Pourquoi ne faut-il plus confondre RSE et impact ?

En 2016, Noël Bauza fonde le projet Zéro Eco Impact (devenu « Zei ») pour mieux évaluer l’impact environnemental et social des entreprises. La plateforme ne se limite pas à la délivrance d’un scoring ESG (environnement, social et gouvernance) mais offre un réel outil de pilotage de la réduction d’impact, tout en permettant de valoriser les efforts entrepris. Pour y parvenir, Noël Bauza appelle les organisations à faire preuve davantage de transparence, y compris sur les défis et les difficultés rencontrés. 

Catpure d'écran de la plateforme Zei.

Catpure d’écran de la plateforme Zei.

Alliancy. Comment mesurez-vous l’impact carbone chez Zei ?

Noël Bauza : Nous avons mis au point une plateforme qui vise à accompagner les entreprises sur leur communication et leur compréhension de l’impact qu’elles génèrent. Concrètement, notre algorithme est capable de faire un scoring de comparaison ESG  : la matrice utilisée par Zei identifie automatiquement tous les critères d’impact liés au secteur étudié. Chaque indicateur et chaque enjeu est pondéré selon le secteur et l’axe prioritaire choisi par l’entreprise. En bout de course, l’entreprise obtient un score Zei qui note ses efforts en matière d’ESG.

Mais la mesure d’impact carbone ne représente qu’une partie de notre activité. Nous menons aussi parfois de vrais projets de transformation de produit ou de service. Il nous arrive par exemple de demander en interne les idées imaginées pour rendre un produit durable. Notre rôle consiste ensuite à fournir toutes les ressources et méthodologies pour faire monter en compétences les bonnes personnes au sein de l’organisation. Puis, tout est inscrit dans notre plateforme et constitue une preuve des efforts entrepris par l’entreprise en matière d’impact.

Nous collaborons par exemple avec EDF Pulse and you (plateforme de co-innovation du groupe) pour tester l’intérêt des consommateurs sur les sujets RSE. L’intérêt de notre solution étant justement d’engager directement le grand public sur les critères d’impact choisis avec des solutions participatives permettant de demander leur avis.

Notre démarche commence à se généraliser et à terme, nous souhaitons devenir un réseau social à part entière où les entreprises peuvent faire faire valoir leurs efforts quant aux Objectifs de développement durable (ODD). Il permettra ainsi un meilleur comparatif des entreprises sur le sujet.

Qu’offrez-vous de plus que les labels d’impact existants ?

Les labels B-corp ou de l’Afnor par exemple ne sont pas très compliqués à obtenir et ils engendrent la rédaction de rapports RSE de centaines de pages que personne ne lit. La donnée est bien là mais la barrière principale reste le fait que, trop souvent, l’analyse ne fait pas d’approche sectorielle qui permettrait d’entrer dans le détail d’impact de l’entreprise.

Bien sûr, une base de données peut être consolidée avec le temps mais il faut aussi une pondération des enjeux en fonction du secteur. C’est ainsi qu’il n’est pas demandé aux hébergeurs cloud de critères sur la sobriété énergétique de leur data center. Dans d’autres cas, l’approche n’est tout simplement pas adaptée à des secteurs comme l’agriculture par exemple – qui dépend grandement de l’occupation des terres et de l’approvisionnement en intrants.

Une fois que les enjeux ont été compris, il s’agit ensuite de savoir comment s’y prendre. 80% des entreprises qui veulent agir préfèrent se débarrasser en premier lieu de leurs capsules de café ou bien de leurs gobelets en plastique plutôt qu’engager une réelle transformation en profondeur.

Dans un entretien pour Alliancy, Frédéric Bordage, fondateur du collectif GreenIT.fr, et co-initiateur du référentiel NegaOctet, déclarait que le développement en cours des outils de mesure d’impact du numérique annonce « la fin du greenwashing »… Etes-vous d’accord ?

Aujourd’hui, je ne crois plus que le greenwashing soit généré par le mensonge de l’entreprise. En revanche, des entreprises communiquent encore trop de manière absolue, dévoilant uniquement les “bons efforts”, au détriment du reste. Au lieu de choisir ce qu’elle dévoile, l’entreprise devrait faire preuve davantage de transparence, y compris sur les défis et les difficultés rencontrés. 

Certains hébergeurs de datacenters promettent par exemple des infrastructures neutres en carbone ou bien des modèles de recyclage infaillibles. Mais les outils de mesure deviennent de plus en plus précis : l’ETSI (European Telecommunications Standards Institute) a par exemple validé récemment le DCEM (Data Centre Energy Management), un nouvel indicateur d’efficacité énergétique (PUE) qui compare l’énergie totale consommée par un datacenter avec celle utilisée réellement par le hardware. Or, on sait que le hardware représente près de 80% de l’impact environnemental.

Il ne faut donc pas uniquement se concentrer sur la réduction de gaz à effet de serre et c’est en ce sens qu’OVHcloud a par exemple décidé de fournir aux entreprises de plus en plus de matériel reconditionné ou bien de trouver des solutions pour la valorisation des déchets électroniques.

La deuxième caractéristique liée au greenwashing aujourd’hui est liée au fait, en tant que grand groupe, de communiquer sur des valeurs absolues si grandes que l’impact semble très impressionnant par nature. Notre matrice Zei permet de pondérer ces chiffres pour passer à une valeur relative.

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Quels conseils donneriez-vous en priorité aux entreprises ?

La première chose à éviter est de continuer à confondre RSE et impact. La RSE – et toutes les normes ISO qui la concernent – est une méthode assez classique pour tendre vers la réduction de ses externalités négatives. Cela revient nécessairement au fait de consommer moins d’énergie ou bien à utiliser du matériel de seconde main. 

L’impact consiste en revanche à créer des externalités positives et la tech a le potentiel de développer des modèles performants sur le sujet. C’est un secteur qui a plus de facilités à le faire que l’industrie lourde par exemple. On peut citer Blablacar qui contribue directement à la réduction du trafic sur nos routes et cela montre que, même si ce n’est pas son métier historique, l’impact est relativement simple à atteindre dans la tech. 

Le deuxième conseil serait de mieux centraliser ses bases de données. Il existe plusieurs dispositifs de standardisation pour y parvenir et notre mission est ensuite d’adapter l’analyse de ces données au cœur de métier de l’entreprise. La pression en B2C et en B2B sur ces questions d’impact devient de plus en plus marquée et affecte notamment la capacité de recrutement des organisations. 

Une dernière chose à prendre en compte : certaines plateformes de scoring récupèrent les données privées d’une entreprise afin de les revendre ensuite. Chez Zei, ce n’est pas le cas et toutes les données sont rendues publiques, en open source, afin que l’entreprise puisse jouer sur l’offre et la demande pour se différencier de ses concurrents.


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