Une chronique de Thierry Adenis, DSI

Thierry Adenis considère que le système d’information est un des leviers de performance de l’entreprise. Véritable partenaire des opérationnels, il considère que la technologie n’est qu’un moyen, et que le DSI moderne se doit d’être un visionnaire, un communiquant, un gestionnaire, un innovateur et un pilote de la transformation digitale ainsi qu’un accompagnateur au quotidien de l’usage technologique. Ses diverses expériences lui confèrent une large vision sur les enjeux modernes d’une DSI.

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Le DSI et le syndrome du Numericus Deus

Mercredi 20h. Sur le chemin du retour.

La lumière orangée du soleil couchant a cette couleur particulière du printemps qui s’en va et de l’été qui n’est pas tout à fait arrivé. Epuisé et satisfait.

Epuisé car je sors de 5 heures de présentation et de riches échanges au Comex. C’est long 5 heures à expliquer, argumenter, exemplifier, contre-argumenter … C’est long mais c’est passionnant.

Le DSI et le syndrome du Numericus Deus

Satisfait car je viens de convertir un COMEX, qui n’avait jamais entendu un DSI et qui considérait cette fonction comme un fournisseur technologique, de l’opportunité de lancer un grand plan de transformation numérique et digital. Satisfait car, sur l’impulsion du Président, l’ensemble du COMEX est monté à bord du bateau.

Mais le DSI doit-il être le seul à porter une telle initiative ?

Au départ du monde numérique était le DSI. Seul, car la technologie était l’apanage des techniciens. Sa maîtrise était le fruit de formations spécialisées, et sa complexité rebutait les non-initiés. Et il faut bien reconnaître que cela arrangeait tout le monde. Le DSI et son équipe avaient donc totale liberté pour définir et gérer l’informatique de l’entreprise selon leur bon vouloir.

Au fur et à mesure de la numérisation des processus Business, vint la Donnée. La prise de conscience de la maitrise de celle-ci et de sa valorisation sont très vite apparues. Les utilisateurs ont donc été dans l’obligation de monter à bord de ce qui allait devenir le système d’information. Puis apparu le Digital et le Client. Ce qui a induit l’importance de la prise en compte de l’Usage, et donc l’impérieuse nécessité pour le Business de devenir un acteur de la transformation digitale. La passivité du Business vis à vis de la technologie n’était plus de mise, d’autant plus qu’il était, à titre personnel, un usager de nombreuses applications via son smartphone.

Des directions type de l’entreprise, je pense que la DSI est surement l’une des seules dont la stratégie est la plus liée à la vision personnelle de son directeur. Ce qui fait qu’il y a autant d’Esprits Numériques que de DSI.

De la Technologie au Business, des Serveurs aux Smartphones, des Projets au Run, du MCO à la Stratégie, du cycle en V aux méthodes Agiles, de l’Utilisateur au Client, du Serveur in situ au Cloud public : les combinatoires de positionnement, de vision et de stratégie pour le DSI frisent l’infini.

Mais, trop souvent, les DSI se trouvent seuls aux commandes du Paquebot Numérique. Voulu ou subi. D’autant plus vrai dans les ETI que le DSI est souvent un « directeur informatique », passionné de technologies et considérant que son métier est plus axé sur le déploiement et la maintenance d’une infrastructure technique, et le déploiement d’applications.

CARNET D’EXPÉRIENCES ALLIANCY – DSI STRATÈGES ET INFRASTRUCTURES

Cette image de technicien colle à la peau d’un grand nombre de DSI, et dont il est très difficile de se détacher. Je me rappelle l’histoire d’un DSI du CAC40 qui suivait un cursus à l’INSEAD. Lors d’un cours, l’intervenant n’arrivait pas à configurer le vidéoprojecteur. Réflexe immédiat de cette personne « Notre ami DSI va vite nous résoudre ce problème ». On n’échappe pas facilement aux stéréotypes ….

Son positionnement au milieu de l’ensemble des directions opérationnelles, sa maitrise des grands processus de l’entreprise, son écosystème technologique externe, sa double culture technologique et fonctionnelle posent, de fait, le DSI comme leader légitime de la transformation numérique et digitale de l’entreprise. Mais ce serait une erreur de penser qu’il doit en être le seul détenteur. Il ne doit pas ériger son poste en trône du Numericus Deus. Il doit au contraire devenir l’évangéliste digital de l’entreprise et aller chercher un à un l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise.

Je parle bien de l’ensemble des collaborateurs car la transformation Digitale est un projet d’entreprise où chaque direction, chaque collaborateur doit s’approprier ce sujet et en devenir un acteur.

Acculturer, Informer, Former, tel doit être le quotidien du DSI moderne.

Bien que le « Marketing de la DSI » soit une notion apparue il y a plusieurs années, elle peine à devenir une réalité opérationnelle dans nombre de Directions SI. Le DSI et son équipe ne sont pas nativement des communicants.

Il convient donc de mettre en place une réelle gestion du changement auprès des collaborateurs de la DSI sur ce sujet devenu crucial pour que chacun ait conscience qu’il doit travailler au quotidien une plus grande proximité avec les directions opérationnelles, savoir écouter, savoir expliquer, maîtriser la stratégie du SI pour la décliner à chaque occasion. Bref, occuper le terrain pour profiter de chaque opportunité avec les opérationnels pour prêcher la bonne parole.

Ce sera long, ce ne sera pas simple, mais c’est le seul chemin pour inculquer le numérique dans le quotidien de l’entreprise, et influencer positivement la culture de l’entreprise.

La Transformation Digitale est une affaire trop sérieuse pour la confier au seul DSI. Alors, membres du COMEX, femmes et hommes de l’Opérationnel, il est de votre devoir d’aider votre DSI dans sa lourde tâche quotidienne, car ses succès et ses échecs pour bâtir l’avenir numérique de votre entreprise seront, par impact direct, aussi les vôtres.

 


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