Je veux tout savoir de la transformation numérique !
Pour lire l’intégralité des articles issus du magazine bimestriel, identifiez-vous. Vous accéderez ainsi aux articles premium, aux exclus web et vous pourrez télécharger l’ensemble de nos ressources en un clic.
Pour recevoir le magazine chez vous, abonnez-vous !
Je m'identifie

Collectivités et ministères – Une adoption encore timide

Arènes-de-Nîmes-article

Un nombre croissant de petites et moyennes collectivités font leurs premières armes dans le cloud en y migrant des applications en mode SaaS.

L’informatique en nuage est une réalité pour un nombre grandissant de collectivités locales, séduites par les réductions de coûts et la facilité de déploiement des services. Dans les ministères, le cloud réalise également une percée, mais plus limitée. Dans les deux cas, les règles budgétaires et les contraintes RH du secteur public rendent le cloud plus difficile à déployer que dans le privé. Mais la dynamique est en marche. 

Le secteur public est globalement moins avancé que le secteur privé en matière de cloud computing. Tel est le sentiment général des fournisseurs de services, consultants et autre DSI de collectivités. « On note un frémissement, mais nous sommes loin de pouvoir parler de révolution cloud dans les collectivités et les ministères », explique Pascal Saubion, directeur du développement commercial secteur public d’Orange Business Services (OBS), qui propose depuis six mois une infrastructure cloud pour cette cible, comme pour les entreprises. Un avis partagé par les fournisseurs de cloud souverain, dont on aurait pu penser que les services opérés en France par des acteurs français auraient de quoi séduire ces acteurs. « Nous réalisons encore 90 % de notre chiffre d’affaires dans le secteur privé », confie Didier Renard, président de Cloud- watt. Même ratio chez son concurrent Numergy. Pourtant, l’intérêt pour le nuage est bien là. « Il n’y a quasiment plus aucune administration qui ne soit pas convaincue d’aller vers le cloud », observe Sébastien Lamour, senior manager chez IDC France. Mais une question reste en suspens : comment y aller ? La réponse la plus largement partagée par les administrations centrales, comme territoriales, vise surtout à construire un cloud privé. Selon le cabinet d’étude et de conseil IDC, 18 % des organisations publiques (collectivités, ministères, conseil généraux ou régionaux) possédaient en 2013 un projet ou un déploie- ment de technologie cloud privé.

Le cloud public ne séduit pas

Le cloud public, avec son infrastructure mutualisée opérée par un prestataire externe, est boudé par la grande majorité des administrations. Et, plus largement, l’idée d’externaliser son infrastructure IT ou ses applicatifs auprès d’une entreprise privée ne remporte que très peu d’adhésion. Les DSI du secteur public évoquent, bien entendu, les questions de sécurité, de localisation ou de réversibilité des données pour expliquer leurs réticences. Mais deux autres grandes problématiques les préoccupent davantage La première est d’ordre budgétaire. Un service cloud hébergé par un tiers est facturé à l’usage. Les fournisseurs de services émettent une facture mensuelle, calculée en fonction du volume de ressources utilisées par leur client. Ce principe, qui a de l’intérêt dans le privé, est difficilement applicable dans le secteur public. Les administrations fonctionnent, en effet, avec deux budgets : l’investissement et le fonctionnement. Comme il est proposé sous forme d’abonnement, un service cloud est imputé sur le budget de fonctionnement. Or, en ces temps de réduction des dépenses publiques, ces budgets baissent d’année en année. De nombreux DSI des administrations n’ont donc pas la visibilité nécessaire pour s’engager sur un service à payer sur plusieurs années. « Et certaines collectivités n’ont pas le budget de fonctionnement suffisant pour s’abonner à un service cloud », indique Didier Renard de Cloudwatt.

De plus, une administration récupère la TVA sur les dépenses réalisées avec son budget d’investissement. Mais ce n’est pas le cas du budget de fonctionnement. « Ces contraintes budgétaires sont l’une des raisons majeures qui poussent les administrations à acheter des serveurs et bâtir elles-mêmes leur propre architecture cloud », résume Alban Schmutz, vice-président en charge du développement et des affaires publiques chez OVH.

La situation semble cependant évoluer. Face à cette problématique budgétaire, les fournisseurs de services cloud commencent à adapter leurs formules tarifaires. « Nous réfléchissons à des logiques de forfaits annuels qui correspondront mieux aux contraintes budgétaires du secteur public », reconnaît Pascal Saubion, chez OBS. Même approche chez Cloudwatt, Cegid ou Numergy qui misent également sur des forfaits annuels.

