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De l’importance des écosystèmes pour … les directions des systèmes d’information
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Mathieu Rasse (Meta-API) : « Il y a un enjeu de sensibilisation à l’API car la simplicité fait peur »

Pour clôturer sa série d’enquêtes mensuelles sur les écosystèmes, Alliancy a choisi d’aborder cette fois-ci la fonction de direction des systèmes d’information. Et à ce propos, le sujet des APIs (interfaces de programmation) est incontournable pour mesurer le degré de maturité des entreprises sur l’ouverture de leurs systèmes et leurs données. Alliancy s’est entretenu avec le co-fondateur de Meta-API, Mathieu Rasse, qui évoque des enjeux de transformation à la fois techniques et pédagogiques.

Mathieu Rasse, co-fondateur de Meta-API.

Mathieu Rasse, co-fondateur de Meta-API.

Alliancy. Pouvez-vous présenter le projet ? D’où vient-il ?  

Mathieu Rasse. C’est un projet que je menais déjà depuis plus de six ans en parallèle de mon travail. L’idée est venue toute seule : nous voulions organiser un weekend entre associés et nous nous sommes pris la tête sur l’organisation et la destination. C’est à ce moment que nous nous sommes rendus compte qu’il fallait une application et un algorithme à même de répondre à ce type de besoin. À savoir, brancher tous les services liés à la réservation comme Airbnb, Booking ou encore Kayak et ainsi délivrer des résultats adaptés aux envies des utilisateurs.  

Nous avons donc créé Meta-API en 2019 avec une première version de plateforme notamment pour adresser les usages du voyage. Mais ensuite nous nous sommes tournés vers d’autres secteurs comme la mobilité ou bien la culture avec les musées, les cinémas, etc…  

À l’origine, la plateforme était destinée aux usages B2B2C, mais le spectre s’est élargi. Aujourd’hui, peu importe l’acteur, notre but reste d’opérer le branchement de plusieurs services pour offrir un résultat le plus personnalisé possible. Puis, nous avons eu aussi une demande forte de la part d’entreprises notamment sur l’impact écologique et des données comme celles de Blablacar, Too Good to Go ou encore la Ruche qui dit oui.

L’usage b2b est devenu très important et nous proposons une plateforme à destination des développeurs cléenmain. Que cela soit dans le domaine des transports, de la santé ou bien de l’écologie, tous les acteurs font face à la même problématique : Comment centraliser plusieurs bases de données au bénéfice de l’utilisateur ? 

Avez-vous des secteurs de prédilection ?

Mathieu Rasse. Au début de la commercialisation du projet, nous étions déjà présents sur de nombreux secteurs comme les assurances, l’immobilier et la comptabilité. Ce dernier étant d’ailleurs de plus en plus important car c’est un secteur traditionnellement “rouillé” qui a besoin d’interopérabilité et de personnalisation des services. 

Notre volonté n’est pas de rester centré sur un secteur mais de s’intéresser à une thématique transversale comme la fonction commerciale ou administrative. Ces métiers ont affaire à de nombreux outils de CRM ou encore de communication et nous proposons de simplifier l’accès aux services.

Vous avez annoncé récemment une levée d’un million d’euros… À quoi va-t-elle vous servir ?

Mathieu Rasse. Nous avons levé 710 000 euros de fonds privés auprès de Newfund et de business angels et 350 000 euros en dette via du financement public, afin d’accélérer notre développement technique et notre commercialisation à l’international. Une partie des fonds servira donc au recrutement pour alimenter nos équipes dev et commerciales. Les fonds publics vont surtout être attribués au développement produit et la R&D. La partie recherche et développement est un grand axe à renforcer si nous voulons poursuivre notre objectif visant à devenir une plateforme no-code. Cela signifie réussir à faire disparaître le code au profit de la logique business pour réduire les compétences techniques nécessaires pour prendre en main notre outil.

Conseillez-vous aux entreprises d’aller d’emblée vers le no-code ? 

Mathieu Rasse. Le no-code dès le début d’un projet impose beaucoup de contraintes. Prenons l’exemple de Zapier, qui permet d’intégrer des applications web sur une même plateforme. Le fait est que ce service n’est pas interopérable avec toutes les applications et cela rend difficile de changer de pratiques à l’avenir. Il vaut mieux démarrer avec des solutions avec du code et aller progressivement vers le no-code. 

Les grands groupes et les start-up ont de plus en plus d’outils différents dans leur portefeuille qui ne communiquent souvent pas entre eux et cela réduit leur potentiel d’automatisation des données. Chez Meta-API, nous prônons l’ouverture totale de notre environnement pour permettre aux entreprises d’assurer une continuité de leurs outils dans le temps, tout en répondant à des enjeux de scalabilité.

Vous faites sûrement référence aux pratiques dites “d’enfermement technologique » que l’on retrouve dans des offres de plusieurs géants technologiques ? 

