Air Liquide accélère l’innovation avec les start-up de la Deeptech

Lors de l’inauguration de son Campus Innovation Paris, situé sur le plateau de Saclay, l’industriel a également annoncé la création d’un accélérateur d’une vingtaine de start-up de la Deeptech à sa porte.

Inauguration d'air liquide

Benoît Potier, PDG, lors de l’inauguration du Campus Innovation francilien d’Air Liquide © Air Liquide

Le trajet d’une heure entre Paris et Jouy-en-Josas (Yvelines) s’est évidemment fait en taxis Hype, cette flotte de voitures roulant à l’hydrogène. Air Liquide cherche en effet à valoriser cette technologie en ouvrant de nouvelles stations de recharge en hydrogène et en travaillant avec tout l’écosystème notamment sur les réservoirs composite pour l’hydrogène énergie… 

 C’est d’ailleurs l’un des quatre sujets que nous découvrons lors de la visite de ce tout nouveau « Campus de l’Innovation » de l’industriel sur le Plateau de Saclay, investi par ses occupants au début de l’été et inauguré hier matin en présence de Benoît Potier, PDG d’Air Liquide. Il était entouré de nombreux collaborateurs et partenaires, de Delphine Gény-Stephann, la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, d’élus régionaux et locaux. 

 « En cinq ans, nous avons révolutionné notre recherche », a indiqué d’entrée le dirigeant, précisant que le groupe avait investi 300 millions d’euros l’an dernier en R&D, domaine qui occupe 3 800 personnes au sein du groupe réparties sur cinq campus dans le monde. « Vous êtes ici dans notre vaisseau amiral, a-t-il indiqué. Ce site incarne au mieux notre approche d’innovation ouverte, au service de la transition énergétique et l’environnement, la santé et la transformation numérique, tous nos métiers intégrant du numérique aujourd’hui. » 

Ainsi, le groupe a totalement repensé son approche innovation avec d’un côté des Labs (i-Lab et la Factory dans Paris ; m-Lab et D2Lab à Saclay) et de l’autre, ses « Campus de l’Innovation », désormais appelés ainsi pour insister sur leur caractère « ouvert et décloisonné » et sur le fait que l’on ne parle plus seulement de recherche, mais bien de « développement et de mise sur le marché ».  

Représentant un investissement de 50 millions d’euros, le campus parisien de 15 000 mètres carrés intègre donc le plus grand centre de R&D du groupe dans le monde, soit un bâtiment entièrement repensé par l’architecte Michel Rémon. Il rassemble là près de 500 collaborateurs (dont 350 chercheurs), et comporte 48 laboratoires et des plateformes pilotes (dont un FabLab) pour concevoir et tester des technologies en grandeur nature. 

Cette stratégie d’innovation ouverte allie ainsi expertise scientifique et capacité à développer des technologies et solutions numériques, pour accélérer la mise sur le marché d’offres innovantes au service des clients et patients, indique le groupe dans le communiqué. De nombreux partenariats, qui ont été engagés avec des acteurs économiques comme académiques (enseignement, recherche, pôles de compétitivité…) ont déjà montré d’excellents résultats, a précisé le PDG. Et de citer ceux menés avec l’IPVF (avec le CEA, Total et EDF) pour rendre les panneaux solaires plus performants ou avec l’Additive Factory Hub pour intégrer au sein des usines du groupe la technologie 3D… 

20 start-up de la Deeptech accélérées 

A l’occasion de cette inauguration, Benoît Potier a surtout dévoilé l’ouverture, début 2019, d’un incubateur/accélérateur d’une vingtaine de start-up de la Deeptech, à qui le groupe proposera non seulement un hébergement sur 3 000 mètres carrés dans un bâtiment voisin en chantier, mais aussi l’accès à des espaces partagés d’expérimentation, comme un programme d’accompagnement par des experts Air Liquide, avec pour objectif d’accélérer l’industrialisation de leurs offres. « Nous voulons matérialiser une expérience Deeptech/grand groupe », a précisé Benoît Potier, soutenu financièrement dans cette initiative par la Région Ile-de-France. 

Olivier Letessier, directeur R&D d’Air Liquide, a rappelé que le couplage « R&D et business est une recette qui marche. Il faut favoriser les échanges avec les différents acteurs de l’innovation, y compris avec les clients. C’est pourquoi Air Liquide collabore avec plus de 100 start-up dans le monde et développe l’intrapreneuriat sous diverses formes ».  Ce sont des anciens du groupe par exemple qui ont créé Waga Energy, une start-up qui valorise le gaz produit par les décharges pour en faire du biométhane. 60 % du portefeuille de projets est fait aujourd’hui de façon collaborative. 

