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De l’importance des écosystèmes pour… les territoires, avec l’exemple de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur
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Marseille, encore la « belle endormie » du numérique

Labellisé « French Tech », le territoire Aix-Marseille constitue un des grands pôles du numérique en France. Et, grâce à ses infrastructures et centres de données, la Ville de Marseille est un carrefour des routes de l’Internet.

L’ambition de la municipalité est posée. Marseille entend se transformer en « smart city », soit devenir une ville « durable, connectée et ouverte ». L’agglomération et sa région disposent d’atouts majeurs pour concrétiser cet objectif, en particulier en termes de connectivité et d’écosystème digital.

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Déjà 85 % de la population de la capitale régionale est éligible au Très Haut Débit. Par ailleurs, la filière numérique représente 40 000 emplois (dont 55 % au sein de la seule métropole), 7 000 entreprises et 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans les Bouches-du-Rhône.

La porte d’entrée sur le monde et l’Europe

Le numérique équivaut ainsi économiquement au tourisme et à l’industrie portuaire. Ces chiffres permettent au territoire d’Aix-Marseille d’appartenir aux neuf pôles métropolitains bénéficiant du label French Tech. Les acteurs des centres de données contribuent d’ailleurs à ce statut et à la connectivité du territoire.

Des entreprises d’envergure internationale sont implantées sur Marseille, à l’image d’Interxion. En mai, le fournisseur investissait 125 millions d’euros pour créer son quatrième data center dans la cité phocéenne. Oracle y localisera quant à lui son premier data center hexagonal cet automne.

Jaguar Network, filiale d’Iliad (Free), est un opérateur historique de Marseille et de sa région. Et c’est grâce à ce dernier que Telehouse dispose désormais d’un point de présence dans la ville. Pour Sami Slim, directeur adjoint de Telehouse France, les raisons de cette implantation sont claires, sa stratégie consiste à s’ancrer au plus près des « routes » internationales.

Comme Paris, Londres et Tokyo, Marseille constitue donc un carrefour des échanges de trafic. La métropole se distingue à ce titre « comme extraordinairement attrayante. La ville possède un actif de câbles sous-marins considérable, en croissance et avec un positionnement géographique particulièrement intéressant », justifie le dirigeant.

Marseille est de fait, grâce à ces câbles, connectée aux grandes régions du monde. Elle est aussi un point d’entrée pour l’Europe et les Flap (Francfort, Londres, Amsterdam, Paris), les quatre villes-relais de l’Internet mondial, et d’autres destinations européennes dont l’Espagne et l’Italie. « Le positionnement de Marseille est extraordinaire sur les routes internationales de l’Internet. Il était donc tout à fait naturel que Telehouse s’oriente vers cette destination, en outre très demandée par nos clients », poursuit Sami Slim.

En réponse à la demande grandissante du secteur (internet et téléphone), la pose de câbles sous-marins ne cesse de croître : Le Port de Marseille-Fos, à la 9ème place mondiale des hubs numériques (à fin 2020, 14 câbles sous-marins y atterrissent sur les 473 recensés dans le monde), est en passe de se hisser dans le Top 5. Marseille sera bientôt le premier nœud de raccordement de télécommunications du Sud de l’Europe.

 

Une ambition d’intégrer le top 5 des villes les plus connectées

Parmi ces clients, des exportateurs de contenus et de services vers l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, mais aussi d’importants prestataires des données en Europe. L’implantation dans un tel hub de connectivité peut cependant s’avérer complexe et coûteux, en raison notamment de contraintes immobilières. Telehouse a donc pu faciliter cette étape grâce à son partenariat stratégique avec Iliad et Jaguar Network.

L’opérateur est né à Marseille et s’est dès le début développé grâce au tissu économique et public de la région. Depuis, Jaguar a étendu ses points de présence au niveau national, notamment à Lyon et Paris. Et son acquisition par le groupe Iliad deux ans plus tôt accélère sa croissance. Mais le Bassin méditerranéen demeure important. « Marseille se veut dans le top 5 des villes connectées. Il est donc naturel de nous y intéresser », explique le directeur général de Jaguar Network, Denis Planat. Grâce à des offres multi-facettes, des services de cloud hybride, une politique tarifaire agressive, l’opérateur estime disposer des arguments nécessaires pour servir entreprises et secteur public.

« Nous sommes là pour secouer le marché », revendique son dirigeant. Une philosophie à laquelle se rallie volontiers Telehouse. Et les deux partenaires entendent bien conjuguer leurs forces pour faire croître leur activité et contribuer au rayonnement économique de Marseille. « La ville est aujourd’hui au neuvième rang parmi les villes les plus interconnectées au monde. Elle vise le top 5. C’est très ambitieux, mais son potentiel est considérable. Pour y parvenir, Marseille a besoin d’entreprises comme les nôtres, qui bousculent le statu quo », réagit Sami Slim.

Denis Planat insiste également sur la contribution de sa société à la digitalisation de la région, au travers notamment du maillage en fibre optique et de l’aide apportée aux entreprises durant la pandémie de Covid. « La période a été très favorable aux opérateurs télécoms pour leur fournir pas simplement de la fibre et des équipements d’extrémité, mais aussi pour sécuriser les réseaux et les redonder. Tout le bassin se digitalise à grand pas, et cela comprend le secteur public », déclare-t-il.

Un fort potentiel de croissance

La région se caractérise donc pour nos deux experts par un fort dynamisme, même si elle a pu pâtir d’un certain retard. Mais, selon eux, ce « retard » (terme que réfute le directeur de Jaguar !) est désormais rapidement comblé. « Marseille n’avait peut-être pas jusqu’alors le rang qu’elle mérite. La ville revendique la place qui lui est due et va tout faire pour. Cela, c’est un signal positif et qui reflète la réalité », préfère-t-il souligner.

Cette analyse est partagée par le directeur adjoint de Telehouse France pour qui « Marseille est une belle endormie », avec un potentiel qui demeure encore « sous-exploitée ». Mais si opérateurs et experts du data center revendiquent leur contribution, ils ne plaident pas en faveur d’aides publiques.

« Les data centers n’ont pas besoin d’argent, mais d’un cadre réglementaire clair, de règles du jeu lisibles, et ce qu’elle que soit la ville dans le monde, pour permettre un flux d’investissement », considère Sami Slim. Denis Planat insiste aussi sur la nécessité d’un dialogue avec la puissance publique et les élus locaux pour développer des projets numériques et les usages.

Des villes comme Amsterdam ont d’ailleurs développé une politique forte en faveur de l’accueil des data centers. Dublin et Lisbonne lui emboitent aujourd’hui le pas. « Il y a une vraie concurrence pour localiser sur son territoire les usines du numérique, la donnée et les échanges de données. Certaines collectivités se montrent très engagées dans ce domaine. Mais pour autant, notre seule attente, c’est de la clarté », conclut Sami Slim.


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