout-connecté... pas encore sécurisé

Le Withings Pulse contrôle le niveau d’activité, le rythme cardiaque… Il se synchronise avec un smartphone ou une tablette.

Quel est le point commun entre une balance, des chaussures, un lit ou une brosse à dents ? Chacun de ces objets existe en version connectée. Les connexions entre objets ou machines (MtoM) nous conduisent vers un véritable monde de l’« Internet des objets ». Nous n’en sommes qu’aux prémices de ce que certains n’hésitent pas à qualifier de « révolution ». « Le paradigme d’une nouvelle économie est déjà là », constate Luc Bretones, vice-président de l’Institut G9+, qui a dirigé l’écriture d’un livre blanc sur le sujet (lire encadré ci-dessous). 
« L’économie de services s’est généralisée à tous les secteurs économiques traditionnels. Tout marché devra donc intégrer à sa fonction première, celle du service rendu à son utilisateur. » Le marché des objets connectés gagne le grand public : « La domotique marche déjà très bien aux Etats-Unis, constate Camille Vaziaga, déléguée générale du think tank Renaissance Numérique. Les entreprises françaises vendent beaucoup plus là-bas, mais le marché français est viable. » Le groupe Innov8 prévoit d’ailleurs d’ouvrir en France dix-sept magasins dédiés à ces objets connectés au cours du premier semestre 2014.   

Faire évoluer l’exploitation des données   
La santé, et plus largement le bien-être, est l’un des secteurs où l’on trouve le plus d’exemples, comme ceux de la société française Withings. Suite au succès de sa balance connectée, la start-up a commercialisé toute une série d’objets connectés sur ce marché, avec un tensiomètre, un babyphone, le smart tracker, un enregistreur d’activité physique. Withings est aujourd’hui une success story à la française. La PME a levé 23,5 millions d’euros en juillet 2013 pour accélérer son développement, et Eric Carreel, cofondateur de la start-up, a été nommé à la tête de l’un des trente-quatre plans de reconquête industrielle du Gouvernement, le plan dédié aux objets connectés. Mais tout le potentiel de ces objets réside dans la mémorisation en temps réel, la mise en relation et l’exploitation de ces données par différents services. De nombreuses applications proposent d’en tirer profit, pour suivre, par exemple, l’évolution de ses performances physiques.

Encadré1Chaque nouvel objet connecté appelle ainsi à imaginer de nouvelles façons d’exploiter les données, des plus sérieuses aux plus ludiques. Dans le domaine médical, Orange Business Services (OBS) et le fabricant d’appareils respiratoires Weinmann ont, par exemple, mis au point un respirateur connecté pour les patients atteints d’apnée du  sommeil. Le service associé, homecareONLINE, permet aux professionnels de santé d’accéder  aux données liées à l’usage de l’appareil, ou de contrôler la bonne observance de l’utilisation prescrite, qui conditionne désormais le remboursement  du dispositif. D’autres domaines professionnels sont largement investis dans l’utilisation des objets connectés, comme la distribution. En connectant des distributeurs automatiques ou des machines à café  d’entreprises, comme certains modèles de Nespresso, il est possible de connaître précisément leur remplissage ou leur état de fonctionnement, et de mieux gérer la maintenance ou les déplacements de personnel pour les alimenter. Les données recueillies servent même à ajuster l’offre en fonction de l’analyse des consommations.
Si de plus en plus d’objets sont aujourd’hui capables de se connecter, c’est notamment grâce à la diminution du prix des composants électroniques, capteurs ou antennes, qui a permis de les rendre accessibles au grand public.

Mais ces objets dépendent d’un vaste système, avec le cloud, le  réseau et les terminaux (comme les téléphones  intelligents), qui servent souvent d’interfaces  pour gérer les objets connectés. Pour Luc Bretones, « il est clair que la masse de flux à transporter, à sécuriser et à traiter explose. Cela va entraîner des besoins  d’infrastructures réseaux et de datacenters inimaginables ». Un récent rapport de l’Idate « The Internet of Things markets » –,  think tank spécialisé dans l’économie numérique,  prévoit jusqu’à 80 milliards d’objets connectés en  2020. Pour Samuel Ropert, chef de projet de ce rapport, « parmi eux, l’Internet of Objects représentera 85 % du total de l’Internet of Things, contre 11 % pour les terminaux communicants et 4 % seulement pour le machine-to-machine. » « Nous sommes convaincus que nous aurons dépassé les 80 millions de machines connectées d’ici à 2015 », estime de son côté Emmanuel Routier, en charge des connexions entre machines (MtoM) chez OBS, qui mise sur les cartes SIM pour assurer la connectivité via GSM, 2G, 3G ou 4G. « Mais les objets connectés peuvent être plus critiques qu’une simple connexion à Internet », prévient-il. Ils doivent pouvoir se connecter dans le monde entier. Pour cela, la Global M2M Association (GMA) a été créée, il y a deux ans, et regroupe des opérateurs européens, japonais et canadiens, afin d’assurer la continuité de leurs services dans un maximum de pays (principalement pour leurs clients des secteurs automobile, véhicules connectés, santé et électronique grand public). 

