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Montpellier – Futur « territoire numérique »

L’agglomération de Montpellier connaît une embellie dans le numérique, alors que les autres secteurs font grise mine dans la région Languedoc-Roussillon.

Place de la Comédie à Montpellier

Dans les années 1960, IBM installa une usine dans la cité languedocienne et employa près de 3000 salariés. Aujourd’hui, le géant américain a réduit la voilure, mais Dell y a installé son siège Sud Europe et nombre de PME innovantes s’y développent.

Cinquante postes à pourvoir chez Capgemini, quarante intentions d’embauches chez GFI Informatique, un vivier d’entreprises créées sur le territoire, comme Septeo, spécialisée dans les solutions informatiques pour le juridique et l’immobilier, employant plus de 550 salariés…L’agglomération de Montpellier (Hérault) connaît une embellie dans le numérique, alors que les autres secteurs font grise mine dans la région Languedoc-Roussillon.

« Avec un panel de 1 100 entreprises pour 7 500 emplois, soit 5,9 % de l’emploi dans l’agglomération, le numérique a connu, en termes d’emplois, une croissance de 5,8 % en 2010 par rapport à l’année précédente », soutiennent les services de Montpellier Agglomération.
« Et 39 % du chiffre d’affaires du numérique se fait à l’export », complète, ravi, Philippe Boulet, directeur adjoint du développement économique et de l’emploi de l’agglomération.

Le Power Systems Linux d’IBM
L’économie numérique est l’une des clés de voûte de l’économie montpelliéraine, au même titre que sa faculté de médecine, la plus ancienne d’Europe occidentale, fait sa réputation en termes de formation.
Ici, c’est l’américain IBM qui joua le rôle de pionnier. Installée depuis 1965 dans la cité languedocienne, la firme employa jusqu’à 3 000 salariés – elle généra le double d’emplois en sous-traitance –, dans son usine locale.
Au début des années 1980, IBM achète même des pleines pages de publicité dans Le Monde pour y vanter son implantation sudiste.
Depuis, l’activité a peu à peu muté – le groupe compte à ce jour 850 collaborateurs – et, aujourd’hui, le site devrait bénéficier d’une partie (on ne connaît pas la proportion) du plan d’investissement de 1 milliard de dollars (737 millions d’euros), annoncé par la direction mi-septembre, pour développer des technologies liées à Linux et autres logiciels libres pour ses serveurs d’entreprises Power Systems.

Un centre, appelé Power Systems Linux, a d’ailleurs ouvert le 1er octobre sur le site. Il « amènera une valeur ajoutée aux clients, partenaires et éditeurs de logiciels pour l’intégration des solutions Linux… », a confirmé le groupe dans un communiqué. L’installation du géant américain, voilà près de cinquante ans, a surtout permis la structuration d’une filière et l’émergence d’un savoir-faire « local » reconnu.
C’est ainsi que l’américain Dell a installé, ici même, son siège Sud Europe, il y a vingt ans, et employé 1 000 personnes.
L’été dernier, un datacenter européen dédié à la formation y a été installé, et le directeur du site, Stéphane Reboud, envisage l’implantation sur place d’un centre dédié à l’e- réputation. Un service que Dell assure déjà aux Etats-Unis, mais pas encore en Europe. « J’ai bon espoir que ce projet aboutisse d’ici à la fin de l’année », confiait le dirigeant au printemps dernier.

L’agglomération de Montpellier connaît une embellie dans le numérique, alors que les autres secteurs font grise mine dans la région Languedoc-Roussillon.

Dans leur sillon, les PME, qui constituent le gros des troupes entrepreneuriales à Montpellier, profitent de ce terreau favorable.
« Nous bénéficions d’une belle dynamique sur la création de start-up et leur accompagnement par le biais de pépinières », estime Philippe Nahoum, président de Novae LR, une association regroupant 120 entreprises du numérique installées dans la région. 
« Depuis longtemps, les universités proposent des formations adaptées au monde du travail. On manque même de diplômés pour satisfaire toutes les offres d’emploi. »

Evoluer aux côtés des mastodontes IBM, Dell, Capgemini – dont le site de 240 personnes est spécialisé dans l’informatique bancaire – et le spécialiste du jeu Ubisoft, permettrait également une saine émulation. « Il y a pas mal d’essaimage, poursuit Philippe Nahoum. 
Beaucoup d’anciens de Dell ou d’IBM quittent ces grands comptes pour créer leur propre activité. Nous les retrouvons à la Maison du Numérique, que nous avons inaugurée en juin et dont le but est de favoriser les croisements entre acteurs privés, grand public et université-recherche. » 