Mathieu Rasse. Oui. Il est évident que les géants technologiques ont une intégration très bien faite en termes de continuité et de productivité. Mais lorsqu’il s’agit d’adresser des besoins plus spécifiques avec des outils qui sortent de leur écosystème, c’est l’humain qui se retrouve à faire la passerelle. Certaines équipes avec qui nous travaillons sont surchargées par ce type de tâche car elles n’ont tout simplement pas le temps de faire ce travail d’intégration.

Mais la logique d’ouverture va dans le bon sens, ne serait-ce que par l’exemple du succès d’AWS avec sa logique d’ouverture des API à 100%. La suite Google est aussi nativement interopérable et il est de plus en plus possible de combiner des services provenant de différents fournisseurs. C’est aussi le cas du côté des infrastructures cloud avec par exemple Kubernetes de Google qui a révolutionné le domaine et instauré la logique d’une couche neutre entre fournisseurs et propriétaires. 

Nous constatons que le marché va dans le bon sens et les entreprises se posent de plus en plus les bonnes questions. Il y a de nombreux partenariats qui se créent entre acteurs pour rendre leurs services plus interopérables. Je pense par exemple à Vinci avec des grands groupes assureurs pour permettre l’intégration technique d’API tiers.

En quoi les APIs permettent aux DSI une meilleure gestion de la complexité ?

Mathieu Rasse. Avant que cela soit une démarche d’ouverture vers l’extérieur, il faut déjà se demander quelles fonctionnalités vont apporter un service déployé dans l’entreprise et comment ce dernier va évoluer dans le temps. Il faut une garantie de continuité, ne serait-ce que pour faciliter la tâche des équipes DSI à venir. La logique API ici prend tout son sens car il est plus facile de mailler des services sur un système ouvert plutôt qu’un système monolithique complètement fermé. 

Il y a aussi un enjeu de sensibilisation à l’API car la simplicité fait peur. Bien sûr l’Apisation peut signifier une surface d’exposition aux risques plus large ou bien l’apparition d’usages détournés des services, mais ce n’est rien comparé aux bénéfices en termes de flexibilité. L’ouverture peut démultiplier les usages et ouvrir le champ des possibles en matière de réutilisation des données et de personnalisation des services. 

La maturité sur l’ouverture des données est donc sur la bonne voie ?

Mathieu Rasse. Nous devons mieux éduquer notre audience sur ce besoin de contrôle et rassurer les DSI sur les gains liés à l’adoption d’APIs. Encore trop d’entreprises ont adopté des APIs sans permettre leur ouverture vers l’extérieur. Encore une fois, l’arrivée d’une nouvelle technologie peut faire peur mais si les grandes entreprises s’y mettent – par exemple des grandes industries comme Alstom ou Dassault – cela va permettre d’accélérer les pratiques. Ils vont permettre d’asseoir une nouvelle manière de voir la technologie qui va inspirer. Cet élan de maturité sur l’ouverture des systèmes renforcera les usages et stimulera le tissu économique et les petits acteurs mobilisés sur ces enjeux. 

L’exemple le plus probant d’entreprise qui se dit ouverte mais qui reste fermée dans les faits n’est autre que Uber. Au tout début, leurs APIs étaient très ouvertes pour pouvoir s’intégrer dans tout le marché. Puis, dès lors que leur position de monopole s’est renforcé, Uber a décidé du jour au lendemain de conserver seulement quelques acteurs et de refermer leur système. C’était notamment le cas il y a deux ans quand Uber s’est retiré de Google Maps pour ne pas être mis en face de Heetch.

Aujourd’hui, pour avoir accès aux APIs de Uber, il faut passer par le biais de leurs équipes commerciales. Et certains de nos clients ont vu leur business chuter à cause de cette fermeture d’accès. Pour Uber c’était surtout pour éviter de se faire dépasser par d’autres acteurs ; cette logique de fermeture leur a donné un avantage concurrentiel considérable.

Est-ce que la concurrence n’entrave-t-elle pas justement la voie vers une vraie maturité ?

Mathieu Rasse. Il y a tout de même des signes d’une maturité sur l’ouverture des données. On peut citer notamment la directive DSP2 pour l’ouverture des données bancaires ou encore l’open data dans les transports qui devient une norme. À ce sujet, lorsque City Mapper est arrivé sur le marché, sa stratégie visant à bypasser les données de mobilité a fait grincer des dents les grands acteurs du secteur comme la Sncf ou la Ratp. L’arrivée du multimodal a bouleversé les pratiques et les grands groupes ont dû se mettre à niveau. 

La fermeture va dans le sens du monopole mais quand une organisation ouvre ses APIs à la concurrence, la gain potentiel d’innovation est bien plus riche. C’est une concurrence saine qui pousse des usages dont les grands acteurs n’auraient jamais pensé et qui bénéficient directement à l’utilisateur final.


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