Dr Alain Staron, Disrupteur opérationnel

Alain Staron s’est fait une spécialité de challenger les plans produits trop lisses, à la recherche des opportunités cachées dans les écosystèmes. Le digital de 2021 rend l’exercice incontournable en y ajoutant le fameux risque de disruption.

Dans sa chronique, Alain Staron partage en avant première les réflexions et façons de penser l’innovation qui l’ont conduit à écrire son livre “Auto disruption” (Editions De Boeck Supérieur – paru en septembre 2020).

Dr Alain Staron
Disrupteur opérationnel, AMBORELLA
Member of the Board, ETSI Innovation Catalyst, AMBORELLA 
Former Senior V.P. Digital Strategy, Offers and Partnerships, VEOLIA

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[Chronique] Nouveaux territoires de disruption au CES2021

L’édition 2021 du CES s’est tenue sur un format full digital. Conséquence : il y a eu moins de tapage cette année autour du premier salon mondial de l’innovation. Cela n’a pas empêché notre chroniqueur Alain Staron d’observer avec attention ce nouveau cru, entre révolution automobile et efforts sanitaires. Tour d’horizon.

CES-2021Elon Musk nous avait expliqué dans un scepticisme général que la voiture allait se résumer à un iPad sur roues. Le scepticisme a fondu à mesure que les ventes de Tesla, qui représentaient un petit quart de celles de Porsche en 2015, ont culminé l’année dernière à presque le double de celles de son concurrent, avec 499 550 unités contre 272 162 pour l’Allemand. Avec les mêmes tendances, si l’on se souvient que les ventes de Tesla représentaient 35% de celles de Porsche en 2016, et que l’américain a rattrapé l’allemand en 2018, serait-il possible que Tesla, dont les ventes représentent 30% de celles d’AUDI cette année, dépasse ce dernier dès 2022 ?

 

Le CES 2021 vient de nous montrer que la bataille de l’automobile était de surcroît en train de se déplacer : puisque les écrans grandissent, de nouveaux acteurs investissent le secteur comme Sony qui y présentait la nouvelle version de son projet de voiture Vision S, testé sur route réelle, tandis que Samsung dévoilait son « digital cockpit 2021 » pour l’automobile, avec, dans les deux cas, de très grands écrans qui couvrent toute la planche de bord.

Mais les acteurs historiques ne sont pas en reste, BMW et Mercedes en tête, avec pour le dernier, son » hyperécran » MBUX… et une autre innovation de taille, le « 0 layer » : puisque le conducteur ne peut pas consacrer toute son attention à l’écran, le constructeur a repensé toute l’ergonomie pour afficher directement à chaque instant les informations pertinentes, sans avoir besoin de naviguer entre des menus ou des applications. Un concept qui pourrait ringardiser (disrupter ?) subitement nos interfaces smartphones, qui vont fêter leur 13ième anniversaire en 2021, un âge vénérable dans ce monde…

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Peu d’annonces en revanche sur les autres grandes innovations qui vont toucher à l’automobile : sur le front des véhicules autonomes, la filiale MobileEye d’Intel a annoncé capter les informations de conduite sur 8 millions de kilomètres chaque jour grâce à ses partenariats avec six 6 constructeurs automobiles, quand Waymo publiait fièrement en Novembre dernier les résultats de sa flotte de robot taxis à Phoenix, qui avaient parcouru 9.8 millions de kilomètres …. en deux ans.

S’agissant d’intelligence artificielle, les véhicules autonomes n’ont pas d’autre choix que d’amasser un très grand nombre d’informations de conduite humaine pour l’imiter au mieux, et, à ce jeu, le seul autre acteur de taille aujourd’hui n’est pas la filiale de Google, mais bien Tesla, qui a lancé en fin d’année dernière une beta version de son logiciel de conduite autonome, dans lequel le conducteur doit pouvoir reprendre la main en cas de problème. Si le nombre de conducteurs est pour l’instant très limité, le fait que Tesla a franchi la barre du million de véhicules produits le 9 mars 2020 (tous connectés) donne une idée du nombre de kilomètres quotidiens dont la marque peut bénéficier pour accélérer l’apprentissage de son intelligence artificielle de conduite autonome…

Ce qui n’a pas empêché GM de présenter le concept de sa Cadillac autonome Halo, plutôt salon roulant que voiture, également dans une version… volante !

