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Smart city : la voie pour réinvestir la ville
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Hervé Le Bouc, PDG de Colas « Nous comptons avoir la maîtrise de notre ubérisation »

Les travaux publics souffriraient-ils d’une image traditionnelle qui ne correspond plus à la réalité ? Le groupe Colas, leader mondial de la construction de routes, montre ici que l’innovation irrigue tous ses métiers et domaines d’activité, intégrant les technologies les plus avancées du numérique. A commencer par la toute nouvelle « route solaire », procédé avec lequel Colas entre de plain-pied dans l’écosystème de la smart city.

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Hervé le Bouc, PDG de Colas, ©

Alliancy, le mag. Colas a dévoilé le revêtement routier photovoltaïque Wattway. Où en êtes-vous du lancement ? Où en êtes-vous du lancement commercial ?

Hervé Le Bouc. Avant de nous lancer dans la commercialisation de Wattway, nous procédons actuellement à une évaluation de ses usages sur des sites pilotes. Plusieurs chantiers d’application ont déjà été réalisés afin de tester en grandeur réelle les fonctionnalités et les potentialités énergétiques et économiques de ce procédé, dans des conditions routières, climatiques et réglementaires variées.

Le premier, dédié au rechargement de véhicules électriques, a pris place sur le parking d’un complexe sportif et culturel à La Roche-sur-Yon, en Vendée. Nous allons bientôt expérimenter un autre usage en Normandie, avec l’installation d’un kilomètre de dalles Wattway sur la chaussée de la RD5, dans l’Orne. Là, l’énergie produite sera réinjectée dans le réseau électrique. Dans les mois à venir, d’autres sites seront équipés, en France et à l’international, comme aux Etats-Unis très prochainement. A partir de ces retours d’expérience, nous retiendrons les usages les plus pertinents et déterminerons une gamme de solutions Wattway standardisées.

Quels premiers débouchés y voyez-vous ?

Hervé Le Bouc. Nos marchés tests concernent l’éclairage public, le rechargement de véhicules électriques, les aires extérieures de bâtiments pour l’obtention d’une labellisation « énergie positive », l’approvisionnement de zones ou de bâtiments isolés, par exemple sur des aires d’autoroute ou des zones Natura 2000…

Et à plus long terme ?

Hervé Le Bouc. A partir du moment où Wattway permet de produire de l’électricité localement, au plus près des lieux de sa consommation, nous avons identifié deux marchés porteurs, avec des applications multiples. D’une part, les zones urbaines et péri-urbaines, où la consommation d’électricité est la plus forte et en croissance. Un kilomètre de chaussée Wattway permet d’éclairer une ville de 5 000 habitants. Et 20 mètres carrés de dalles suffisent, avec 1 000 heures d’ensoleillement par an, à alimenter en électricité, hors chauffage, un foyer moyen en France. D’autre part, Wattway constitue une solution intéressante en zone rurale éloignée d’un réseau électrique existant.

colas innovation board

Quelles ont été les étapes marquantes franchies pour mettre au point cette « route solaire » ?

Hervé Le Bouc. Cette « route solaire » est née d’une réflexion engagée au sein de notre Campus Scientifique et Technique sur les nouvelles fonctions qui pourraient élargir l’usage de la route, au-delà de sa fonction traditionnelle de support de la mobilité. Tournée vers le ciel, la route constitue une surface déjà artificialisée idéale pour déployer des applications énergétiques. D’où l’idée de poser des dalles photovoltaïques sur des infrastructures existantes pour capter le rayonnement solaire. Au départ, le projet paraissait un peu utopique : comment faire rouler des véhicules, y compris des poids lourds, sur des cellules photovoltaïques très fragiles sans les casser et en toute sécurité ? Pour relever ce défi technologique, il a fallu cinq années de R&D en partenariat avec l’Ines, l’Institut National de l’Energie Solaire, incluant la réalisation de plusieurs démonstrateurs successifs pour valider la faisabilité du projet.

Peut-on dire qu’avec Wattway, Colas « entre de plain-pied » dans l’écosystème de la Smart City ?

Hervé Le Bouc. Wattway constitue une solution de production d’énergie propre et renouvelable en circuit court, pour l’alimentation des réseaux, des infrastructures et des bâtiments. Dès lors que la route produit de l’électricité, elle est connectée. Wattway ouvre donc la voie à la route intelligente et à ses différentes composantes que sont la gestion du trafic en temps réel, la conduite automatique des véhicules, la recharge dynamique des véhicules électriques… Bien sûr, Wattway s’inscrit parfaitement dans l’écosystème de la Smart City. Et elle contribue à développer la part du photovoltaïque dans le mix énergétique des villes de demain. C’est notamment à ce titre qu’elle a été distinguée par un trophée Solutions Climat, lors de la COP 21.

Quels sont les domaines dans lesquels le numérique s’impose peu à peu chez Colas ?

