« L’obsession de l’impact » pour la French Tech Corporate Community

L’ex-mission numérique des grands groupes est reconduite pour 3 ans. Son leitmotiv : réunir les grandes entreprises françaises dans une approche Do Tank pour faire progresser la France sur 7 thématiques stratégiques, dont l’IA. Entretien avec deux de ses représentantes, Juliette de Maupeou et Meriem Riadi.

Meriem Riadi et Juliette de Maupeou

Meriem Riadi et Juliette de Maupeou

Lancée en mars 2020 à l’initiative du gouvernement et de responsables de grandes entreprises françaises, la mission numérique des grands groupes n’a pas pour finalité de livrer des énièmes rapports sur la transformation numérique. Non, la mission se veut avant tout une communauté d’action, un “do tank”, telle que la décrit Juliette de Maupeou.

Cette dernière coordonne la mission, rebaptisée récemment French Tech Corporate Community pour accentuer son volet collaboration avec les startups, aux côtés de Nicolas Guérin (BPCE). Après un peu plus de deux ans d’existence, l’organisation fédère désormais 90 grandes entreprises, mais aussi des acteurs de la vie publique comme la Direction Générale des Entreprises.

Intelligence collective pour problèmes communs

Cette fédération conçue pour tirer une valeur mutuelle de “l’intelligence collective” est née d’un groupe d’innovation animé par Nicolas Guérin. Celui-ci rassemblait directeurs de l’innovation, du digital et de la data, mais aussi DSI de différentes entreprises. “Il partait d’un constat : nous nous posions les mêmes questions et nous serions plus forts ensemble pour les cracker”, se souvient la CDO Meriem Riadi.

“Nous pouvions continuer de travailler isolément sur notre transformation numérique. Mais pour passer un cap, il était essentiel de nous réunir avec d’autres partageant un même problème ou du même secteur économique”, ajoute Juliette de Maupeou. La promotion de ce groupe consacré à l’innovation auprès du gouvernement a donc trouvé un écho favorable, débouchant sur son institutionnalisation au travers de la création de la French Tech Corporate Community.

La philosophie : mobiliser l’intelligence collective pour “trouver des solutions”, y compris pour rendre viables économiquement des approches ou encore afin de définir des cadres ou des normes. Et pour Meriem Riadi, ces travaux s’inscrivent clairement dans un objectif “d’intérêt général” et permettent de “faire rayonner la France sur des sujets de fonds.”

Des projets très concrets et des livrables à déployer

Pour atteindre cette finalité et “faire émerger des projets très concrets”, la French Tech Corporate Community repose ainsi sur la réunion de groupes de pairs et une structuration autour de 7 thématiques ou chantiers prioritaires :

Comme pour le digital, la mission revendique un fonctionnement “itératif. Notre but n’est pas de rendre des conclusions puis de repartir chacun de notre côté”, souligne sa coordinatrice. Au contraire, l’approche consiste à collaborer sur des problèmes communs et à “créer une boîte à outils” mutualisée pour les résoudre.

Pas de grand rapport donc, mais des livrables, dont certains sont d’ores et déjà disponibles. En 2021 sortait une étude portant sur les enjeux de recrutement en Data et IA des grandes entreprises, dont les difficultés d’embauche.

“C’est la logique d’un do tank. Nous sommes là pour faire, construire des projets, et faire ensuite que ces projets s’ancrent dans nos groupes pour en accélérer la transformation”, déclare Juliette de Maupeou. Le chantier dédié à l’intelligence artificielle ne déroge pas à la règle.

Gagner en attractivité sur la Data et l’IA

Comme le détaille Meriem Riadi pour Alliancy.fr, ce chantier englobe 4 thèmes principaux (rapprocher privé et recherche sur l’IA; échanger des informations sur les technologies; partager de données; enfin lister les compétences, qui a donné lieu à un livrable).

“Le but de ce chantier était globalement de définir les bonnes pratiques permettant aux grands groupes d’être visibles sur ces sujets et de contribuer à l’émergence d’une filière Data en France”, précise la chief digital officer et co-pilote. Car si les entreprises ont mis sur pied des organisations et recruté, elles n’en continuent pas moins de se heurter à des difficultés.

