Roland André, « postier » chez Docaposte

Le « Futur du Travail » est surtout une histoire d’hommes ou de femmes. C’est pourquoi nous lançons une série de rencontres, en commençant par les managers dont la tâche est de faire grandir les autres… Découvrez ici Roland André, le directeur général adjoint de Docaposte.

Roland André, « postier » chez Docaposte

Roland André, « postier » chez Docaposte

Roland André, directeur général adjoint de Docaposte, est à la fois un homme de marketing, un self-made man et un manager aguerri. Lui-même se définit comme « un postier », très attaché à l’entreprise qui lui a permis de se construire. Après quatre décennies d’une carrière bien remplie, Il partage ses convictions (solides) et de bonnes pratiques à l’usage de ses pairs.

« J’ai commencé ma carrière dans les année 1980 en plantant des poteaux de téléphone dans le Larzac »

Roland André raconte son ascension sans faire de manières. Quelques dizaines d’années se sont écoulées depuis, mais le « postier » a conservé l’accent du Sud et l’intarissable énergie des optimistes.

« Je n’ai jamais fait de plans »

C’est en se fiant à son instinct que Roland est devenu contrôleur au bureau de poste de Montlhéry, a repris ses études à 32 ans, puis décroché le concours d’administrateur à l’école nationale supérieure des PTT… Une carrière presque entièrement bâtie sous le logo jaune et bleu, à l’exception de quatre années consacrées à diriger une entreprise, Wegener : c’était déjà autour du marketing direct et de la donnée.

Au fil du temps, le marketing est en effet devenu sa spécialité ! Une discipline qu’il aborde avec beaucoup de pragmatisme. Les paillettes, clairement ce n’est pas son truc. « Je viens du monde physique et je me suis toujours battu contre ceux qui disent que le digital, c’est tout nouveau. Quand on regarde bien : finalement les créateurs de l’e-commerce c’était la Redoute et Les Trois Suisses. Et c’était déjà mes clients, à l’époque. Mais il y a 25 ans, la Data tout le monde s’en fichait. Depuis, on est passé de la Data au Big Data – et moi j’ai pris vingt kilos », s’esclaffe-t-il.

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« Les fondamentaux sont les mêmes. Il s’agit toujours de présenter le bon produit au bon client au bon moment. Seuls les outils ont changé. La Redoute par exemple aurait très bien pu faire Veepee. Mais beaucoup d’entreprises ont décrété que le digital était une science neuve, ont embauché des gens qui n’ont jamais parlé avec ceux qui connaissaient le métier. Résultat : ils se sont privés d’un marché qui aurait dû leur appartenir. »

On touche là au cœur de notre sujet et à ce qui anime Roland, le management, l’organisation du travail, le bon sens et la dimension humaine de l’entreprise. « On n’arrive jamais à rien sans ça. Docaposte, c’est la filiale numérique du groupe, dans un monde de papier. Pour accompagner nos clients dans leur transformation, il a fallu commencer par nous bousculer nous-mêmes. » Roland a repris Maileva de Docaposte en 2015 et initié le virage.

« Nous avons construit toute une démarche, sur trois piliers qui font qu’une boîte fonctionne ou pas. D’abord, la confiance. Elle vient du sens : il faut que tout le monde partage la même vision. A quoi sert l’entreprise ? Soyons clairs là-dessus. Quand vous achetez une perceuse, on vous parle de la mèche et c’est dommage : on devrait vous parler du trou. »

L’autonomie, ça devient compliqué quand on grandit

Deuxième pilier : l’autonomie. « Attention, l’autonomie n’est pas l’indépendance. On parle beaucoup de l’esprit start-up, mais c’est facile : tant qu’on est jusqu’à 20 ou 25 personnes, tant qu’on peut tous se dire bonjour le matin, c’est clair : tout le monde sait ce qu’il faut faire. L’autonomie, ça devient compliqué quand on grandit. Moi, je dis à mes équipes que je leur donne un cadre, un peu comme un terrain de football. Il y a des règles quand vous jouez au foot, mais ce n’est certainement pas moi qui vais dire « Faites la passe ». Il faut qu’ils puissent se débrouiller. Quand vous appelez Amazon, le secret de la réussite, c’est que la personne que vous avez au téléphone a le pouvoir de vous rembourser sur votre carte bleue. »

La solidarité vient compléter le trio : « Il faut que le collègue à côté de vous ait envie de vous sauver. Et pour cela, il faut que vous ayez des objectifs communs. » Tout cela n’est simple qu’en apparence. Des années d’organisation du travail sont allées dans le sens inverse. « Vous vous rendez compte qu’on a établi des « fiches de poste » ? On demandait aux gens de ne pas réfléchir », s’exclame Roland.

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Le DGA a lancé récemment un programme intitulé « Travailler autrement » en prenant le sujet du télétravail à l’envers : « J’ai demandé à mes équipes, non pas pour quelles raisons ils voulaient rester chez eux, mais pourquoi ils reviendraient au bureau. Si on retourne au bureau pour rester derrière son PC toute la journée, c’est parfaitement inutile. »

A 62 ans, Roland reprend des cours à Sciences Po, pour obtenir un certificat d’administrateur de sociétés. Très présent dans le monde des associations professionnelles, il figure aussi au comité de direction de plusieurs start-up. Sans aucun doute, Roland a trouvé sa voie : transmettre, pour aider les autres à se réaliser.


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