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Henri d’Agrain (Cigref) : « Gaia-X souhaite sécuriser le patrimoine informationnel des entreprises »

Le 22 janvier prochain se tiendra la première assemblée plénière du hub français consacré au projet Gaia-X. Le French Gaia-X Hub, dirigé par le Cigref, entend réunir à cette occasion tous les acteurs souhaitant se rallier au projet européen de cloud de confiance. Alliancy s’est entretenu avec Henri d’Agrain, délégué général du Cigref, pour explorer en détail les missions de coordination locale en cours dans ce Hub.

Henri d'Agrain, délégué général du Cigref.

Henri d’Agrain, délégué général du Cigref.

Alliancy. Quelles sont les missions du French GAIA-X Hub ? 

Henri d’Agrain. Le French Gaia-X Hub a le rôle de structurer les rencontres et les échanges dans et entre les groupes de travail sectoriels en alignement avec les data spaces gérés par Gaia-X AISBL (Association Internationale Sans But Lucratif). L’objectif est aussi d’accélérer la co-innovation de services et de cas d’usage, et d’incuber les data spaces qui permettront le développement des offres de service inscrites dans le cadre de GAIA-X. Cela nécessite donc d’assurer le dialogue avec Gaia-X AISBL, l’administration française et  les autres hubs nationaux.

Mais avant tout, la mission principale du French Gaia-X Hub est de mobiliser les entreprises et de s’assurer qu’elles aient bien toutes compris le projet. Car ce n’était pas le cas au début. Gaia-X n’est pas une offre de cloud, ni un cloud provider souverain. C’est une initiative privée, indépendante et avec sa propre feuille de route. Nous avons l’intention de nous inscrire dans le débat persistant sur la stratégie hybride à adopter et sur la confiance. 

D’un côté, la Commission européenne forme un front anti-trust contre les mauvaises pratiques des Gafam avec le Digital Markets Act, de l’autre, Gaia-X laisse les géants s’inviter à la table de l’hébergement… Est-ce que le message n’est pas un peu flou ? 

Henri d’Agrain. L’ambition reste d’être inclusif et de permettre l’expression de toutes les sensibilités différentes. Les hyperscalers sont donc les bienvenus. Mais de notre côté, nous allons aussi faire émerger aussi vite et large que possible des dataspaces pour que les acteurs européens aient un point de vue des utilisateurs et non pas des offreurs. Ainsi, nous pourrons identifier quel est le besoin de l’économie française et européenne en termes de cloud de confiance. 

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Si on résume, Gaia-X est un peu la traduction technique des valeurs européennes du cloud. Que cela soit pour interdire les pratiques déloyales et anticoncurrentielles, comme le vendor locking par exemple, ou encore pour promouvoir l’open source, notamment par le biais de la fondation Eclipse. 

Ce n’est donc pas directement lié au Digital Services Act et au Digital Markets Act mais plutôt au Data Governance Act sur la création d’un marché unique des données. Notre enjeu est de l’articuler avec Gaia-X et cela fera l’objet de l’intervention de la Commission Européenne lors de notre assemblée plénière du 22 janvier prochain.  

Où en êtes-vous dans le projet et quels sont les objectifs pour 2021 ?

Henri d’Agrain. 2020 était l’année de la création et de l’émergence du projet. 2021 sera l’année de la consolidation, notamment en termes de recrutement d’adhérents – plus de 200 acteurs sont prévus en France. Il y a aussi deux événements marquants : la première séance plénière du French Gaia-X Hub se tiendra le 22 janvier et l’élection du board définitif de Gaia-X en juin prochain.

Le 4 juin 2020, Bruno Le Maire avait promis une première version de Gaia-X pour fin 2021 mais cela est peut être ambitieux. Personne ne pourra affirmer que le cloud de confiance sera assuré, personne n’a de boule de cristal… mais un nombre grandissant d’acteurs partagent tous peu ou prou la même ambition pour le marché du cloud. Celle de déployer une méta-structure de confiance sur le marché du cloud en Europe.

Un partie du plan de relance français et européen sera d’ailleurs consacrée au financement substantiel des dataspaces de Gaia-X. 2 milliards d’euros ont été alloués par la Commission et 2 milliards par les États membres dans les 3 à 5 ans à venir. Le French Gaia-X Hub a déjà entamé des projets d’incubation de dataspaces thématiques et sectoriels : celui consacré à la finance étant le plus en avance car les organismes bancaires et les assurances ont rédigé leurs position papers et le dataspace a été remonté au niveau européen avec une trentaine de use cases.

Qu’en est-il de la régulation ? Comment sont filtrés les acteurs qui ne respectent pas les standards ? 

Henri d’Agrain. Gaia-X n’est pas un régulateur mais une association qui porte les valeurs européennes en termes de cloud. Il faut absolument partir du réel et admettre qu’on ne peut pas faire table rase de ces acteurs. Bien sûr, l’Europe ne pourra pas se débarrasser des hyperscalers du jour au lendemain, et ce n’est d’ailleurs pas son intention. Mais l’ambition est de définir quelles offres sur le cloud européen respectent des règles de concurrence normales et de ré-équilibrer la dépendance des entreprises européennes aux services cloud des hyperscalers américains. 

Certaines données des entreprises relèvent du secret des affaires ou bien de la propriété intellectuelle. Et aucune offre globale aujourd’hui ne permet de garantir la sécurisation des données européennes. Il faut travailler aussi à l’émergence d’offres françaises et européennes de cloud qui permettraient de mieux préserver les entreprises vis-à-vis de la Cyber Law chinoise ou encore du CLOUD Act et de l’article 702 du Federal Intelligence and Surveillance Act américains. 

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Gaia-X veut sécuriser le patrimoine informationnel des entreprises en formulant des référentiels communs pour garantir sur le marché européen du cloud des enjeux de sécurité des données, d’interopérabilité, de transparence et de règles concurrentielles justes. Le board intérimaire, dirigé par Hubert Tardieu, travaille sur des policy rules et des standards techniques en la matière. 

Enfin, pour être membre du board de Gaia-X et participer à sa gouvernance, il faut être une entreprise européenne. Donc, un hyperscaler chinois ou américain adhère de facto au principe de ne pas participer à la gouvernance de Gaia-X. Palantir n’a par ailleurs pas encore adhéré à Gaia-X, son admission est toujours en cours de validation par le board. 

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