Hervé Le Bouc. La transformation numérique s’applique en particulier à nos chantiers. Nous déployons actuellement le processus BIM (Building Information Modeling) dans nos implantations, en France et progressivement à l’international. Cette maquette numérique collaborative permet d’optimiser les projets, tant dans les phases de conception et de préparation du chantier que durant la réalisation, et plus tard la maintenance ou même la démolition. Elle engendre des économies potentielles considérables. D’ores et déjà, de nombreux appels d’offres exigent du BIM. Nous avons remporté plusieurs contrats imposant son utilisation, par exemple pour la réalisation de plateformes logistiques dans le Sud-Ouest de la France.

Route solaire Wattway   © Joachim Bertrand / COLAS

Le groupe Colas a reçu un prix pour sa route solaire Wattway. 2 800 m² de dalles photovoltaïques recouvrent la chaussée de la RD5 dans l’Orne, sur 1 km © Joachim Bertrand / COLAS

Outre ce pilier du « chantier numérique » qu’est le BIM, quelles autres technologiques intégrez-vous ?

Hervé Le Bouc. Nous intégrons progressivement le Scan 3D, qui sert à numériser nos chantiers rapidement et avec une grande précision. Nous en avons notamment fait usage cet été, sur le chantier de réhabilitation de la piste 2 de l’aéroport francilien de Roissy. Il y a ensuite les objets connectés, qui facilitent le pilotage de nos centrales d’enrobés, de nos usines d’émulsion ainsi que la gestion de nos équipements, avec le suivi de la géolocalisation des engins, ou encore leur guidage. Les drones font également partie intégrante du matériel que nous utilisons dans nos activités, que ce soit pour évaluer nos stocks de matériaux dans les carrières, ou pour faire des relevés topographiques dans le cadre de projets routiers et autoroutiers.

La R&D de Colas est-elle concernée par cette transformation numérique ?

Hervé Le Bouc. La route de demain sera connectée, « BIMée » et ubérisée. Notre R&D, bien entendu, s’inscrit dans cette vision prospective. Parmi les sujets technologiques sur lesquels travaillent nos équipes, je citerainles capteurs. Nous avons mis au point des capteursnde détection de véhicules qui aident à gérernl’accès à des sites dédiés, tels que des parkings privésnou des centres-villes limités aux véhicules de livraison et aux riverains. Ces capteurs rendentn possible également une gestion dynamique du stationnement,nbasée par exemple sur une modularité du coût horaire variable en fonction du taux de nremplissage. D’autres types de capteurs existent, comme les capteurs de chaussée, grâce auxquels il est possible de connaître l’état de vieillissement, l’objectif étant de gérer et planifier un programme de travaux de remise en état à court ou moyen terme, en particulier dans le cadre de projets en PPP. Le capteur de glissière de sécurité constitue une autre innovation intéressante. Il permet, en cas de choc d’un véhicule contre une glissière, d’envoyer instantanément toutes les informations nécessaires aux gestionnaires autoroutiers et aux secours. Enfin, dans le domaine ferroviaire, l’éclisse de rail connectée informe en temps réel le gestionnaire de réseau sur l’état de la pièce…

Vous avez mis en place, en 2014, un organe de gouvernance de l’innovation, le « Colas Innovation Board » (CIB), que vous présidez. Comment fonctionne-t-il ?

Hervé Le Bouc. Le CIB a pour mission de piloter et structurer notre démarche d’innovation, mobiliser l’ensemble de nos capacités sur cet enjeu stratégique, accompagner et accélérer la transformation du groupe, et nous faire gagner en agilité. Le CIB est composé de douze membres, six directeurs opérationnels et six directeurs fonctionnels. Nous nous réunissons environ cinq fois par an. Si une idée est bonne, il faut pouvoir la mettre en oeuvre rapidement. De même, si un projet ne mérite pas d’aller plus loin, il faut pouvoir l’arrêter très vite.

Quels sont les grands axes de travail du CIB ?

Hervé Le Bouc. Aujourd’hui, nous avançons sur six thèmes majeurs. Le chantier numérique a déjà été évoqué, la « route solaire » Wattway également. De même pour le sujet « Mobilité & big data », qui a pour objet la création d’offres de produits et de services nouveaux grâce notamment à l’utilisation des données fournies par les capteurs mis en place dans les chaussées. La sécurité sur les chantiers est un autre sujet prioritaire pour Colas, qui a pour objectif le « zéro accident ». Notre partenariat avec Volvo Construction Equipment et l’Ecole polytechnique de Lausanne vise à mettre au point un dispositif connecté qui apporterait une assistance machine augmentée aux conducteurs d’engins pour éviter les risques d’écrasement. Nous avons également lancé, au Royaume-Uni, le premier véhicule de gestion de trafic autonome IPV (Impact Protection Vehicle) sur autoroute, afin d’améliorer la sécurité des opérateurs. Un autre thème du CIB est la route « à moindre coût », afin de proposer des solutions de techniques routières économiques, mais de qualité équivalente, et adaptées au niveau de service exigé par le client. Enfin, nous travaillons sur l’axe « chimie verte ». Il s’agit pour nos équipes de R&D de remplacer, dans la composition des produits, les matières premières non renouvelables par des ressources issues de la chimie biosourcée ou provenant de la filière du recyclage.

