Gama veut offrir à la recherche une exploration spatiale à moindre coût

Soutenue financièrement par Bpifrance et le CNES (Centre national d’études spatiales), la start-up Gama annonce une levée de fonds de 2 millions d’euros pour lancer en octobre prochain sa première mission en espace. Louis de Gouyon Matignon, cofondateur du projet, détaille pour Alliancy son projet de prototype de voile solaire sans carburant.

Gama veut offrir à la recherche une exploration spatiale à moindre coût

Gama veut offrir à la recherche une exploration spatiale à moindre coût

Alliancy. Comment en êtes-vous venu à lancer Gama ?

Louis de Gouyon Matignon : L’histoire est assez simple : pendant que je validais ma thèse en 2020 sur le droit de l’espace, je suis tombé sur un podcast de France Culture sur les voiles solaires avec le témoignage de l’Union pour la Promotion de la Propulsion Photonique (U3P). J’ai pris connaissance de l’association et j’ai rencontré Thibaud Elziere, avec qui j’ai cofondé Gama dans la foulée. 

Notre objectif est de révolutionner le transport spatial en créant une propulsion pour les sondes et les satellites sans utiliser de carburant. Nous prévoyons en octobre prochain le lancement de notre premier prototype avec une douzaine d’ingénieurs spatiaux. Concrètement, il s’agira d’un satellite de la taille d’une boîte à chaussures de 11 kilogrammes qui, une fois en orbite terrestre, déploiera une voile de 75 mètres carrés capable de récolter la lumière du Soleil pour stocker de l’énergie. 

Nous ne souhaitons pas nous investir sur le marché des télécommunications ou autres applications d’IoT dans l’orbite terrestre mais plutôt privilégier l’exploration du Système solaire. 

Quels avantages présente votre solution comparés aux autres satellites fonctionnant au carburant ?

Notre but est d’offrir à la recherche scientifique une exploration spatiale à moindre coût. Le problème majeur lié aux satellites aujourd’hui est le fait qu’ils ont besoin de stocker une grande quantité de carburant pour être propulsés. Cela alourdit l’engin spatial et engendre des coûts supplémentaires pour son déplacement. 

Même si notre voile solaire est propulsée au-delà de Jupiter, celle-ci pourra capter assez de photons pour avancer et elle pourra également bénéficier de la mécanique céleste pour aller plus vite. De la même manière, nous envisageons pour certaines missions de passer proche du Soleil pour emmagasiner assez d’énergie avant d’atteindre notre destination. 

Concernant la résistance de notre voile, la matière est du plastique aluminisé ainsi que, comme en kite surf, le Ripstop. Nous ne pourrons pas éviter les débris spatiaux ou les micro-météorites et tout l’enjeu étant d’éviter la plupart des dommages. 

Quand espérez-vous réaliser votre première exploration ?

Après notre première démonstration prévue en octobre, nous espérons pouvoir mener notre première exploration en 2025. La planète en question sera probablement Vénus, notamment pour récupérer davantage de données sur la phosphine – une molécule dans l’atmosphère qui laisse espérer la présence de formes de vie. Au-delà de la perspective de recherche, nous voulons démontrer la valeur de notre prototype pour le vendre aux agences spatiales.

La recherche spatiale coûte cher et certains acteurs du secteur – au sein de l’initiative YESS par exemple – appellent les agences européennes à les privilégier dans la commande publique ?

Le spatial est en effet très coûteux et il est en majeure partie subventionné aujourd’hui par des puissances publiques. Il ne faut d’ailleurs pas croire que SpaceX aurait la même ampleur sans l’aide financière de la NASA. Mais Elon Musk a le mérite de pousser les instances spatiales à s’intéresser davantage aux start-up.

En Europe, l’Agence Spatiale Européenne (ESA) et le Centre national d’études spatiales (CNES) vont naturellement suivre le mouvement initié par les Etats-Unis ou la Chine. La commande privée va nécessairement engendrer de la commande publique et l’intérêt commercial porté sur le spatial va forcément bénéficier à la recherche.

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De notre côté nous annonçons une levée de fonds de deux millions d’euros. Cela nous permet d’accélérer le développement de nos prototypes. La concurrence est rude sur ce marché et la France a tout intérêt à redoubler d’efforts pour se réserver une place en matière de gouvernance spatiale.

Face au retard vis-à-vis de nos homologues américains ou chinois, la France devra passer par l’Europe pour espérer rassembler des fonds à la hauteur des enjeux. J’encourage et félicite d’ailleurs le travail du CNES qui multiplie les appels à projets dans le cadre du plan France Relance. C’est bien le génie présent dans le monde de la recherche en France qui nous permettra de faire la différence.