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Une gestion dynamique des réseaux 
Mais, pour que les réseaux supportent l’augmentation du trafic, leur fonctionnement devra être  optimisé.
« L’accroissement de la bande passante par l’évolution technologique ne sera pas suffisante, estime Eric Sèle, chiffresvice-président solutions stratégiques de Ciena pour l’Europe. Il faudra donc optimiser les flux en donnant plus d’intelligence aux réseaux. » Un domaine sur lequel ce spécialiste des réseaux s’est positionné. Les opérateurs notamment devront être capables d’exploiter au mieux les bandes passantes disponibles, tout en gérant les priorités et en offrant une multitude de nouveaux services. Les dispositifs médicaux, par exemple, n’ont pas droit à l’erreur : « Notre mission est de gérer de manière dynamique les variations de demande, d’anticiper les besoins pour reconfigurer le réseau en temps réel grâce à des solutions  logicielles. C’est essentiel pour le modèle économique et la crédibilité des objets connectés », explique-t-il. Les communications à plus petite échelle représentent une problématique différente.

L’opérateur M2ocity s’est spécialisé sur cette question, en créant des réseaux de communication dans 1 600 villes de France, à destination notamment des compteurs communicants. « Avant, chacun avait sa propre solution de connexion, pour les capteurs de qualité de l’air, les poubelles ou les feux rouges, rappelle Pierre-Yves Senghor, directeur marketing de l’opérateur. Cela représentait des coûts très importants. Nous proposons un autre modèle économique, avec un seul réseau, ouvert à tous comme un réseau de téléphonie. » Les objets sont reliés à M2ocity par des connexions radio vers des passerelles, qui remontent les informations à un central par l’intermédiaire des réseaux traditionnels. 

Garantir la sécurité 
Malgré ces infrastructures et services, il reste des freins au développement des objets connectés, notamment le problème de l’interopérabilité. « Rendre les données d’un même capteur utilisables  par plusieurs services nécessite une normalisation, mais il y a encore du travail », estime Emmanuel Mouton, PDG de Synox, qui accompagne les entreprises dans le développement de l’Internet des objets. Aujourd’hui, peu de produits sont capables de communiquer entre eux sans intermédiaires. Des solutions permettent toutefois une gestion centralisée. OBS propose l’Intelligent Apps Enabler, « une plate-forme qui connecte différents types d’appareils avec un ensemble d’applications, à partir de librairies des différents protocoles connus », explique Emmanuel Routier. Le but est d’éviter de développer une même application pour différents objets.

Quotation_Emmanuel_RoutierL’éditeur Avanquest, lui, met à profit son expertise dans les logiciels utilitaires grand public, comme les antivirus, pilotes, systèmes de maintenance ou de sauvegarde, en les ouvrant aux objets connectés par l’intermédiaire de la plate-forme MyFix-it : « Chaque fabricant pourra y ajouter les logiciels qu’il souhaite développer pour ses objets  connectés », précise Ziad Gebran, conseiller du président d’Avanquest. Garantir la sécurité est une autre condition au développement du marché des objets connectés. Chaque fournisseur de service assure que les serveurs contenant les données des utilisateurs sont bien protégés. A l’échelle européenne, il y a, là aussi, un travail de normalisation à effectuer, selon Anne-Sophie Bordry, présidente du think tank Objets connectés et intelligents France : « La Cnil et ses équivalents dans les autres pays de l’Europe ont des fonctionnements différents. Il est donc difficile de s’harmoniser, notamment pour la gestion des données personnelles. »

Mais l’accès aux objets eux-mêmes pourrait poser problème. La société de sécurité Proofpoint a, par exemple, révélé en janvier la découverte d’un vaste piratage d’objets tels que des téléviseurs, ou même un réfrigérateur, utilisés pour l’envoi de 750 000 spams et e-mails frauduleux. « La plupart de ces objets ne sont que très faiblement protégés et les consommateurs n’ont aucun moyen de repérer ou de colmater les  brèches en cas d’infections », constatait David Knight, chercheur chez Proofpoint. Un problème déjà existant dans l’industrie avec les machines de production connectées : « Certaines entreprises ont une partie de leur réseau de production accessible par Internet, et n’en ont pas conscience », constate Roland Fiat, ingénieur sécurité senior chez Tüv Süd Rail, qui certifie la sécurité informatique des entreprises.

Ces failles potentielles sont d’autant plus problématiques pour les objets destinés à durer jusqu’à dix ans, voire plus, comme les compteurs intelligents (type Linky chez EDF). « Installer des  équipements qui n’ont pas un niveau de sécurité suffisant promet de poser des problèmes à long terme, car la réparation à distance n’est pas toujours possible, et cela représente des investissements très importants, continue Roland Fiat. La sécurité coûte de l’argent, mais tous les acteurs concernés doivent faire leur devoir et proposer des logiciels sûrs. De plus, le meilleur niveau de sécurité doit être configuré par défaut, car beaucoup d’utilisateurs ne font pas l’effort de s’y intéresser. » Malgré ces difficultés restant à surmonter, « la France a toutes les cartes en mains pour devenir le leader européen de l’objet communicant », assure confiant Luc Bretones. « Toutes les entreprises vont devoir y passer, conclut Emmanuel Mouton, de Synox. Il faut donc réfléchir, dès aujourd’hui, à des modèles économiques rentables pour réinventer les métiers grâce à l’Internet des objets. » 

BD

 

Dessin de Martin Vidberg

Cet article est extrait du n°7 d’Alliancy, le mag

 

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