Vous venez de lancer le fonds CIB Développement et êtes impliqués au sein de l’incubateur parisien « Ville durable ». Que représentent ces initiatives dans votre transformation ?

Hervé Le Bouc. Nous avons créé effectivement ce fonds d’investissement pour des start-up en phase d’amorçage. Son but est de valoriser des innovations qui viennent compléter nos compétences sur des sujets spécifiques, tout en accélérant le développement développement de nos projets. En échange, les start-up bénéficient du tremplin qu’offre un partenariat avec notre groupe. CIB Développement aide à créer un lien entre le monde numérique, le monde de l’innovation et la « vraie vie » sur le terrain. Pour notre premier investissement, nous avons choisi Anyces, qui apporte une expertise et des solutions complémentaires à notre capteur de détection de véhicules. Ensemble, nous aboutirons à une solution « packagée » complète et innovante pour la gestion des parkings. Via notre fonds, nous avons également pris une participation dans la start-up RB3D, spécialisée dans la robotique collaborative.Au delà des technologies innovantes, nous sommes très attentifs aux nouvelles méthodologies de travail qui aident à bousculer un peu nos fonctionnements traditionnels. Nous sommes ainsi entrés en tant que membre fondateur dans l’incubateur de Paris&Co pour mieux appréhender le mode de fonctionnement des start-up.

« Une mission digitalisation sera lancée prochainement par la DRH. »

Et en interne, comment accompagnez-vous vos salariés vers le digital ?

Hervé Le Bouc. Dans la cinquantaine de projets de transformation digitale portés actuellement par le CIB, quatre concernent les ressources humaines. L’objectif est d’accompagner la transformation des métiers. Nous devons progressivement adapter nos organisations, nos processus et nos modes de travail à cette nouvelle donne. Une « mission digitalisation » sera lancée prochainement par la direction des ressources humaines afin de mieux évaluer les besoins en compétences dans nos métiers ; identifier les formations au numérique à mettre en place pour le plus grand nombre de collaborateurs ; et accompagner ces derniers.

Auriez-vous un exemple à citer ?

Hervé Le Bouc. Dans le cadre du déploiement du processus BIM dans nos implantations, nous avons mis en place des formations sous forme de COOCs (Corporate Open Online Courses), adaptés à notre entreprise. Avec l’avènement du numérique apparaissent de nouveaux métiers, comme le BIM manager, et de nouveaux moyens de formation efficaces et rapides tels que les MOOCs (Massiv Open Online Courses) ou les serious games.

Par votre position de leader mondial, pensez-vous être à l’abri de ce que l’on appelle aujourd’hui « l’ubérisation » ?

Hervé Le Bouc. Dans un contexte où les développements technologiques et les nouveaux usages révolutionnent les modèles existants, Colas n’est pas plus à l’abri de « l’ubérisation » que n’importe quel autre groupe. Mais nous comptons avoir la maîtrise de notre « ubérisation ». Les infrastructures de transport devenant des outils au service de la mobilité intelligente, nous devons être un acteur majeur de cette smart mobility. « Ubérisonsnous » nous-même avant de l’être par de nouveaux opérateurs de mobilité.

C’est-à-dire ?

Hervé Le Bouc. En nous appuyant sur notre capacité d’innovation orientée vers la mobilité durable et la mobilité intelligente, nous devenons partie prenante de cette révolution. Ainsi, Colas trace la route du futur, une route intelligente et à énergie positive, et développe des solutions globales de « smart mobility », basées sur les systèmes de transport intelligent (ITS). En témoigne notre participation dans le projet Lyon Living Lab, dans le cadre de l’appel à projet lancé par l’Institut de la ville durable (IVD), ainsi que dans le projet So Mobility, en partenariat avec la ville d’Issy-les-Moulineaux. Ce consortium a récemment remporté l’appel à solutions innovantes du Grand Paris Express pour améliorer la circulation autour des sites de travaux. Faciliter les déplacements, décongestionner les centres urbains, optimiser et mutualiser les stationnements, gérer les accès font partie des défis de la mobilité de demain. Contribuer à la production d’énergie propre et renouvelable, grâce à Wattway, constitue un atout supplémentaire dans la construction de la smart city. Cette nouvelle gestion des flux de mobilité et des flux d’énergie doit permettre à Colas de « s’ubériser » de façon positive.

Le groupe Colas

  • Acteur majeur de la construction et de l’entretien des infrastructures de transport dans le monde.
  • Filiale de Bouygues.
  • 57 000 personnes dans 50 pays.
  • 11,96 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2015.
  • Ingénieur de l’École spéciale des travaux publics (ESTP), Hervé Le Bouc, 64 ans, est PDG de Colas depuis octobre 2007.

Cet article est extrait du magazine Alliancy n°16 « Quelle gouvernance pour le numérique » à commander sur le site.

Consultez le sommaire du magazine n°16  :

alliancy 16


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