La pandémie a modifié notre rapport à la technologie, dont l’IA

L’adoption technologique s’est accélérée durant la crise de la Covid-19. Et la diffusion des usages a contribué à apaiser certaines craintes, dont celles générées par l’intelligence artificielle. Les Européens iraient jusqu’à substituer des algorithmes à leurs députés.

Rapport Tech Insights du Center for the Governance of Change d’IE University.

Rapport Tech Insights du Center for the Governance of Change d’IE University.

La pandémie s’est traduite par une profonde diffusion de certains usages du numérique. Le click & collect, par exemple, s’est très largement démocratisé dans la restauration. La fermeture des restaurants explique naturellement cette tendance. Elle est cependant amenée à persister malgré la réouverture des commerces.

Mais la crise a eu d’autres effets en ce qui concerne la relation des Européens à l’égard des technologies. C’est ce que soulignent les résultats du rapport Tech Insights dressé par le Center for the Governance of Change d’IE University.

La confiance se gagne par les usages

Les citoyens européens se déclarent ainsi prêts à plus de concessions sur le respect de la vie privée et l’utilisation de l’intelligence artificielle, non sans quelques paradoxes cependant. Or, dans le même temps, une majorité est en faveur d’une limitation de l’automatisation par la loi. Plus d’automatisation par l’IA, mais pas trop donc.

Cette contradiction apparente traduit toutefois avant tout un fossé générationnel. Les jeunes « natifs du numérique » se montrent, par exemple, moins préoccupés par les questions de protection des données personnelles. Il en va autrement des plus de 45 ans, qui expriment plus de défiance à l’égard des technologies émergentes.Ce fossé entre générations s’exprime également en matière d’intelligence artificielle, avec toutefois des différences très marquées d’un pays à l’autre. En France, seuls 17% des sondés préfèrent qu’un colis soit livré par un robot plutôt que par un humain, contre 35% en moyenne à l’échelle de l’Europe. Les Estoniens, eux, choisissent majoritairement le robot.

En matière de restauration, l’humain peut, encore un temps, dormir sur ses deux oreilles. Malgré l’explosion des plateformes en ligne, les citoyens français (87%) préfèrent passer leurs commandes auprès d’humains plutôt que de machines. Et plus l’acte est sensible en termes de sécurité, et plus ils privilégient le contact humain, comme pour les trajets en voiture (90%) et les tests médicaux (98%).

Le champ politique ne semble pas en revanche bénéficier de la même clémence. Si les Européens conservent leurs chauffeurs et leurs livreurs, ils sont cependant plus enclins à réduire le nombre de leurs élus nationaux grâce à l’intelligence artificielle. Faut-il y voir principalement le signe d’une défiance accrue à l’égard du politique après plus d’un an d’une crise sanitaire inédite ?

Les Européens plus attachés aux livreurs qu’aux parlementaires

Le résultat est en tout cas sans appel. 51% des Européens sont favorables à la réduction du nombre de parlementaires nationaux et à l’attribution de ces sièges à un algorithme. Cette proposition est particulièrement populaire en Espagne (66 %), en Italie (59 %) et en Estonie (56 %). En Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suède, le non l’emporte en revanche.Que ce soit par défiance ou volonté plus forte de rénovation politique, les plus jeunes sont les plus favorables au remplacement des élus par des algorithmes. En effet, plus de 60% des Européens âgés de 25 à 34 ans et 56% de ceux âgés de 34 à 44 ans sont enthousiasmés par une telle mesure. Elle est au contraire rejetée par une majorité parmi les plus de 55 ans.

Des mandats politiques confiés à des algorithmes donc, mais aussi certaines des missions des administrations publiques. Un tiers des Européens préféreraient que ce soit une IA plutôt qu’un fonctionnaire qui prenne une décision concernant leurs prestations sociales ou l’approbation de leur visa. Et c’est même plus encore chez les espagnols (41%), les italiens et les estoniens (37%).

Le souhait d’une plus grande automatisation touche aussi des tâches du secteur privé. Ainsi, un quart des Européens font plus confiance à l’IA qu’aux humains lorsqu’il s’agit de négocier et d’accorder des prêts hypothécaires. La mise en œuvre de telles prestations automatisées pourrait d’ailleurs se combiner à des technologies de vérification d’identité, comme la reconnaissance faciale – une autre application de l’IA.

Le « Je t’aime moi non plus » à l’encontre des GAFA

42% d’Européens n’y sont pas opposés, mais à condition toutefois que cette technologie soit une réelle source de simplification de leur quotidien. L’étude relève cependant un fossé, non de génération, mais de genre en ce qui concerne l’acceptation de la reconnaissance faciale. 48% d’hommes y sont favorables, contre 36% des femmes.

Presque paradoxalement compte tenu de l’équipement des jeunes en smartphones embarquant de la reconnaissance faciale, ceux-ci se montrent les plus réticentes. Les jeunes générations seraient, à l’égard de cette technologie, « plus soucieuses du respect de la vie privée que leurs aînées ». Ainsi, une majorité des moins de 45 ans s’oppose à la reconnaissance faciale, tandis que les plus de 65 ans l’approuvent.

Mais s’il y a un sujet pour lequel le fossé générationnel s’efface (un peu), c’est en ce qui concerne l’attitude à tenir vis-à-vis des géants du numérique. La plupart des Européens (42%) estiment que les gouvernements devraient limiter la taille des GAFA, voire les démanteler. Ils « sont plus nombreux que jamais à vouloir les limiter ou les réduire ainsi qu’à les taxer davantage », relève Oscar Jonsson, directeur académique de l’étude.

Le paradoxe ou la contradiction apparente n’est jamais très loin cependant. « Parallèlement, la pandémie a renforcé notre dépendance aux biens que ces entreprises fournissent et, plus largement, au numérique. Cela accentue la dualité du besoin de biens numériques, mais aussi le malaise croissant que provoque l’espace non régulé dans lequel elles opèrent », conclut Oscar Jonsson. Des députés algorithmes seraient-ils plus favorables au démantèlement des Gafam que leurs homologues humains ? 


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