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Patrick Joubert (Ponicode) : « Il faut mettre fin au mythe du self-made entrepreneur »

Cofondateur et CEO de Ponicode, Patrick Joubert, expert en IA, en est à sa troisième création d’entreprise, après Recast.AI (rachetée par SAP en mai 2018) et Beamap (rachetée par Steria en 2014). Pour ce dirigeant, se constituer un écosystème devrait être une priorité pour tout entrepreneur.

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Patrick Joubert, Cofondateur et CEO de Ponicode,

« Le talent d’un entrepreneur tient à sa capacité d’exécution et à la qualité de ce qu’il met en œuvre au quotidien. Mais il faut mettre fin au mythe du self-made entrepreneur ! La réussite tient aussi, et surtout, à l’aptitude des entreprises à constituer autour d’elles un écosystème solide et pertinent. »

Tout au long de sa vie de chef d’entreprise, Patrick Joubert, CEO de Ponicode*, n’a eu de cesse de constituer et d’étendre les écosystèmes autour de ses trois projets (Beamap, Recast.AI, Ponicode). Son objectif a ainsi toujours été de construire des cercles concentriques autour de ses entreprises, pour les protéger dans les moments difficiles et les propulser plus rapidement dans les périodes de croissance.

« C’est en me rendant deux fois par an dans la Silicon Valley depuis 2007 que j’ai compris le sens de l’écosystème. Cela a vraiment été pour moi un lieu d’inspiration et j’en ai vraiment vu la force. Là-bas, tout y est concentré. C’est à la fois là où les idées naissent, là où les gens peuvent les mettre en musique et, là aussi, où l’on peut les confronter. Pour toutes ces raisons, la Silicon Valley est vraiment magique et reste un lieu unique sur la planète. Par exemple, pour ma dernière entreprise, nous avons voulu tirer parti de cet écosystème. Notre implantation à San Francisco a plutôt réussi… car, un an après, nous avons eu une proposition d’acquisition, notamment de la part d’investisseurs américains. »

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L’écosystème serait donc pour le dirigeant à la fois un facteur de résilience et un accélérateur de croissance. Un sujet qu’il porte en lui depuis très longtemps, mais qui restait peu audible il y a encore peu de temps. Et de revenir tout d’abord sur la résilience : « Quand vous entreprenez, il faut lever des doutes sur ses choix, analyse-t-il. C’est un chemin difficile et il faut trouver, dans son écosystème, des endroits sur lesquels on peut s’appuyer. La résilience sur l’invention par exemple, c’est être capable d’exposer et de confronter votre vision d’un nouveau produit ou d’une nouvelle technologie avec des personnes qui ne sont pas forcément dans votre entreprise, mais dans le monde académique, le monde des affaires, dans de grands groupes, de petites boîtes ou autres… Tous vont vous challenger, parfois même très fort… Mais, à un moment, une lumière s’allume – de par la largeur et la richesse de vos interlocuteurs – vers une autre piste qui vous permettra de trouver une solution et de rebondir. Je le vérifie à chacune de mes créations d’entreprise. »

Sortir d’une approche transactionnelle

Parler de votre projet à votre entourage vous obligerait donc à préciser ce que vous voulez faire. Et plus vous le travaillez, plus il prendra forme et plus vous saurez à quels problèmes vous devez vous attaquer, maintenant et plus tard… Ce qui aide du coup à savoir par quel challenge commencer ! Mais, le côté résilience, rappelle-t-il, c’est aussi dans l’écosystème, trouver des interlocuteurs pour vous soutenir… dans toutes les dimensions et les faire se rencontrer pour tisser un réseau interconnecté au bénéfice de tous.

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« Pour une entreprise qui se lance, développer cette approche écosystémique implique de bien réfléchir à toutes les dimensions de son activité et les mettre en lien. Ces liens se nouent parfois spontanément, quand d’autres sont à créer. Au fil du temps, des connexions inattendues s’opèrent : tel partenariat commercial pourra servir la marque employeur et deviendra un facteur d’attractivité pour attirer de nouveaux talents, par exemple. Car, au-delà de l’idée, la différence entre un écosystème et une addition de partenariats tient en un mot : l’humain. Un écosystème ne sera donc jamais la somme de contrats signés avec des partenaires. C’est la somme d’investissement humain, de partage de connaissances, sa capacité à démultiplier l’intelligence collective et, parfois aussi, de transactions commerciales ou financières.»

