Chronique de Mounir Chaabane, Conférencier Sécurité et Stratégie IT

Spécialiste de la sécurité informatique et des conformités juridiques sur la protection des systèmes d’information, depuis plus d’une dizaine d’année Mounir exerce en tant que responsable de la sécurité informatique. Témoin des évolutions technologiques et des organisations dans les entreprises, il s’interroge sur la place de la cybersécurité à l’ère de la transformation numérique des modèles business et des usages.

Conférencier en sécurité économique auprès de l’INHESJ, c’est par une approche transversale qu’il tente de rapprocher les regards entre les utilisateurs des technologies du numérique et les professionnels de la cybersécurité. Pour une protection positionnée « entre le clavier et la chaise », les enjeux de chacun ne doivent pas tuer le « Je ».

Mounir prépare actuellement la parution de son premier ouvrage « Digital parano ». Retrouvez dans cette chronique, en avant-première, les extraits des chapitres qui le constitueront.

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[Chronique] Télétravail et chômage partiel, vers un « télé-burnout » ?

Le télétravail régulier peut générer des effets assez perturbants dans notre vie professionnelle, en nous imposant une présence distante dans un collectif. Cumulez-là avec le chômage partiel et cette présence peut devenir chaotique, chacun cherchant sa place et son utilité dans ce collectif. Pour certains c’est la double peine, rester chez soi (s’il vous plait, merci) et subir un chômage partiel. Un des effets insoupçonnés de cette situation c’est le besoin de travailler encore plus. Avec au final, un risque fort de burnout à domicile !

Télétravail et chômage partiel, vers un « télé-burnout » ?Un chômage partiel à géométrie floue

Un temps de chômage complet (à 100%), a le mérite d’être clair, même si certains le vivent comme une sanction ou comme une mise à l’écart du collectif. Mais l’avantage c’est qu’il résout la charge de travail. Le danger vient du chômage partiel à temps variable (10%, 20%, 50%…). La mise en pratique n’est pas évidente, il faut quand même faire le job et beaucoup ne vont pas calculer leurs temps. A moins d’être une machine, la part exacte de chacun dans un processus collectif est quasi impossible à calculer. Il suffit d’un email ou d’un appel téléphonique pour faire voler en éclat cet algorithme et glisser vers le burnout. Même si légalement ce temps est quantifié, pour certains, travailler un jour c’est faire le job d’une semaine, parce que le travail est un collectif humain avant tout et qu’il n’échappe pas aux règles des couts cachés.

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Les Managers vont devoir jouer le jeu

Le confinement rend la tâche difficile pour respecter ce temps de travail. Aussi bien pour l’employeur que pour l’employé. Le droit à la déconnection devient une des clauses les plus pertinentes dans les contrats de travail. Rappelons qu’il s’agit d’une obligation. Le problème c’est que c’est surtout aux employés de mettre en pratique cette clause. Techniquement cela se résume à l’exigence d’éteindre l’ordinateur et le téléphone. Certaines entreprises ont bloquées des plages horaires de connexion mais essentiellement durant la nuit et les week-ends. En semaine, cela serait trop complexe de déverrouiller l’accès au réseau d’entreprise durant la période légale définie pour chaque employé. Le respect de la charge de travail réside donc dans la confiance mutuelle entre employés et employeurs. Charge aux managers de rester vigilants.

Détecter le Burnout à l’aide de l’informatique

A moins de craquer devant sa webcam ou d’insulter tout le monde par mails ou téléphone, les symptômes du burnout seront complexes à détecter pour les managers et les ressources humaines. Mais d’un point de vue informatique c’est plus simple, parce que toute l’activité des employés est tracée et enregistrée dans des journaux d’évènements, les « logs ». Le temps passé sur les applications et les VPNs. A quelle heure un ordinateur est allumé et éteint. La géo-localisation et l’historique de navigation. Pour les mieux équipés, des logiciels de supervision parviennent à retranscrire en vidéo tout ce qui se passe sur un écran en exploitant les traces enregistrées. Tout comme les applications de prise en main à distance pour faire du support et qui permettent d’activer la caméra, le micro et de suivre les déplacements de la souris et la saisie de texte. Presque pas de limite technique et même si vous travaillez offline, toutes les traces seront récupérées à la prochaine connexion. La vraie limite de cette supervision est dans la ressource humaine nécessaire pour exploiter ces informations. Cela nécessiterait une armée de la part des équipes informatique, elles-mêmes en surcharge ou au chômage partiel. Il parait donc peu probable de surveiller tout le monde et en ce moment les entreprises ont franchement d’autres priorités.

Par contre, ces informations seront d’une grande utilité pour l’inspection du travail, notamment pour détecter les abus de chômage partiel. Mais à condition qu’elle possède aussi les moyens nécessaires.

Ce n’est pas le moment de faire un télé-burnout. La médecine du travail est débordée et l’impact social pour les familles confinées ne ferait qu’aggraver la situation. Il est donc essentiel de respecter l’obligation de déconnection. Télétravail et chômage partiel, c’est avant tout respecter sa vie privée.


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