Ville universitaire, Montpellier trouve une part de son dynamisme économique dans la connaissance.
Une articulation entre un potentiel de recherche dans les secteurs de l’agronomie et de la santé et des entreprises de haute technologie devrait prochainement prendre corps également au travers des deux projets de quartiers intelligents, OZ et ODE (lire encadré page 42).
Présentés en juin, ces projets baptisés « Montpellier Métropole Numérique » se veulent un ensemble partagé entre la future gare TGV et la route de la mer.

Un incubateur primé 
A ce jour, les PME disposent déjà de différents outils pour prospérer. L’agglomération gère, par exemple, depuis 1987, un Business & Innovation Cente  (BIC), élu « Meilleur incubateur mondial 2007 » au concours de la National Business Incubation Association (NBIA), la première organisation internationale dans ce domaine.

La ville a également développé de nombreuses pépinières et hôtels d’entreprises (Mibi, Cap Gamma, Cap Delta, Cap Sigma, Cap Alpha et Cap Oméga), qui ont permis la création de plus de 500 sociétés.
« Notre nouvelle Maison du Numérique, dont l’espace de coworking notamment, est hébergée à Cap Oméga, précise le président de Novae LR. Début octobre, et pour la première fois, Dell [dont les locaux sont situés juste en face, ndlr] y a organisé une réunion avec des collaborateurs venus de toute l’Europe. Certains dirigeants de start-up se sont attardés à la machine à café plus que de coutume… Chacun s’approprie vraisemblablement les lieux. Ce genre d’équipements favorise l’échange. Indéniablement. »

Directrice du BIC montpelliérain, Catherine Pommier estime que la part d’entreprises numériques hébergées au sein de Cap Oméga, dernier-né des incubateurs locaux, est stable.
« Elle représente un peu plus de 50 % des sociétés », estime-t-elle. Parmi les pépites prometteuses, l’entreprise Matooma a été créée par Frédéric Salles, ancien directeur de la division MtoM de SFR, en juin 2012.
« Nous fournissons des cartes SIM pour tout… sauf des téléphones », explique le président de cette start-up, spécialisée dans le machine-to-machine (MtoM). Son innovation ? « Notre plate-forme de services M2M Manager permet de gérer les parcs de boîtiers communicants et des cartes SIM M2M intégrées et propose un guichet unique dans les secteurs de la sécurité, de la santé, de l’énergie ou des transports. Les sociétés, qui ont recours aux cartes SIM M2M pour faire remonter des données, s’imaginent que seuls les opérateurs téléphoniques sont capables de leur fournir cette prestation. Or, ce service, très spécifique, demande une méthode de gestion et de facturation particulière. Nous avons signé des accords avec certains opérateurs et un grand nombre de fabricants de boîtiers. »

L’entreprise compterait ainsi plus de 450 clients (dont Legrand, Groupama-Présence Verte, Solem, BNP Paribas-Protection 24, SurTec, Urbasolar…), dont dix des quarante entreprises du CAC 40. Rentable dès la première année avec 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires (dix salariés), Matooma prévoit de doubler son activité dès 2014 et de s’installer, à terme, dans le quartier OZ. 
« Nous bénéficions d’un accompagnement dans un environnement très propice », soutient le dirigeant. L’agglomération de Montpellier serait donc dotée de nombreux atouts, mais il lui reste encore à s’améliorer sur certains points. « Il nous faut, aujourd’hui, créer les conditions d’accueil et l’aide à la mise en relation pour améliorer le temps d’accès au marché de nos entreprises, convient Philippe Boulet. C’est tout l’objet des quartiers OZ et de la “cité intelligente” comprenant ODE. »
La « cité intelligente » et son EcoCité est l’autre projet numérique montpelliérain.

L’agglomération de Montpellier connaît une embellie dans le numérique, alors que les autres secteurs font grise mine dans la région Languedoc-Roussillon.


