[Tribune] Investissement numérique et urgence climatique : l’IT doit servir un but

Sylvain Gauthier, co-fondateur et PDG d’EasyVista, met en lumière le rôle pivot des entreprises du numérique dans les causes environnementales. Le 21 avril dernier, plus de 100 entreprises pépites de la FrenchTech se sont réunies dans le collectif « Climate Act » et se sont engagées à réaliser un bilan carbone complet et à passer à l’action de manière concrète.

Sylvain Gauthier, Co-fondateur et PDG d’EasyVista

De son côté, l’Union européenne se mobilise en faveur d’une régulation du numérique et entend mettre en place un cadre pour la régulation du secteur dans son ensemble, mais aussi de l’intelligence artificielle (IA) plus spécifiquement : Digital Market Act, Digital Service Act, boussole numérique, propositions de la Commission sur l’IA… L’Union s’est clairement mise en ordre de marche.

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En filigrane, ces développements témoignent d’un double visage du numérique. D’un côté, un secteur qu’il convient de réguler, d’encadrer pour en minimiser l’impact notamment pour l’environnement, et de l’autre, toutes les promesses de la Green IT. Mais où en sommes-nous de l’IT responsable ?

Rendre visible l’impact du numérique pour en atténuer les effets délétères

Si l’IT est un levier de performance économique pour les entreprises, il leur revient également la responsabilité de faire des choix durables en ce qui le concerne. Il est donc indispensable de prendre conscience des effets pervers du numérique pour pouvoir en faire également un véritable levier de progrès. En effet, dans son récent ouvrage « Réparer le futur », Inès Leonarduzzi affirme que le numérique représente 4 % des émissions de gaz à effet de serre, soit 1,5 fois plus que le transport aérien. Bien qu’invisible et restant assez abstrait, le numérique a un impact carbone non négligeable.

Si c’était un pays, il représenterait, selon l’Ademe, le 3e consommateur d’énergie de la planète.

Quant au Cloud, dont le nom laisse entendre qu’il n’a pas d’ancrage physique, le grand public ne l’imagine pas composé de bâtiments et data-centers. Pour refroidir ces derniers, des climatiseurs très énergivores sont utilisés. Il est donc urgent de sensibiliser le public au numérique afin de le rendre visible, tangible et immédiatement compréhensible notamment compte tenu de son impact écologique, qui lui est bien palpable.

Le rôle pivot des entreprises du numérique pour changer la donne

Dossier-sobriete-vignette-titrePour le moment, la loi Grenelle II de 2010 oblige uniquement les entreprises de plus de 500 salariés à faire état de leurs émissions directes de gaz à effet de serre et à s’engager dans des plans de transition pour réduire les émissions. Cette mesure nécessaire s’avère malheureusement insuffisante et prouve que la règlementation ne suffit pas, de même qu’il ne faut pas attendre les contraintes pour agir. Aux côtés des initiatives citoyennes, les entreprises, notamment du numérique, ont bien un rôle à jouer.

Certains parlent de Green IT mais il s’agit surtout de penser l’utilisation des technologies de l’information de manière raisonnée et raisonnable, aussi bien d’un point de vue économique que de développement durable. La motivation ne doit pas venir de l’obligation, mais bien d’une volonté de faire mieux grâce aux connaissances dont nous disposons.

Ainsi, très concrètement, à l’échelle de l’ITSM, il est important de commencer par effectuer un bilan carbone des dispositifs internes et externes (data-centers) pour en déterminer deux plans d’actions complémentaires : la réduction et la compensation. 

La réduction vise à assurer le même service en modifiant les pratiques comme par exemple : incitation à effacer les données obsolètes (e-mails, photos et surtout vidéos) aussi bien auprès des clients que des employés, approvisionnement en matériel à faible consommation ou recyclés, extinction automatique des matériels la nuit et le week-end, recyclage systématique du matériel.

La compensation permet d’éviter un accroissement de l’impact, par exemple, certaines entreprises du numérique financent la plantation d’arbres à chaque nouveau client pour augmenter la captation carbone, évitant ainsi d’accroître leur empreinte carbone tout en assurant leur croissance.

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C’est tout un écosystème qui bénéficie de ces évolutions : l’environnement bien entendu, mais également les entreprises, ainsi que leur image. De fait, les entreprises qui investissent dans les énergies fossiles sont désormais pointées du doigt par le grand public mais elles sont aussi délaissées par la communauté financière et les talents avides d’éthique en entreprise.

On assiste en effet à un changement de paradigme de la part des investisseurs, qui ciblent spécifiquement les entreprises en fonction de leurs actions à impact, d’où le phénomène des investissements ESG (investissement environnemental, social et de gouvernance). Sans oublier les aides publiques à destination de la Tech for Good, dont la France est un terreau très fertile en Europe.

Au-delà de servir les métiers de l’entreprise, le Green IT est devenu non seulement un enjeu de financement, mais aussi de marque employeur et de recrutement. Les entreprises en ont pris conscience d’un point de vue environnemental bien entendu, mais également social, avec tous les enjeux qu’englobe la RSE et la plupart veulent faire mieux.


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