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Acculturation et formation essentielles au passage à l’échelle sur la Data

En matière de données, le principal enjeu des organisations est le passage à l’échelle des projets. Pour y parvenir, des entreprises comme AXA, BPCE et Société Générale mettent en œuvre des programmes de formation et d’acculturation visant l’ensemble des collaborateurs.

Acculturation et formation essentielles au passage à l’échelle sur la Data.

Acculturation et formation essentielles au passage à l’échelle sur la Data.

Se transformer en entreprise « data driven » ne se décrète pas ! Plateformes techniques, outils et experts de la data ne suffisent pas non plus… La transformation doit englober l’ensemble des collaborateurs, dont la sensibilité à la donnée varie fortement d’un métier à l’autre. Tout l’enjeu consiste donc à définir la bonne approche afin d’acculturer le plus largement possible.

Le développement d’une culture de la donnée constitue donc en un projet à part entière. Et plusieurs grandes entreprises, notamment dans les secteurs de la banque et de l’assurance, mènent des actions pour faire émerger cette culture. Leur objectif : « changer les habitudes », et cela à tous les échelons de l’organisation.

Une Data Academy et des diplômes pour les experts de BPCE

Cela passe en particulier par la démocratisation de la Data et la facilitation des usages et de l’accès aux données. Et attention dans le cadre de cette démarche à ne pas se focaliser uniquement sur les experts. « Il faut énormément écouter ce que les experts ont à nous dire, mais surtout ce que les métiers attendent », souligne Ludovic Favarette, directeur démocratisation et support Data pour BPCE.

À lire aussi : « Yves Tyrode (BPCE) : « Le digital joue un rôle complémentaire à celui du conseiller »

Pour autant, les actions d’acculturation et de formation du groupe portent bien sur ces deux grandes catégories de population. Les experts ne représentent ainsi que 2 % des salariés visés. Pour ces derniers, BPCE a créé une Data Academy, qui dispense des cycles de formation (cinq à ce jour), à la fois diplômantes et certifiantes.

La première formation à voir le jour s’adressait au Chief Data Officers locaux. Pour délivrer cette formation de 16 jours, la banque s’est associée à l’école Polytechnique. Elle a par ailleurs développé des formations pour d’autres profils que sont les acteurs business, l’IT, les data scientists et les dirigeants.

Nathalie Pasquin, en charge de la transformation chez AXA, rappelle qu’il est essentiel de « personnaliser la formation en fonction des familles professionnelles, mais aussi des niveaux hiérarchiques. »

A la Société Générale, le conseil d’administration a ainsi déjà suivi quatre formations sur l’intelligence artificielle, portant notamment sur les usages, la valeur, l’éthique ou le cadre réglementaire. La banque a même conçu un programme sur-mesure pour les dirigeants. Pour être concret et donc compréhensible, ce programme s’appuie en particulier sur les cas d’usage. Il fait en outre appel à la formation en ligne au travers de Moocs.

Société Générale initie les dirigeants à l’IA avec le reverse mentoring

Avec le reverse mentoring, la Société Générale met également en relation, pendant des sessions de deux heures, dirigeants et data scientists du groupe. Acculturation et formation ne restent néanmoins qu’une étape. « Il est essentiel d’être dans l’action car rien ne vaut la pratique. Nous avons donc demandé à chacun de nos dirigeants de sponsoriser un cas d’usage », déclare Julien Molez, innovation Data et AI leader.

Mais après les experts Data et les dirigeants, restent donc à acculturer les 98% de collaborateurs restants. Les profils sont très divers, comme leurs besoins. BPCE a donc procédé à un panorama des besoins par types de population afin de construire un « diagnostic et un méga plan d’acculturation. » Et à chaque entité locale de se l’approprier sur la base de son propre diagnostic.

Julien Molez insiste en effet sur la « bonne articulation à trouver entre le local et le central. Chaque entité a une culture spécifique et des problématiques qui lui sont propres. L’enjeu, c’est une impulsion centrale et une démultiplication locale. » Pour acculturer ces populations, BPCE s’appuie sur une équipe interne dédiée, « une usine à production de contenus ».

