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Réduire son bilan carbone au bureau : est-ce possible ?

Voici quelques réponses concrètes à destination des DRH et managers, qui veulent soutenir les collaborateurs soucieux de leur impact sur l’environnement.

Réduire son bilan carbone au bureau

Quand on travaille dans un bureau, on s’interroge sur son bilan carbone : de quelles consommations sommes-nous responsables ? Il y a beaucoup de paramètres à intégrer : espace physique chauffé, déplacements entre la maison et le bureau, envoi d’emails, cloud… Il est compliqué de savoir ce qui compte vraiment, par où commencer et même de distinguer qui dépend de chaque individu et ce qui dépend du collectif (l’entreprise et son écosystème).

Les réponses de Charles-Adrien Louis, co-fondateur de BL Evolution, cabinet spécialisé dans le conseil en transition écologique.

Alliancy. En matière d’impact dans l’entreprise, par quoi faut-il commencer ? Par exemple, est-ce important de s’intéresser aux cuillères en plastique ou à baisser le chauffage ? Comment faire le tri – sans jeu de mots ?

Charles-Adrien Louis

Charles-Adrien Louis, co-fondateur de BL Evolution, cabinet spécialisé dans le conseil en transition écologique

Charles-Adrien Louis. Le tout premier enjeu, c’est de s’intéresser au métier de l’entreprise, avant d’entrer dans le détail de ce qu’on peut faire dans ses bureaux. Lorsque nous sommes sollicités, que ce soit par une PME, un grand groupe ou une collectivité locale, nous commençons toujours par ce rappel aux « bases ».

Si vous travaillez dans un bureau, en réalité ce qui compte vraiment, c’est l’activité de votre employeur. Je caricature volontairement, mais ce ne sera pas la même chose s’il s’agit de Total Energie ou de Nature & Découvertes. Le volume d’émissions des gaz à effet de serre (GES) dépend beaucoup plus de l’activité de l’entreprise, que de la façon dont elle gère ses locaux.

Si votre entreprise s’appelle Total, ce n’est pas la peine d’aller voir vos collaborateurs pour leur jeter de la poudre aux yeux. Même chose chez Renault : la question qui compte vraiment, c’est comment on fait demain pour que les véhicules consomment moins d’énergie (ou des énergies plus propres). Car même si toutes les usines Renault étaient alimentées en énergies renouvelables, le premier impact resterait celui des voitures mises sur le marché. Il faut toujours veiller à cette vision globale.

« En réalité, ce qui compte vraiment c’est l’activité de votre employeur - pas ce que vous faites dans les bureaux. Mais à votre échelle, vous pouvez agir tout de même sur 5 grands postes : énergie, informatique, déplacements,… Cliquez pour tweeter

Est-ce que cela signifie que le salarié ne peut guère soulager sa « conscience écologique » ?

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C-A.L. Dans la plupart des cas en effet, sa possibilité d’agir seul est restreinte. Cependant, si l’on se penche spécifiquement sur les activités de bureau, il est important de maîtriser certaines notions.

Le premier poste, c’est généralement l’énergie. Certes, un chef d’équipe n’aura pas complètement la main : dans les tours, le chauffage ou la climatisation sont centralisées. Mais il peut être le moteur d’une réflexion pour réduire la température de quelques degrés par exemple, d’autant plus que la réglementation impose aux bureaux de plus de 2 000 m2 de réduire leurs consommations (décret Tertiaire). Bien sûr, si les locaux sont encore chauffés au fioul, la toute première action sera de changer de chaudière.

Le deuxième poste concerne les activités informatiques : tant le matériel (ordinateurs et téléphones) que les flux de données. Pour le matériel, on peut réduire la fréquence de renouvellement du parc informatique. On peut acheter du reconditionné. Et on peut faire entrer notre matériel « usagé » dans ces filières-là plutôt que de le jeter.

Des centaines de millions de smartphones ne sont pas recyclés, alors que, d’après l’Ademe, acheter un smartphone reconditionné réduit son impact environnemental de près de 77 à 91 % par rapport à un produit neuf.

Pour ce qui est des flux de données, c’est plus compliqué à l’échelle de l’individu. Mais tout de même, on peut ne pas joindre de pièces trop lourdes et ne pas envoyer d’emails à la terre entière. On peut aussi avoir une réflexion – souvent au niveau des administrateurs système – pour rationaliser les flux vidéo : les visioconférences par exemple sont très consommatrices.

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Troisième poste : les déplacements domicile-travail. Les salariés qui se déplacent seuls en voiture sont bien sûr les premiers concernés. Et, là aussi, il est bon d’adopter une vision globale : si vous êtes parti vivre à la campagne depuis la pandémie, et que vous revenez au bureau à Paris deux fois par semaine en voiture, vous avez peut-être encore alourdi votre bilan carbone, par rapport à vos trajets quotidiens d’autrefois.

Il y a donc là une marge de manœuvre importante pour chaque salarié et également pour le chef d’entreprise qui peut par exemple favoriser l’usage du vélo en installant des vestiaires et des douches dans ses locaux.

Mais attention, en fonction des entreprises, les activités informatiques peuvent avoir un impact plus fort sur l’environnement que les énergies ou le transport. Ce « podium » n’est pas figé.

Parmi les autres postes à surveiller : les achats – avec une politique d’achats responsables pour le papier, le mobilier, etc. Vous pouvez sélectionner des fournisseurs « verts », acheter local, acheter de la seconde main… Et, bien sûr, n’acheter que ce qui est nécessaire !

Vient enfin la restauration collective, une sous-catégorie des achats. Le restaurant peut faire naître la réflexion sur les pratiques alimentaires : réduire la quantité de produits animaux, consommer des produits locaux et surtout de saison…

Quelles sont les idées reçues que vous combattez ?

C-A.L. Depuis nos débuts en 2011, et surtout depuis trois ou quatre ans, nous avons plutôt constaté des évolutions positives : le sujet est désormais pris au sérieux dans les entreprises. La volonté d’agir est beaucoup plus présente. Nous sommes cependant encore dans une phase de sensibilisation car les directions ne maîtrisent pas bien les enjeux.

L’autre difficulté tient au fait que cela ne « diffuse » pas dans tous les services de l’entreprise. On reste pris entre deux feux : les pionniers, les convaincus, et les conservateurs.

Quand vous entrez dans ce type de réflexion, c’est pour la vie. Il s’agit d’une démarche d’amélioration continue. Et les gestes au bureau, dont nous venons de parler, ont également un rôle symbolique. Ils font naître une dynamique collective. Chaque plan d’action se décline en trois volets : les quick wins, les actions prioritaires à 2-3 ans et les grandes orientations stratégiques.

Conseillez-vous d’adopter certains labels ?

C-A.L. Les labels sont plutôt faits pour les grandes entreprises. Le plus connu étant le CDP : Carbon Disclosure Projet. Les entreprises s’inscrivent, répondent à un questionnaire et reçoivent une note. Il y a également le SBTI – Science Based Targets Initiative – qui étudie la stratégie de l’entreprise et indique si elle est compatibles avec les objectifs environnementaux. Ce sont deux labels internationaux.


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