Pour illustrer cette « collaboration », la direction a choisi de mettre en avant quatre domaines d’innovation, dont la recherche sur les réservoirs composite pour l’hydrogène énergie évoquée précédemment. « On cherche à alléger nos bouteilles et augmenter leur contenance, comme nous travaillons avec tout l’écosystème sur l’approvisionnement des stations hydrogène pour véhicules », ont expliqué les deux intervenants. Mais si la fibre de carbone (20 ans de durée de vie) est trois fois plus légère que le métal (durée de vie illimitée), elle coûte encore deux fois plus cher… Le groupe, qui ne produit pas ses bouteilles, aide toutefois ses partenaires à concevoir les produits de demain. Cinq à dix ans seront encore nécessaire pour arriver à en optimiser le coût. « Nous amenons à nos partenaires notre expertise de l’hydrogène dans une logique d’innovation ouverte,  comme avec les constructeurs par exemple », précise Benoît Potier. 

L’exemple suivant concerne la santé, une autre activité importante chez Air Liquide, qui cherche à concevoir de nouvelles offres pour la santé à domicile. « Comment favoriser une amélioration de la qualité des soins tout en contenant les coûts de santé ? », c’est la question sur laquelle nous planchons a signifié l’experte intervenante. L’idée est donc d’utiliser l’intelligence artificielle et l’analyse des données pour optimiser le parcours de soins des patients à domicile ou en hôpital.  

Une percée renforcée dans la télémédecine 

Le patient « Chronic Care Connect » est un programme lancé en expérimentation sur plusieurs années en France et en Espagne… Selon le protocole de suivi médical défini par le praticien, le patient utilise un ou plusieurs dispositifs de mesure connectés (tensiomètre, balance, oxymètre de pouls, glucomètre…)… tous reliés à une tablette numérique qui lui permet d’accéder à son suivi. Le télé-suivi, comme l’accompagnement thérapeutique, sont réalisés par des infirmiers employés d’Air Liquide réunis dans un « centre de soins infirmiers certifié », situé dans ce centre de Jouy-en-Josas (Yvelines). Ces derniers peuvent orienter les patients vers leur médecin traitant, voire vers l’hôpital si besoin. Ce type de programme de télésurveillance concerne aussi bien l’insuffisance cardiaque que l’insuffisance respiratoire ou le diabète… 

Pour favoriser le travail collaboratif, Air Liquide a déployé Google/Kite dans toutes ses entités

La visite continuera par la présentation du programme EnScribe Memory Going 3D, qui vise à créer des puces plus petites, plus performantes et moins énergivores… Air Liquide travaille donc au design et à l’architecture dans la matière de nouvelles molécules gazeuses capables de baisser de 90 % les émissions de CO² dans l’industrie électronique dont les besoins en puces spécifiques ne cessent de croître. « On est là à l’échelle de la nanotechnologie », a rappelé Olivier Letessier. 

Enfin, le groupe a présenté ses travaux sur la diversification de ses sources de captage du CO², que ce soit à partir des fumées ou de l’air directement sur les usines de ses clients (que ce soit dans les papeteries, les usines de traitement de l’eau, les producteurs de boissons gazeuses…). Dans les deux cas, le groupe teste des pilotes commerciaux avec des start-up (Global Thermostat, Carbon Engineering…), en Suisse, aux Etats-Unis et au Canada. Ce principe de l’économie circulaire - fournir le CO² directement sur site - tend à se développer, a insisté Benoît Potier. Le fait de qualifier les technologies de ces start-up et de bâtir ensemble des solutions pérennes et certifiées nous fait gagner du temps, entre 3 et 5 ans dans ce cas. » 

L’inauguration de ce centre marque la fin d’un programme d’investissements du groupe en France. Au total,  100 millions d’euros ont été injectés sur trois sites, dont 50 % pour ce campus. Prochainement, d’autres annonces seront faites sur Francfort (Allemagne) et Grenoble. « In fine, en dix ans, nous aurons rénové toutes nos installations de recherche  », conclut Benoît Potier.

Air Liquide

Deux volets dans l’innovation ouverte du groupe 

  • Les « Labs » se composent d’équipes tournées vers le monde extérieur, réunies autour de 4 grandes thématiques : les nouveaux usages et les nouveaux modes de consommation (i-Lab) ; la transformation numérique (la Factory) ; la Science des Petites Molécules Essentielles (m-Lab) et la science des données et de la décision (d2Lab/50 personnes).  
  • Les « Campus de l’Innovation » intègrent la R&D et favorisent le décloisonnement et l’ouverture de la recherche ;(nouvelles compétences, nouvelles méthodes de travail collaboratives). 

 Chiffres Clés de l’innovation 

  • 3 800 collaborateurs répartis sur cinq campus dans le monde, dont 600 chercheurs de 40 nationalités (Etats-Unis/Delaware, Asie/Shanghai et Tokyo, Europe/Paris et Francfort).  
  • Près de 300 millions d’euros par an de dépenses, dont les deux tiers réalisés en France 
  • 300 brevets par an déposés (11000 au total dans le portefeuille) 
  • Plus de 200 partenariats scientifiques et industriels 
  • 100 start-up dans le monde travaillent avec Air Liquide 

Créé en 1902, Air Liquide est le leader mondial des gaz, technologies et services pour l’industrie et la santé. Présent dans 80 pays avec environ 65 000 collaborateurs, le groupe sert plus de 3,5 millions de clients et de patients. Son chiffre d’affaires s’est élevé à 20,3 milliards d’euros en 2017. 


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