“Nous ne parvenons pas toujours à atteindre une taille critique qui permet d’attirer ou de faire grandir les talents”, cite par exemple Meriem Riadi. Manque de lisibilité des actions menées, freins en termes d’attractivité… Les grandes entreprises veulent lever les barrières en apportant notamment de la clarté à leurs filières data.

Elles comptent ainsi mettre en lumière le potentiel en termes d’évolution de carrière à les rejoindre sur des postes de la Data. La structuration de cette filière, le listing des postes clés et le raffinage d’une matrice d’attractivité doivent aussi aider les entreprises encore en cours de construction de leurs équipes Data et IA.

Le chantier se poursuit au travers notamment de la constitution d’une guilde data science inter-entreprise, ou encore d’une mise en commun de parcours de formation et d’acculturation. Des places peuvent en effet demeurer vacantes sur certains programmes de formation déployés par les entreprises.

Des formations inter-entreprises, y compris sur les soft skills

Le projet consisterait donc à créer des synergies via une mise en commun. C’est ainsi qu’a été créée une promotion pilote sur l’UX design. “En mettant en commun ce besoin, nous avons pu créer une promotion inter-entreprise. Cela nous a d’ailleurs aussi permis de démontrer l’intérêt en termes de formation et d’ouverture de rassembler des collaborateurs de différentes organisations”, apprécie Juliette de Maupeou.

Les hard skills ne sont pas le seul enjeu en matière de formation. L’étude de 2021 de Kantar, le premier livrable de la mission, mettait aussi en évidence les besoins en termes de soft skills. Pour enrichir ces compétences se prépare un programme de formation inter-entreprise dédié. Ce sont quelques exemples des réalisations concrètes nouvelles qui se préparent dans le cadre de la French Tech Corporate Community.

D’autres chantiers et livrables se développent, nous indiquent ses deux représentantes. C’est le cas ainsi sur l’e-paiement avec la fédération des efforts sur les technologies crypto et blockchain, via notamment l’accélération de la sensibilisation du management sur ces technologies.

Sur la transition environnementale, “ Des prochains livrables sur la sobriété numérique et l’impact environnemental des projets digitaux sont presque finalisés”. Un document sur la coopération startups-grands groupes est également presque bouclé. Sur ce chantier, deux grands sujets ont été identifiés : le sourcing de startups et l’achat. Pour le sourcing, les entreprises collaborent avec la BPI, qui dispose d’une plateforme de sourcing, et qu’elles souhaiteraient voir s’enrichir avec certaines données.

Des projets à déployer pour un impact réel

En ce qui concerne les achats, l’objectif est de faire progresser la phase de contractualisation. Dans ce cadre, les membres de la French Tech Corporate Community ont collaboré à la conception d’un clausier, un cahier de clauses génériques. Résultat : un standard commun entre directeurs achats des grands groupes.

Le clausier est annoncé comme imminent et un moyen d’illustrer le rapprochement de la French Tech Corporate Community et de la French Tech, réunissant elle les startups. D’ici 2025, la mission des grands groupes espère aussi pouvoir mener son action à un autre échelon, soit au niveau européen.

C’est une perspective à l’esprit de ses coordinateurs. Le présent immédiat est lui consacré au déploiement des projets. C’est engagé. “Nous sommes en train d’aider des entreprises à déployer et promouvoir la filière data”, témoigne par exemple Meriem Riadi. “Plus nous serons nombreux à avoir déployé ces différents projets et plus ils seront utiles pour l’écosystème digital français”, précise-t-elle encore.

“Notre obsession, c’est l’impact, c’est-à-dire l’impact au sein et entre les grands groupes, mais aussi l’impact avec les startups. Notre objectif, c’est qu’on s’approprie nos livrables, qu’ils soient utilisés et disséminent leurs effets. C’est cela qui fera le succès de la mission”, conclut Juliette de Maupeou.


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