La voiture autonome est faite pour libérer l’attention du conducteur à des fins entre autres publicitaires, c’était l’essence même du projet de Google. Le géant américain avait également envisagé un autre territoire de conquête de l’attention, les lunettes, projet abandonné en 2015, mais dont la thématique était très représentée cette année au CES 2021, avec des designs plus aboutis et des thématiques bien différenciées (divertissement ou réalité augmentée).

Cette chasse à l’attention ne semble d’ailleurs plus avoir de frontière, puisque Samsung propose maintenant un quasi-mur TV en 4K (2m44  de long sur 1m37 de haut), et LG un écran enroulable semi-transparent pour voir deux choses à la fois dès le réveil ! Quant à Sony, son « Cognitive Processor XR » améliore l’image là où l’œil se porte précisément…… et peut-être plus tard là où un annonceur aimerait qu’il se porte, ouvrant ainsi une nouvelle perspective publicitaire. Mais il est trop tôt pour en être sûr… Le même LG propose aussi un écran intégré à ses réfrigérateurs, pour voir l’intérieur sans les ouvrir, et commander ce qui manque directement avec Amazon Alexa – quand le réfrigérateur ne commande pas lui-même, par exemple son changement de filtre (les achats directs par les machines pourraient bien être d’ailleurs la réponse ultime à la bataille pour l’attention). 

Nouveauté de cette année : la porte s’ouvre à la voix, pour ne pas toucher la poignée et y laisser des microbes. Côté Samsung, c’est le robot Bot Handy qui débarrasse tout seul la table. Gadget ? sauf si l’on pense que cette machine est la mieux placée pour trier les déchets ménagers, et tient donc potentiellement toute l’économie du recyclage… A méditer quand, en bon géant de l’environnement du 20ième siècle,  on s’use à fusionner ses activités vieillissantes avec son concurrent plutôt que de penser à son autodisruption…

Covid oblige, la technologie cette année nous aide donc à ne plus toucher : c’est vrai également des portiers électroniques (Arlo), dont certains prennent même la température à distance (Etie), comme à l’aéroport…  Et puisque l’extérieur représente le danger, Inthekeg propose de brasser sa bière chez soi « pour ne plus se rendre dans des pubs bondés » (sic), Yves Saint Laurent permet de fabriquer son propre rouge à lèvre sur mesure chez soi.

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Ce sont donc les problématiques de santé, de bien-être, de « smart home » et de sécurité que la technologie tente de résoudre globalement avec des lampes qui surveillent les personnes âgées, des aspirateurs-robots qui surveillent les étrangers, des caméras de surveillance qui s’éteignent pour protéger la vie privée, des vélos qui se calent sur le rythme cardiaque … initiatives encore parcellaires, mais prochain terrain de jeu d’une possible disruption ?

Absentes cette année, il sera intéressant de surveiller à l’avenir Amazon et ses filiales Alexa, Guard et Health sur ces sujets.

Le CES 2021 faisait enfin la part belle aux jeux vidéo, entre écrans incurvés immersifs, ordinateurs portables pour gamers, et même un capteur de muscle de l’index plus rapide que la souris. Quant à la dernière carte graphique de NVidia qui surpasserait les dernières consoles de jeux, le débat risque d’être clôt quand la 5G aura sur elles le même effet disruptif que le stockage dans le cloud n’en a aujourd’hui sur les disques durs externes…

Plus que jamais, il fallait penser écosystèmes au CES cette année : chaque innovation peut ainsi se ringardiser ou s’amplifier très vite : une chose est sûre, il faut croiser les regards : le monde d’après n’a pas ralenti…

 


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