D’où l’importance d’engager personnellement et émotionnellement les partenaires. Un dernier point qui réunit finalement toutes les aspérités et challenges de la création d’un écosystème : « Si l’entrepreneur n’adopte qu’une approche transactionnelle, il ne trouvera jamais de partenaires déterminés à investir dans la réussite de l’entreprise. Il est nécessaire de dépasser la simple prestation de service, ce qui n’est possible qu’en construisant une relation humaine de long terme.»

Patrick Joubert (Ponycode) : « Au-delà de l’idée, la différence entre un écosystème et une addition de partenariats tient en un mot : l’humain ». Cliquez pour tweeter
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« C’est en me rendant deux fois par an dans la Silicon Valley depuis 2007 que j’ai compris le sens de l’écosystème. Cela a vraiment été pour moi un lieu d’inspiration et j’en ai vraiment vu la force. Là-bas, tout y est concentré. C’est à la fois là où les idées naissent, là où les gens peuvent les mettre en musique et, là aussi, où l’on peut les confronter. »

Dans les start-up, il y aurait ainsi l’écueil du syndrome des clones, estime-t-il. C’est-à-dire une tendance à principalement aller vers ceux qui nous ressemblent… « Mais si on fait trop cela, on sera toujours tous d’accord et cela peut conduire à des catastrophes. Je l’ai constaté dans certains projets que j’ai pu suivre. Il faut donc dès le départ intégrer de la diversité, trouver des complémentarités, des gens qui ne pensent pas tout à fait comme vous. Moi, par exemple, je suis quelqu’un de produit, je vais donc aller pour l’équipe « cœur » vers des profils qui vont me complémenter sur la technique, le business… Ensuite, il faut l’accepter. Il y a là un point d’humilité ! On ne peut pas toujours tout savoir et tout savoir-faire. »

Reste enfin la question de la confiance, encore un point majeur… C’est-à-dire comment pouvoir tout se dire sans que l’autre ne se sente attaqué ? Comment faire ce travail d’inclusion ? : « C’est très important, car on a toujours des choses difficiles à se dire ou à trancher, mais l’intérêt commun doit rester la vie de l’entreprise. » La start-up ne peut pas en effet rester sur un « petit » dénominateur commun… Ce qui impose de travailler l’intelligence collective. « Il faut trouver le terrain d’entente pour que chacun puisse exprimer ses différences, être entendu, mais aussi comprendre ce que l’autre pense… » Patrick Joubert a ainsi mis en place depuis plus de dix ans une méthode de management d’inclusion, qui favorise l’écoute et le respect mutuel pour le bien-être des équipes. Pour y parvenir, un coach psychologue l’accompagne pour lui permettre de comprendre les grilles de lecture des uns et des autres selon le profil psychologique de chacun et lui donner des clés pour qu’un scientifique et un commercial par exemple arrivent à mieux travailler ensemble.

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Cette construction d’une relation de confiance se fait également avec d’autres décideurs dans des entreprises leaders du marché et de l’innovation. « C’est ce que j’ai fait au fil de mes vingt années d’entrepreneuriat. Ceux qui ont entendu et écouté mes premières idées sont encore ceux qui sont les premiers à échanger sur mes doutes et mes questionnements dans le développement de mon entreprise aujourd’hui. Ce sont ceux aussi à qui j’essaie humblement de partager aide, conseil et opportunités. » Par exemple, il s’assure toujours de tenir ses partenaires stratégiques au courant des projets de l’entreprise avec le plus de transparence possible, afin que des idées originales puissent germer au sein de ces partenariats. « C’est ainsi que l’incubateur de mon précédent projet [l’AI Factory de Microsoft, basée à Station F] est devenu sans préméditation un collaborateur et un co-distributeur de notre produit fini. Cela n’a été possible qu’en leur donnant une place à notre table et en les informant sans arrêt de nos errements dans la recherche du Product Market Fit. »

