RH : trois tendances qui enjambent l’année

Quels sujets ont pris de l’importance en 2022 et méritent toute votre attention en 2023 ? Voici notre podium – très sélectif. On vous a épargné « l’avenir sera flexible » et « vos collaborateurs veulent plus de sens ».

Talents : le salaire reste le nerf de la guerre

RH trois tendances qui enjambent l’année

La moitié des 300 dirigeants français interrogés par Robert Half fin 2022 estiment qu’il est plus difficile de trouver les bons talents qu’il y a un an et 74% sont inquiets quant à leur capacité à les attirer. La proposition salariale peut toutefois faire la différence puisque le salaire reste le critère numéro 1 pour 71 % des candidats, à condition de pouvoir suivre les « enchères ».

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Le Guide des Salaires Robert Half 2023 constate une tension des rémunérations à la hausse sur l’ensemble des fonctions analysées. Pour plus de la moitié des salariés (55%), l’inflation apparaît comme le critère numéro 1 pour demander une augmentation de salaire. Et les contre-offres sont en augmentation depuis un an : 36% des employeurs estiment avoir dû faire davantage de contre-offres pour retenir un salarié au cours des 12 derniers mois que l’année précédente.

38% estiment qu’il vaut mieux faire une contre-offre que d’avoir à recruter un nouvel employé… 31 % pensent que ces contre-offres sont nécessaires au regard de la pénurie de candidats. Cette concurrence sur les salaires fait naître des inquiétudes : 39% des dirigeants craignent de ne pouvoir offrir une rémunération compétitive pour attirer les meilleurs talents.

Dans la même veine, une enquête HelloWork menée en novembre dernier auprès de 2 000 répondants (candidats et recruteurs) souligne que près de 9 salariés sur 10 (88%) envisagent de chercher un emploi ailleurs si leur augmentation est refusée ou inférieure à leurs attentes. Près d’un sur deux estime avoir mal négocié son salaire à sa plus récente prise de poste.

Seuls 16% des salariés estiment être bien payés et 50% être en dessous des prix du marché. Le pourcentage médian d’augmentation demandé par les salariés s’élève à 6% quand celui envisagé côté entreprises … plafonne à 3%.

Managers : formez-les !

Le manager, indispensable courroie de transmission de l’entreprise, reste au centre de toutes les attentions. Encouragé ici à promouvoir l’autonomie, là à personnaliser son management en fonction de chaque salarié, il voit son métier changer et il a besoin d’être formé : à la prise de poste, comme le fait désormais systématiquement Enedis, mais aussi à intervalles réguliers au rythme des transformations de l’entreprise et pour prévenir les crises.

Le manager s’appuie de plus en plus sur les outils numériques : l’équipe d’Axys Consultants a interrogé plus de 220 managers « augmentés » [https://www.axys-consultants.com/blog/blog/digitalisation-ia-et-nouvelles-technologies-quels-impacts-sur-la-fonction-manageriale] pour comprendre comment le numérique et l’IA modifient leur façon de travailler.

Parmi les résultats, on apprend que :

  • Les outils de collecte et d’analyse de données sont en très forte progression (59% vs 40% en 2021) ainsi que les solutions pour automatiser les tâches managériales (47 % versus 22%) : recrutement, reporting, gestion des temps, compte-rendu…. Les outils de micro-learning, fast learning, gamification sont utilisés par près d’un tiers des managers (31%) (question non posée en 2021).Les solutions de reconnaissance des émotions à partir du texte ou de la voix, bien qu’encore peu usitées, sont deux fois plus employées par les managers en 2022 (10% versus 5%en 2021).

  • Parmi les caractéristiques du manager augmenté, « la capacité а faire le tri face а l’infobésité» fait une percée spectaculaire : 21% versus 9% en 2021).

