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Michel Morvan (The CoSMo Company) : « L’intelligence ne doit pas seulement être artificielle, elle doit être augmentée »

Michel Morvan, fondateur de CoSMo, mise sur une intelligence augmentée. ©The CoSMo Compagny

Michel Morvan, fondateur de The CoSMo Company, mise sur une intelligence augmentée. ©The CoSMo Compagny

Pour Michel Morvan, président de la société de modélisation et de simulation de systèmes complexes The CoSMo Company, il est nécessaire d’aller plus loin que l’intelligence artificielle.

Mathématicien, ancien professeur à l’école normale supérieure de Lyon et directeur scientifique à Veolia Environnement de 2009 à 2013, Michel Morvan travaille depuis vingt ans sur la modélisation de systèmes complexes. Il a fondé sa start-up CoSMo en 2010 à Lyon avec Hugues de Bantel et Éric Boix. Sa société édite des logiciels de modélisations de systèmes complexes pour faciliter la prise de décisions d’acteurs industriels. Elle est lauréate du top 100 du prix Red Herring 2017 qui récompense les entreprises technologiques les plus prometteuses d’Europe. Aujourd’hui installé à San Francisco, Michel Morvan travaille avec des entreprises comme RTE, Veolia ou Alstom. 

Alliancy. L’intelligence artificielle explose dans différents domaines. Qu’en pensez-vous ?

Michel Morvan. L’intelligence artificielle (IA) est fantastique, elle permet de faire plein de choses dans la médecine, les transports, le jeu. Il y a aujourd’hui un buzz autour de ces questions. Mais les gens en attendent trop. Ils ont créé un fantasme autour de ce nom et développent une littérature sur ce thème. Au final, ils vont être déçus.

Pour quelles raisons seraient-ils déçus ?

Michel Morvan. L’IA a pour objectif de mimer notre cerveau. Elle travaille plus vite, avec plus de données, mais elle ne fait pas plus que nous et elle a des limites : si un fait ne s’est jamais passé auparavant, elle ne va pas pouvoir l’analyser. Elle fonctionne comme une boîte noire. C’est comme être dans une voiture sans phares la nuit : on voit tout ce qui se passe dans le rétroviseur mais on ne voit pas la route devant à 100 mètres. Les entreprises pensent que l’IA va les aider dans les decision management. Si elles se contentent des données que l’IA va analyser, elles ne vont gratter que la surface des choses.

L’IA est-elle plus avancée dans certains domaines ?

Michel Morvan. Les chercheurs travaillent sur l’IA depuis les années 80. Ils ont identifié les deux fonctions du cerveau – la reconnaissance et le raisonnement – et ont essayé de les inculquer à l’IA. Ils ont connu pas mal d’échecs jusqu’en 2000. A ce moment-là, tous les échangent ont été numérisés, les données ont été disponibles massivement. Les algorithmes de reconnaissance fonctionnant comme nos réseaux de neurones ont alors été capables d’apprendre. Parallèlement à cela, la puissance de calcul du cloud qui manquait est arrivée. On a ainsi pu amener la machine à faire ce que font les humains en matière de reconnaissance (visage, langage, langues, etc.). 95% des projets que l’on entend concerne la reconnaissance. Par exemple, AlfaGo, le logiciel qui a battu le champion, a appris des millions de parties. Il a donc su reconnaître les bonnes situations à jouer mais il ne sait pas pourquoi. C’est une machine qui joue aussi bien qu’un excellent joueur. L’IA n’est pas une nouvelle technologie, elle est mature depuis vingt ans. Mais ces progrès ne sont que la partie immergée de l’iceberg car toutes les choses difficiles sont celles que le cerveau n’arrive pas à gérer.

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Comment améliorer l’intelligence artificielle ?

Michel Morvan. L’intelligence ne doit pas seulement être artificielle, elle doit être augmentée d’outils. A CoSMo Company, on est donc partisan d’une « intelligence augmentée ». Pour moi, il faut un couplage entre l’IA, qui aura demain encore davantage de capacités, et de nouveaux outils. Je n’ai aucun doute sur le fait que la solution est la modélisation. 

C’est l’objectif que s’est fixée The CoSMo Company ?

Michel Morvan. Oui, nous voulons aller au-delà de l’IA. Nous élaborons des outils complexes où les dynamiques s’entremêlent pour pouvoir envisager tout ce qui peut se passer. The CoSMo Company apporte les possibilités de tester des intuitions en décrivant la réalité d’un système, en la modélisant et en simulant un scénario. Nous avons travaillé sur le moyen d’administrer les vaccins en période de pandémie ou comment procéder en cas d’attaque terroriste sur le réseau d’eau.

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Avez-vous un exemple montrant comment aller plus loin que l’IA ?

Michel Morvan. En ce moment, on parle beaucoup du véhicule autonome. C’est un calculateur résultat de l’IA et c’est une belle réussite. Il agit comme un humain, détecte les obstacles autour de lui grâce à la reconnaissance et selon les tests, il est responsable de beaucoup moins d’accidents que nous. Partant de ce constat, il est évident que demain, il y aura de plus en plus de véhicules autonomes. Leur expansion implique une transformation énorme des villes. Il n’y aurait plus d’embouteillage, les routes n’auraient plus besoin d’être aussi larges, le taux d’utilisation serait supérieur au 5% actuel tout en diminuant la pollution et modifiant les prix du foncier. Ces modifications majeures ne peuvent pas être prédites par l’IA.

L’IA fait craindre une disparition des emplois dans le monde industriel. Qu’en pensez-vous ?

Michel Morvan. Concernant les emplois, je ne pense pas que l’IA puisse nous remplacer. Le concepteur connaît son domaine, il développe des idées, il a des intuitions. Les entreprises auront toujours besoin de son expertise. On va avoir besoin d’experts pour vérifier que les tâches de l’IA soient cohérentes. Le rôle de l’humain va donc être de plus en plus important.

Consultez également Alliancy n°17  » Où en est l’IA dans l’entreprise » à commander sur le site.


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