« Vidéos, podcasts, jeux, dictionnaire de la Data… sont autant de contenus mis à disposition de nos relais locaux », détaille Ludovic Favarette. Ces contenus pédagogiques contribuent à l’acculturation des collaborateurs du groupe. Mais ce dernier s’appuie également sur des communautés internes, des « cercles d’influence », dont ceux des « data managers » et des « data owners ».

« Ces cercles de diffusion nous permettent d’avoir un effet d’entrainement auprès des 105 000 collaborateurs », déclare le maître d’œuvre de la démocratisation Data au sein du groupe. Il reconnaît néanmoins que l’acculturation reste « extrêmement compliquée. Nous nous sommes cassés les dents à plusieurs reprises sur ces sujets. »

Acculturer pour faire progresser la qualité des données

Pour relever ce défi, Ludovic Favarette insiste sur la nécessité d’embarquer les dirigeants, de les acculturer, de les former, et de leur prouver la création de valeur permise par la Data. Mais il faut aussi identifier les bons moments pour transmettre les messages de sensibilisation. Il pourra s’agir par exemple du déploiement d’un projet ou de l’intégration d’une nouvelle fonctionnalité dans une application.

Et cette approche pourra également être mise à contribution pour communiquer sur un point capital de ces projets : la qualité des données, « sur le sommet de la pile depuis très longtemps déjà. » À la Société Générale, sécurité et régulation des données sont généralement abordées au travers de formations obligatoires.

Julien Molez parle alors de « comportement attendus des collaborateurs. Mais il y a aussi des comportements souhaités, notamment sur la qualité. Il s’agit de faire comprendre à chacun de nos collaborateurs qu’il a une responsabilité dans la saisie et dans la qualité des données. » Ce sujet figure aussi dans le manifeste d’Axa développant les grands piliers de la vision de l’assureur sur la Data.

Ce document présente la vision stratégique concernant la culture de la donnée de l’entreprise. Il se veut « très concret », et explique ainsi comment optimiser la prise de décision en réunion en réduisant les débats d’opinion grâce à la donnée, ou encore comment mieux la partager et améliorer la qualité de la donnée.

Formation et culture Data au plus près du terrain

Les actions d’acculturation menées chez AXA s’inscrivent dans cette « vision ». Des ajustements sont parfois nécessaires cependant pour tenir compte de problématiques émergentes. La protection des données personnelles, avec le RGPD, en est une. Nathalie Pasquin constate que les collaborateurs ont adopté une posture défensive à l’égard du Règlement.

« Pour prévenir des erreurs, ils partagent moins la donnée, ce qui est antinomique avec l’un des leviers forts de la Data qui est le partage. Nous devons donc procéder à une remise à plat dans le cadre du projet data culture », explique-t-elle.

Mais qu’il soit question de confidentialité des données ou de tout autre sujet lié aux données, il importe de demeurer dans le concret. Les trois experts, qui s’exprimaient lors de la conférence Big Data & AI World, insistent sur la nécessité de coller au plus près des réalités des métiers. « Si on veut être concret et pragmatique, il faut des pairs qui parlent à des pairs », martèle Ludovic Favarette de BPCE. Et cela passe par des « contenus écrits par des personnes qui connaissent le terrain et qui savent en parler dans les mots de ceux qui consomment » la donnée.

Nathalie Pasquin souligne que la Data demeure souvent « un sujet abstrait » pour les métiers. « La diffusion d’une culture Data vient de notre capacité à montrer des histoires concrètes réussies dans l’objectif de réveiller leur curiosité, mais aussi de leur donner envie d’explorer. »

Tous partagent enfin la conclusion de Julien Molez. « Il n’y aura pas d’usages de la data et de l’IA à l’échelle sources de transformations sans impliquer tous les collaborateurs. La culture est absolument clé. Et elle doit être sur tous les sujets, pour tous les collaborateurs, dans des formats variés et adaptés au rythme de chacun. »


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