La problématique des équipes en place

La seconde difficulté rencontrée par les DSI du public : la gestion de leurs équipes informatiques. « Si vous externalisez l’infrastructure IT ou des applicatifs chez un prestataire tiers, qu’allez-vous faire des équipes informatiques qui en avaient jusqu’alors la charge ? », poursuit Pascal Saubion d’OBS Un dilemme pointé par IDC : « ScreenHunter_65 Nov. 21 15.20Les DSI du public ne peuvent pas fermer des datacenters et réduire les équipes informatiques avec la même souplesse que dans le privé, souligne Sébastien Lamour. Le statut des fonctionnaires est protégé. Les équipes doivent rester en place ou être transférées vers d’autres services. Ce qui est parfois très complexe. » Bien entendu, cette problématique concerne surtout les administrations centrales ou les grandes collectivités qui possèdent des départements IT relativement larges. Les petites et moyennes collectivités, qui n’ont pas toujours de ressources informatiques importantes à gérer, sont plus enclines à faire appel à des prestataires extérieurs leur proposant des services cloud. Selon les observateurs du marché, un nombre croissant de petites et moyennes collectivités font leurs premières armes dans le cloud en y migrant des applications en mode SaaS (Software as a Service). « Nous possédons une cinquantaine de mairies qui ont externalisé leur messagerie sur nos serveurs », explique Eric Saidi, responsable marketing de Global SP. Cette société opère un grand datacenter à Paris. Elle propose depuis cet été : « Ma Mairie à Moi », une offre de solutions cloud dédiée aux mairie. De son côté, Cegid a lancé, en 2012, l’offre Yourcegid Secteur public Channel, qui aident les collectivités à accéder à des applications en mode SaaS (paie, comptabilité, relation avec les citoyens, multifacturation aux usagers, coordination et collaboration entre acteurs locaux…). « Nous avons une cinquantaine de mairies clientes, confie Hélène Barrios, directeur de Cegid Public, la branche spécialisée de l’éditeur. Les secrétaires de petites mairies peuvent s’occuper de trois ou quatre mairies en même temps. Le cloud leur permet de traiter la paie des différents agents depuis n’importe quel poste, ce qui leur assure un réel gain de temps. » D’une manière générale, la messagerie et les outils collaboratifs sont les principales applications à être hébergées en mode SaaS. « Les collectivités ne veulent pas encore y mettre des applications sensibles, comme certains applicatifs métiers ou ressources humaines », note Aurélie ScreenHunter_66 Nov. 21 15.22Courtaudon, analyste secteur public pour le cabinet d’études Markess International. En deuxième position, après la messagerie, vient la sauvegarde des archives qui est une réponse à la politique de dématérialisation des documents entamée dans les collectivités. » C’est sur ce créneau que s’est positionnée la société Trust2cloud, qui propose des solutions de numérisation, archivage et sauvegarde numérique de documents pour les entreprises et les collectivités. « La demande est croissante de la part des mairies qui ont l’obligation de conserver des documents sur une période allant jusqu’à 99 ans. Il s’agit notamment des fiches de paies des agents de mairie ou de leurs contrats d’embauche », explique Irina Faron, sa responsable marketing.

Les intercommunalités déploient leur cloud privé

Du côté des intercommunalités (syndicats mixtes, communautés d’agglomération…), celles-ci développent leurs propres services de cloud privé. Le cas emblématique est celui de Nîmes Métropole qui a bâti une infrastructure utilisée par 18 des 27 communes membres de la communauté d’agglomération. « En moyenne, une commune hébergée dans notre cloud réalise 42 % d’économie sur ses coûts informatiques », explique Olivier Bailly, DSI de Nîmes Métropole. Le syndicat mixte Manche Numérique a également mis en place un cloud privé communautaire, qui héberge des services du conseil général, dont la téléphonie (VOIP) ou des applications métiers de transport, d’éducation ou d’aménagement routier. Une infrastructure qui s’ouvre progressivement aux communes du département.

Si les collectivités se lancent dans le cloud, les ministères restent encore en phase d’observation. « Nous n’avons aucun client cloud dans les ministères », indique ainsi Cloudwatt. Même son de cloche chez Numergy. Selon les fournisseurs de plates-formes, la problématique des ressources humaines serait exacerbée dans les ministères, qui disposent de vastes équipes informatiques. Mais surtout, il n’existait pas de véritable direction informatique de l’État pouvant mener des projets cloud interministériels.

Depuis août 2014, c’est désormais chose faite. La Direction interministérielle des systèmes d’information et de communication (Disc) pilote directement l’ensemble des systèmes informatiques et de communication de l’Etat. Et son directeur Jacques Marzin privilégie largement l’usage du cloud privé opéré en interne, quelques services pouvant être hébergés chez des prestataires externes. Selon l’ensemble des acteurs et observateurs de ce marché, la tendance ne peut-être qu’à davantage de cloud dans le secteur public. Mais, plus que dans le privé, cette transformation nécessitera du temps. Pour accélérer cette mutation, notamment par les administrations, un « plan Cloud » a été présenté au gouvernement en juin dernier. Coordonné par OVH et Atos, il intègre des recommandations pour développer l’informatique en nuage en France. « L’État doit donner l’exemple et montrer qu’il prend le virage du cloud, explique Alban Schmutz d’OVH, qui a participé à l’élaboration de ce plan. Nous allons dans le bon sens avec les nouveaux pouvoirs de la Disic. Il reste également à faire évoluer le cadre fiscal et réglementaire pour que les collectivités n’aient plus autant de contraintes. Nous y travaillons avec Bercy, afin que les services cloud soient soumis au même régime TVA que les investissements informatiques. J’espère avoir des résultats dès 2015. »

Un Appstore national d’applications en mode SaaS à destination des collectivités est également en préparation et devrait être mis en ligne, dès l’année prochaine. « Cette place de marché de services permettra aux collectivités de s’abonner et d’accéder à une sélection d’applications depuis une seule et même plate-forme en ligne », conclut Alban Schmutz. Si l’ensemble de ces travaux aboutissent, 2015 pourrait bien être l’année du véritable décollage du cloud dans le secteur public, espère-t-on chez OVH. 

ScreenHunter_67 Nov. 21 15.23