IBM
fortement impliqué dans la ville

Sur ce territoire de 2 500 hectares (l’EcoCité), qui relie Castelnau-le-Lez à la mer en traversant Montpellier, Lattes et Pérols, l’agglomération entend favoriser « l’invention de nouveaux services, grâce au partage des données, et stimuler la croissance économique par l’innovation ». Gilbert Pastor, vice-président du développement économique, parle de « mettre en place un démonstrateur de services urbains innovants ».

Ce contrat de recherche & développement, signé le 21 décembre 2012 entre cinq partenaires et pour trois ans, mobilise au total 8,2 millions d’euros. Une somme partagée entre Montpellier Agglomération, IBM, les universités Montpellier-I et II, le laboratoire mixte Institut électronique du Sud (université Montpellier-II/CNRS) et l’Idate (ex-Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe).
Concrètement, il s’agira d’une plate-forme numérique destinée à collecter, agréger, stocker et analyser tout type de données générées par le territoire. Cette plate-forme, hébergée dans le nouveau centre cloud d’IBM à Grabels, permettra de créer de nouvelles applications, notamment en croisant des données aujourd’hui traitées par métier sur les questions de l’eau, de la mobilité et de la prévention des risques (Lire encadré).

Pour la directrice du BIC de Montpellier Agglomération, Catherine Pommier, ce nouveau quartier est une opportunité : « Pour nos start-up, l’EcoCité sera un territoire expérimental, notamment sur la gestion des transports en temps réel et les remontées d’informations sur les bouchons. »
L’objectif, à long terme, pour la capitale languedocienne est bien d’attirer de nouvelles entreprises et, si possible, de grands comptes et donneurs d’ordres, qui restent trop rares dans ce département miné par le chômage.
L’Hérault est en effet le département de France à afficher le plus fort taux de chômage, de 15 % au 1er trimestre 2013 (14,5 % pour le Languedoc-Roussillon).

OZ et ODE, futurs phares numériques de la ville

C’est à un carrefour des connexions routières, ferroviaires et informatiques, que Montpellier souhaite installer ses futurs pôles numériques, OZ et ODE.

L’agglomération de Montpellier connaît une embellie dans le numérique, alors que les autres secteurs font grise mine dans la région Languedoc- Roussillon.

Esplanade OZ

OZ se trouve au coeur d’un nouveau quartier qui prendra pied autour de la future gare TGV, dont la mise en service est attendue en 2017. La communauté d’agglomération montpelliéraine prévoit d’inaugurer deux ans plus tôt un bâtiment de 12 000 mètres carrés exclusivement dédié aux PME, start-up, laboratoires de recherche et grands groupes du secteur de l’économie numérique.
« Il y aura une pépinière, un hôtel d’entreprises, des formations, un espace de conférences… toute une infrastructure permettant la collaboration entre tous les acteurs », annonce Jean-Pierre Moure, président de la Communauté d’agglomération montpelliéraine.
Du côté des services, ce projet « verra le déploiement d’une offre dédiée aux entreprises du secteur numérique, afin de structurer la filière en renforçant les programmes de formation et en organisant davantage de rencontres avec les investisseurs privés », comme c’est déjà le cas aujourd’hui avec les rencontres Montpellier capital-risque (en partenariat avec Bpifrance). 
Chaque année, elles mettent en avant une dizaine d’entreprises en lien avec une cinquantaine de business angels et fonds d’investissement dans le cadre d’une sorte de speed dating.

L’agglomération de Montpellier connaît une embellie dans le numérique, alors que les autres secteurs font grise mine dans la région Languedoc- Roussillon.

Esplanade ODE

L’autre projet, appelé ODE, se trouve à cheval sur les communes de Montpellier, Pérols et Lattes.
Y seront développés plusieurs projets de R&D autour de la mobilité, de l’amélioration de la performance de gestion de l’eau potable, et de la prévention des risques d’inondation. Dotés d’un budget de 5,2 millions d’euros, ces projets sont à la fois financés par la collectivité et des acteurs privés (IBM, Veolia Eau, Egis Eau, Predict Services, Eseco Systems…).
Un schéma directeur d’aménagement numérique prévoit la desserte en très haut débit de l’ensemble des zones économiques intercommunales et des 136 sites publics à l’horizon 2016. Un projet entamé en 2012, dont le coût est de 8,28 millions d’euros.

 

Photos : D.R  – Ville de Montpellier

Cet article est extrait du n°6 d’Alliancy, le mag – Découvrez l’intégralité du magazine

 

 


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