  • Près des ¾ des managers estiment que l’avenir de leur fonction sera plus humain que technologique (74 %). « Cette vision d’un management misant de plus en plus sur l’humain est en très forte augmentation par rapport à 2021. A l’époque, les sondés qui répondaient que le management de demain serait plus humain, étaient quasiment autant que ceux qui pensaient qu’il serait plus technologique. »

  • Parmi les freins au déploiement, le premier handicap reste l’insuffisance de la formation/acculturation des managers à ces outils, d’autant que ce constat a plus que doublé en passant à 73 % (versus 33%). Le deuxième est le coût, cité par 55% des managers, contre seulement 11% en 2021. La deuxième place était occupée l’an dernier par la crainte de ne pas pouvoir expliquer les résultats (effet « black box ») des solutions comme l’IA. Si tous les freins sont ressentis d’une manière plus exacerbée, le seul qui échappe à cette règle est la crainte d’être remplacée par un robot qui est 2 fois moins prégnante (10 % versus 20 % en 2021).

DRH : à vous de jouer sur la cyber

Oui, la Cybersécurité est un sujet RH, comme nous l’évoquions ici. C’est même un sujet prioritaire au regard des risques encourus. Le Global Data Protection Index 2022 de Dell Technologies indique que 86 % des entreprises mondiales ont été touchées au cours des douze derniers mois par des cyberattaques et pertes de données. Le coût total estimé de la perte de données a dépassé le million de dollars en moyenne par entreprise. 70% conviennent que leur organisation est davantage exposée en raison du télétravail généralisé.

Le DRH a plusieurs tâches à mener de front : recrutements de profils spécialisés en cyber-sécurité, voire en cyber-résilience, sensibilisation de l’ensemble des collaborateurs, devoir d’exemplarité quant à la gestion de ses propres données RH… et appui du DPO.

En effet, une étude du ministère du Travail réalisée par l’Afpa, avec le soutien de la Cnil, de l’AFCDP et de l’ISEP, pointe d’importants besoins de formation dans le métier de DPO : « 75% des 1 800 répondants ont exprimé de fortes attentes, quels que soient leur ancienneté, leur domaine d’expertise d’origine ou le mode d’exercice de la fonction (interne, mutualisé, externe). »

Le premier résultat de l’étude fait apparaître un fort déficit en formation : 33% des DPO n’en ont reçu aucune et 24% ont bénéficié d’une formation limitée à 1 ou 2 jours.  À ce constat, s’ajoute le nouveau profil des DPO – issus à 47% de domaines extérieurs au juridique et informatique – et exerçant parfois la fonction à temps partiel.

Près d’un tiers des personnes interrogées (31 %) souhaite suivre une formation complète (métier, juridique, informatique et communication- gestion de projet).

Bonus : cinq informations à garder en tête

  1. Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a indiqué en fin d’année vouloir assortir la mise en place de l’index professionnel de l’emploi des seniors d’une éventuelle pénalité pour les entreprises de plus de 50 salariés qui refuseraient de le communiquer. Cet index, qui s’apparente à l’index d’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, a été proposé par l’Association nationale des DRH.

  2. 37 % des Français sont concernés par le « quiet quitting » et 45% font « juste ce qu’il faut » au travail (source : enquête Ifop pour Les Makers, 2000 répondants)

  3. Le recours aux bilans de compétences explose : 85 000 demandes de financement de bilan de compétences validées en 2021 par le biais du CPF, contre 50 000 en 2020 et 33 000 en 2019). Une tendance confirmée en 2022 avec une augmentation de 63,5% sur un an (100 000 demandes validées en 2022). Source : Même Pas Cap!

  4. Explosion de la bulle : entre levées de fonds, recrutements à tours de bras et licenciements de masse, la Tech donne parfois l’impression d’avoir perdu la boussole. Il sera intéressant de chiffre le nombre réel de créations d’emplois, lissées sur plusieurs années, pour se détacher des réactions à chaud. En attendant, certains mouvements naissent pour mettre fin à l’effet paillettes ; c’est le cas par exemple du club Bootstrap qui vient de fêter ses un an et célèbre les entrepreneurs convaincus que les licornes peuvent être libres, rentables et durables : « parce que les levées de fonds, c’est comme les antibiotiques, c’est pas automatique. »

  5. Selon Dell Technologies, 58% des décideurs français estiment que la non-adhésion des employés à un projet de transformation numérique peut conduire à son échec.

Dernier conseil et c’est de saison : si vous vous apprêtez à formuler vos vœux à vos équipes, choisissez bien le canal. Selon une enquête Whistcom – Opinion Way, pour 75% des salariés un message oral a plus de poids qu’un message écrit venant de leur dirigeant.


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