Emmanuel Macron au BIG 2022, ou l’éloge d’une croissance « sobre »

Le chef de l’Etat a choisi le « BIG », l’événement phare de l’entrepreneuriat français organisé par son bras armé financier Bpifrance, pour éclairer sa vision. Emmanuel Macron a évoqué, « sans être trop technique », une « métamorphose » à même de rendre nos modèles de production à la fois plus efficaces et plus sobres. L’innovation et les deeptech étant présentées comme des moyens indispensables pour faire face aux crises.

« Il n’y aura pas de police des températures », commentait ce matin à RTL Agnès Pannier-Runacher, ministre chargée de la Transition énergétique. L’objectif est de faire confiance au volontarisme des entreprises, des collectivités et des citoyens pour bâtir collectivement une nouvelle manière de produire et de consommer plus sobre.

Emmanuel Macron lors de son allocution au BIG 2022 ce jeudi 6 octobre.

Depuis la pandémie, les crises se succèdent et la guerre en Ukraine a creusé l’inflation et engendré des effets de bord sur notre approvisionnement en énergie et en matériaux. Résultat : c’est tout notre modèle de croissance qui doit être réinventé, et à la cadence imposée par l’urgence climatique. 

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C’est en ce sens qu’Emmanuel Macron a profité ce jeudi 6 octobre de la 8ème édition du Bpifrance Inno Génération (BIG) à l’Accor Arena de Paris pour éclaircir son plan de « métamorphose » volontairement assumé comme aux antipodes des discours décroissants. Le premier plan d’urgence imagine plus de sobriété « pour gagner en efficacité énergétique », évoque-t-il dans son introduction avant de rappeler que « nous sommes dans un monde qui va s’effondrer ». 

Une « métamorphose » sobre et résiliente

La résilience de la France et de l’Europe tient donc à leur capacité à « imaginer l’impensable plutôt qu’à se replier ». Autrement dit, décarboner l’économie tout en conservant « nos fondamentaux de compétitivité et notre capacité à innover et coopérer ». Au programme, « pas décret ni de loi » sont prévues pour inciter aux économies, mais un engagement volontariste pour devenir collectivement « maîtres de notre destin ».

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Le deuxième plan consiste à poursuivre le bouclier tarifaire pour protéger les ménages et les entrepreneurs de la hausse des prix, en particulier ceux du gaz et de l’électricité. Le bouclier actuel ayant permis selon le gouvernement de connaître 3 points d’inflation en moins que certains de nos pays voisins. Reçus au ministère de l’Economie le 5 octobre, les fournisseurs d’énergie ont d’ailleurs signé une charte prévoyant notamment un plafonnement du prix de l’électricité à 180 euros le mégawattheure.

Emmanuel Macron conseille donc à toutes les entreprises et collectivités de ne pas signer les factures d’énergie tout de suite et de patienter, le temps que les prix reviennent « dans une zone acceptable d’ici le début de l’hiver ». « Si on reste égoïstes et nationalistes, on reste idiots. Si on négocie en Européen, on pèse », martèle-t-il, en allant même jusqu’à affirmer sa volonté de s’imposer dans les négociations d’importation d’énergie auprès des Etats-Unis.

L’innovation au service de la transition énergétique

Pour contrer cette flambée des prix qui fragilisent nos industries, le gouvernement imagine une transition énergétique autour de trois piliers : un plan de sobriété chiffré à 800 millions d’euros qui accompagne le changement dans les collectivités, les bâtiments ou encore les transports ; une stratégie climat basée essentiellement sur le développement du nucléaire et du renouvelable ; et enfin, un fort investissement dans l’innovation pour bâtir une filière industrielle de la transition énergétique à part entière.

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L’objectif étant la baisse effective de 30% de notre consommation d’énergie d’ici 2050. Et Emmanuel Macron admet la lenteur des projets nucléaires tout en pointant les défaillances du renouvelable, notamment lié aux problèmes d’intermittence et de stockage. « Il faut continuer à simplifier les règles pour rendre notre tissu entrepreneurial plus fort, mais aussi  investir dans le risque », explique-t-il. 

Référence est d’ailleurs faite à la nouvelle usine de semi-conducteurs en prévision par STMicroelectronics et Global Foundries à Crolles en Isère. Symbole d’une vague de réindustrialisation de la France. De la même manière, un accent sera mis sur les deeptech, ces projets de recherche fondamentale et appliquée qui font le pont avec l’entrepreneuriat. Par le biais de Bpifrance, le gouvernement vise le cap des 500 deeptech produites chaque année. 

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Évidemment, la question de la pénurie de talents s’impose dans le discours et Emmanuel Macron déclare vouloir « réadapter notre apprentissage aux besoins de la Nation ». Et puisque la réindustrialisation grimpe en haut de l’agenda, les compétences nécessaires évoluent. C’est tout l’enjeu de la réforme annoncée de l’enseignement professionnel qui concerne plus de 30 % des lycées de l’Hexagone. En ligne de mire, les métiers de la rénovation thermique, de la mobilité, de l’hydrogène, de la chaudronnerie mais aussi du numérique.

Le plan « sobriété d’urgence » est officiellement dans les clous. Reste à savoir si le soft power dont fait preuve le gouvernement suffira à s’imposer à l’international et à ériger la résilience industrielle tant souhaitée et capable de s’adapter aux instabilités de notre temps.


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