Anticiper les besoins

La valeur de ce programme d’accompagnement que perçoit Patrick Joubert est simple : mettre les équipes et les personnes qui ont un intérêt commun autour de l’IA ensemble ! Son CTO s’est ainsi retrouvé avec dix autres CTO qui avaient les mêmes problèmes que lui… Cette proximité a permis d’accélérer tout le monde. Il y avait un vrai climat de confiance, selon lui, créé par Microsoft, sans l’angoisse de se faire voler ses idées. « C’est très important de parler. Il faut même prendre un mégaphone pour le faire. D’ailleurs, si on vous copie l’idée, c’est qu’elle n’est pas bonne car trop facile à faire et donc vous pouvez l’oublier. » Et de rappeler que l’idée de départ n’est jamais ce que devient la boîte…

Cette approche écosystémique expliquerait également en grande partie la réussite systématique des multi-entrepreneurs qui maintiennent et enrichissent sur plusieurs années leur écosystème. « Si je prends des personnes avec qui j’ai entrepris au départ, ils sont toujours là et ont envie de rester. Mes partenaires technologiques par exemple, tel Microsoft, sont prêts à m’aider. Dans l’équilibre de l’écosystème, le succès de mes précédentes aventures est bénéfique… On le voit beaucoup dans la Silicon Valley où une entreprise ne peut réussir sans les autres et où l’argent et les talents se recyclent sur d’autres projets si le premier ne marche pas. »

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La qualité d’un bon chef d’entreprise serait ainsi de savoir construire un écosystème robuste. « Au quotidien, une grande partie de son temps devrait même être officiellement allouée à l’animation de cet écosystème et à des rencontres. Les entrepreneurs doivent intégrer cette activité et lui réserver une place aussi importante que le développement de produit », conclut-il.

 

La coresponsabilité, un principe clé chez Ponicode*

L’expérience entrepreneuriale multiple de Patrick Joubert l’a fait beaucoup réfléchir à la façon d’emmener ses équipes vers un objectif commun. Une obligation encore plus forte en cette période de crise sanitaire, durant laquelle le travail à distance impose de rendre les équipes plus autonomes et responsables.

« Le leadership doit venir de la capacité à « éclairer » et donner le cap, explique-t-il. Les gens se tournent vers le leader comme ils se tournent vers leur GPS lorsqu’ils conduisent… En démultipliant la communication de l’énergie positive, cela se transforme en opportunité – relais de leadership -, car les personnes sont encore plus satisfaites et donc plus motivées. »

Animée par l’esprit #OneTeam, Ponicode a profité de l’été dernier « déconfiné » pour réunir durant deux jours sa vingtaine de collaborateurs. L’occasion de clarifier et renforcer la mission de la start-up, qui se résume ainsi : devenir le partenaire incontournable des développeurs, en réduisant leur temps passé sur les tâches périphériques à la création du code, tout en améliorant sa qualité.

« Ce travail de questionnement et de verbalisation sur notre ADN nous a également fait découvrir un nouveau pilier de l’esprit Ponicode : la coresponsabilité, précise le dirigeant. Concrètement, cela consiste à s’assurer que tous les membres de l’organisation perçoivent leur responsabilité individuelle dans la réussite de l’entreprise. Les idées de chacun ruissellent dans les prises de décisions. Le chef d’entreprise ne doit pas être l’unique décideur, mais plutôt celui qui permet à chaque membre de l’équipe de devenir un décideur efficace et pertinent », résume-t-il.

 

* La start-up française Ponicode a été créée en juin 2019 par quatre associés, Patrick Joubert, Benedetta Dal Canton, Simon Guilliams et Edmond Aouad. L’équipe s’est rapidement structurée avec l’arrivée des premiers salariés comme Hamza Sayah, Data Scientist, ou encore Baptiste Bouffaut, CTO. Incubée à l’AI Factory de Microsoft, Ponicode a développé un outil basé sur l’IA pour aider les développeurs à livrer du code sans bug. Ponicode propose des tests unitaires au tout début, avant que le code ne soit livré. En juillet 2020, elle a annoncé une levée de fonds en seed de 3,4 millions d’euros, menée par Breega, accompagné de Kima Venture (fonds de Xavier Niel) et de Plug & Play Ventures, l’un des fonds d’investissement les plus actifs de la Silicon Valley, et d’une vingtaine de Business Angels. Les membres de l’équipe de Ponicode ont également contribué à cette levée de fonds, à laquelle s’ajoute un prêt de 1 million d’euros auprès de Bpifrance. Une nouvelle levée de fonds est envisagée début 2022.


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