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Jean-Luc Beylat (Systematic) : « Le débat sur la 5G manque cruellement d’une approche systémique »

Jean-Luc Beylat est président de Systematic Paris-Région, un pôle de compétitivité européen autour de la Deeptech qui soutient des projets destinés à la conception et la maîtrise des systèmes complexes. Alliancy l’a interrogé pour parler du livre blanc “5G : Efficacité énergétique & Exposition aux ondes, Les éléments factuels à connaître” que Systematic a publié en juin dernier pour éclaircir le débat sur l’aspect énergétique de la 5G. 

Jean-Luc Beylat, président du pôle de compétitivité Systematic Paris-Région. 

Jean-Luc Beylat, président du pôle de compétitivité Systematic Paris-Région.

Alliancy. Pouvez-vous nous présenter brièvement le pôle Systematic Paris-Region ?

Jean-Luc Beylat. Grâce à Systematic Paris-Region, nous animons un écosystème autour de sujets Deeptech à travers différents hubs comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les infrastructures digitales, les objets connectés, l’optique et la photonique, l’open source ou encore les technologies appliquées à la mobilité, à l’industrie et aux territoires. Nous avons réussi à réunir plus de 500 PME innovantes et des acteurs académiques dans le domaine du logiciel, du numérique et de la recherche. Enfin, nous publions aussi des livres blancs, le dernier concernant notamment le déploiement de la 5G.

Pourquoi avoir choisi de s’emparer de ce sujet ?

Jean-Luc Beylat. Car le débat autour de la 5G est complètement délirant dans son immaturité et il est truffé de fausses nouvelles. 90% des personnes qui parlent de la 5G ne la connaissent pas et la communauté technologique et scientifique a besoin de mieux expliquer les enjeux auprès du grand public. Il faut faire comprendre par exemple que les transformations de l’industrie ou la mobilité passent nécessairement par des investissements sur des infrastructures numériques. Pour façonner l’industrie de demain, il faut l’outiller des meilleurs composants comme la 5G, l’Edge, l’IoT, le cloud “as-a-service”, etc…

Si le débat autour de la 5G est effectivement mal expliqué, c’est en partie dû au fait que les fake news se propagent plus vite que les vraies. Il est nécessaire de rappeler que les infrastructures numériques et les systèmes intelligents sont clés pour l’industrialisation de la France. 

Selon vous, la 5G est-elle une bonne réponse à la crise climatique ?

Jean-Luc Beylat. Nous sommes face à un paradoxe car il faut dépenser plus d’énergie pour analyser les données des capteurs pour espérer réduire l’impact de nos systèmes. La 5G joue donc un rôle fondamental pour le climat car la première chose qu’elle peut nous apporter, c’est justement des économies d’énergie. C’est la base pour comprendre les systèmes intelligents : nous ne pouvons pas optimiser un système sans mesurer son impact et le rendre plus performant. Cela nécessite d’avoir une infrastructure adaptée au volume de capteurs déployés. Ce qui n’est pas le cas de la 4G. La 5G, avec ses couches d’analyse plus fines de la donnée permettra de transformer le cœur de nos réseaux. Et c’est ce qui va ériger l’industrie de demain.

« À l’horizon 2030, il est envisagé de pouvoir améliorer d’un facteur 20 à 100 l’efficacité énergétique des réseaux mobile 5G comparativement à ceux de la 4G. Ces améliorations techniques concernent le réseau d’accès et la radio qui représentent environ 80 % de la consommation électrique aujourd’hui, mais aussi les terminaux et le cœur de réseau. Ainsi, certains constructeurs annoncent pouvoir réduire la consommation des mobiles de moitié. »

Extrait du livre blanc “5G : Efficacité énergétique & Exposition aux ondes, Les éléments factuels à connaître”, Juin 2020.

Ainsi, ces transformations vont directement adresser les problèmes liés au climat en permettant une optimisation énergétique notamment sur le volet mobilité. Ce n’est pas faux de penser que la technologie avance plus vite que les services et que souvent, une fois déployée, nous n’avons pas toujours connaissance des applications possibles. C’était d’ailleurs le cas de l’ADSL dans les années 1990, qui a réellement servi dix ans plus tard, au moment où les usages vidéo ont pris de l’ampleur. 

Nous avons pourtant souvent entendu que des opérateurs chinois avaient coupé des antennes 5G pendant la nuit car elles étaient trop énergivores… 

Jean-Luc Beylat. C’est encore une fois une fausse information trop souvent relayée pour dévaloriser la 5G… alors que l’explication est pourtant simple : ces opérateurs ont simplement utilisé le mode veille permis par la 5G. Par ailleurs, je suis convaincu que la question “la 5G, pour quoi faire ?” n’est pas celle qu’il faut se poser. La technologie est toujours un “enabler” (facilitateur) et c’est d’ailleurs ce qui explique l’avance de la Chine sur la 5G, qui a bien compris ce point.  

À chaque génération de réseau mobile, la consommation en KW a diminué d’un facteur dix presque à chaque fois. Et pour la première fois, avec la 5G, l’optimisation énergétique a été portée aux débuts du projet. Le standard utilisé est ici hyper structurant et ce qui fait que la 5G est nativement deux à trois fois plus performante. Nous pouvons lister un bon nombre de fonctionnalités inscrites dans le design de la 5G qui remplissent cet objectif, comme le Network Load Increase (l’équilibrage de la charge réseau), le Signal Processing (Traitement du signal), le 5G Sleep Mode (le mode de mise en veille de la 5G), l’optimisation des transmetteurs, intégration des antennes… tout ça permet de mieux optimiser la consommation énergétique. Et cette optimisation est intrinsèquement embarquée dans la 5G. 

L’industrie a-t-elle fait une erreur en vantant le potentiel de la 5G dans des projets loin d’être déployés comme la voiture autonome ? 

Jean-Luc Beylat. Je ne parlerais pas vraiment de la voiture autonome, mais plutôt de la voiture connectée. Les capteurs connectés à l’infrastructure 5G permettent de relayer facilement des informations en temps réel sur des accidents par exemple. Ces projets pilotes sont déjà en cours chez les constructeurs automobiles comme Renault ou PSA… et la voiture connectée est attendue d’ici à trois ans.

Pour autant, j’aimerais rappeler que plus de data ne signifie pas forcément plus de consommation. Et la multiplication des capteurs n’a pas d’impact important non plus. Il vaudrait mieux se concentrer sur l’hébergement et les gestionnaires de datacenters s’améliorent fortement sur la réduction de leur impact. De la même manière, l’impact carbone des réseaux et des services sont minimes comparés à celui des terminaux. C’est sur ce volet que nous devons porter une attention particulière et c’est là que le débat sur la sobriété numérique doit être fait. En résumé, ce débat sur la 5G manque cruellement d’approche systémique.

« Si la 5G va utiliser de nouvelles technologies comme le Cloud RAN (nouvelle architecture cloud où les unités de traitement du signal des stations de base sont transférées dans le cloud et non plus centralisées) et le Mobile Edge Computing pour l’hébergement et le traitement de données, des techniques  d’automatisation et d’Intelligence Artificielle sont en cours de développement [8] afin de limiter la consommation des serveurs. »

Extrait du livre blanc “5G : Efficacité énergétique & Exposition aux ondes, Les éléments factuels à connaître”, Juin 2020.

On parle souvent de meilleur débit, d’objets connectés ou encore de faible latence mais on oublie que l’infrastructure derrière doit être agile. Ce qui veut dire que les industries pourront reconfigurer leurs plateformes grâce au cloud, mieux organiser leurs supports informatiques et les communications qui interfèrent entre elles. 

Comment aborder la question de la souveraineté technologique au regard de ces enjeux ? 

Jean-Luc Beylat. Dans le cloud “as-a-service”, nous avons face à nous des mastodontes comme Oracle, Amazon ou bien Google. La maîtrise européenne sur la partie physique et logicielle est fondamentale. Et pour y arriver, il faut fédérer des acteurs et un écosystème robuste. C’est l’objectif de Gaia-X.

À lire aussi : Gaia-X : lancement officiel d’un cloud souverain pour l’Europe

Car le grand enjeu aujourd’hui est de mener à bien cette transformation de l’industrie et des services. Il y a dix ans, nous avions quelques services dans le cloud. Mais il est possible d’affirmer maintenant que le cloud va gérer tous les services de demain. L’enjeu économique de la France et de l’Europe dans les vingt prochaines années sera de recourir au cloud pour déployer des systèmes agiles et performants. Le marché européen du numérique étant complexe, nous nous efforçons de le rendre accessible à tous les entrepreneurs européens.


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