Comment améliorer la relation IT-métier pour construire l’industrie 4.0 ?

>> Cet article est issu du Carnet d’expérience à télécharger « Industrie : comment les DSI créent plus de valeur avec les métiers ? »

Nous décryptons la relation IT-métier pour faire émerger des pistes d’amélioration concrètes. Des réponses co-créées avec un panel de dirigeants IT et métiers.

Dans toutes les entreprises en transformation digitale, la qualité de la relation entre la direction des systèmes d’information (DSI) et le reste de l’organisation, est un facteur primordial de réussite ou d’échec. Ce défi, qui est à la fois organisationnel, culturel, et technique, est d’autant plus aigu pour les acteurs industriels.

Un travail en coconstruction

Alliancy a réuni une sélection de top managers, agents du changement dans leurs organisations respectives, pour coconstruire une synthèse des points clés qui s’imposent aujourd’hui aux industriels qui veulent réussir leur transition vers l’industrie 4.0. Cette synthèse est le fruit d’un travail mené en partenariat avec l’éditeur VMware, et avec le soutien de la Fabrique de l’industrie.

Les contributeurs à cette synthèse :

  • Ahmed Bennour, chief digital transformation and information officer – NAVAL GROUP
  • Joanne Deval, group chief information officer – AIR LIQUIDE
  • Pauline Flament, chief technical officer – MICHELIN
  • Benjamin Godreuil, head of industry 4.0 – ALSTOM
  • Julien Maillard, digital factory group director – HAGER GROUP
  • Jacqueline Tejeda Carnot, directeur informatique France et Moyen-Orient – ROCHE
  • Éric Marin, directeur technique – VMWARE
  • Arnaud Forgiel, senior business solution strategist – VMWARE
  • Sonia Bellit, économiste et cheffe de projet – LA FABRIQUE DE L’INDUSTRIE
  • Dorian Marcellin, rédacteur en chef adjoint – ALLIANCY

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Les entreprises sont aujourd’hui beaucoup plus à l’aise pour parler de la place du digital dans leur transformation qu’il y a quelques années. La maturité est de plus en plus au rendez-vous au sein des comités exécutifs, que ce soit au niveau de l’impact sur les modèles d’affaires, sur la collaboration en interne ou bien encore sur le rapport aux clients et aux prestataires. Toutefois, les organisations peuvent également se laisser distraire par les aspects les plus « glamours » du digital, pour reprendre le terme utilisé par l’un des participants à notre atelier.

A lire aussi : Le numérique responsable monte en puissance au sein des DSI

Or, les enjeux de fond, structurants pour permettre à une entreprise de passer le cap de l’industrie 4.0 avec brio et pas seulement dans les discours, sont souvent plus arides. En ce sens, cette synthèse revient d’abord sur l’urgence d’une réinvention de la coopération entre les équipes informatiques au sens large et le reste de l’entreprise (la « relation IT-métier », telle qu’évoquée par les principaux concernés) ; en particulier face à un changement de contexte récent. Puis, elle met en exergue les chantiers qui paraissent prioritaires pour les mois à venir.

carnet industrie dsi
Pourquoi est-il urgent de réinventer la relation IT-métier dans l’industrie ?

« On ne construit rien dans l’industrie 4.0 sans l’IT. » C’est en substance ce que rappelle un responsable métier interrogé sur l’importance de la qualité de la relation entretenue avec la direction des systèmes d’information dans son entreprise. Mais cette importance du numérique dans tous ses aspects, est aiguillée par plusieurs points que les managers doivent garder en tête aujourd’hui.

1. La « softwarisation » des entreprises remet l’IT au centre.

Quelles que soient leurs activités, les entreprises industrielles ne sont plus aujourd’hui seulement des consommatrices de digital. Elles produisent elles-mêmes de plus en plus de solutions, d’applications, qui s’ouvrent également sur leurs écosystèmes. Cette dynamique se traduit par un nombre de plus en plus important de nouveaux métiers, notamment les développeurs, pour mener les transformations. Par ailleurs, de nombreux éditeurs de logiciels parient sur le fait d’adresser directement leurs solutions en mode software as a service, aux métiers, sans lien avec l’IT. Mais la rapidité de déploiement ainsi gagnée par l’entreprise se heurte aux difficultés de faire passer à l’échelle des projets dont les équipes informatiques ont dès lors une connaissance incomplète ou nulle (le phénomène dit de « shadow IT »). Le risque est alors grand pour l’entreprise de ne pas réussir à cranter les changements et à rester au stade de l’expérimentation plutôt que de parvenir à industrialiser.

2. La cybersécurité n’a jamais été un défi aussi important.

Ce contexte de softwarisation se heurte à une autre tendance majeure, l’explosion de la cybercriminalité sous toutes ses formes. La période pandémique récente a attisé d’autant plus un risque de cyberattaques qui était déjà loin d’être anodin. Or, si les métiers industriels sont en première ligne, c’est aussi parce que leur transformation les rend plus sensibles, alors que systèmes et machines ont été conçus avant tout par et pour des automaticiens et électroniciens, mais qu’ils se retrouvent de plus en plus connectés au monde de l’IT. Sans action concertée entre IT et métiers, l’entreprise laisse la porte ouverte aux menaces.

3. L’opportunité majeure de changer la perception négative de l’IT.

Des remises en question organisationnelles et culturelles déjà engagées au sein des DSI, afin de mettre en œuvre plus d’agilité, de réactivité, de proximité business, ont connu une « ouverture des possibles » avec cette même crise pandémique qui a dopé les cyberattaques. En effet, la crise a non seulement accéléré la volonté des organisations de se transformer pour être plus résilientes, mais a aussi fait voir les équipes informatiques sous un jour beaucoup plus positif. L’opportunité est donc grande de profiter de ce « reset » relationnel pour installer dans la durée une nouvelle confiance.

4. Le besoin aigu de défricher l’innovation et de rendre simple l’accès à la donnée.

Plutôt qu’un simple rôle de support, notamment en matière de bureautique, les changements technologiques rapides font des DSI les garants de facto de la compréhension et de la cohérence desdites technologies. Cette posture d’expert, de « copilote pour le business » pour reprendre l’expression d’un DSI, qui expliquera les impacts de la transformation au reste de l’entreprise, nécessite un travail rigoureux, sur le fond comme sur la forme. Toutefois, elle est naturellement renforcée par le fait d’utiliser les technologies numériques et innover, et qu’en cela, les métiers de l’industrie ont besoin d’accéder à des données issues de toute l’entreprise (et d’ailleurs), de façon simple, efficiente et sûre. Or, cela n’est possible qu’avec une coopération renouvelée avec les équipes informatiques qui maîtrisent les infrastructures sur lesquelles sont stockées et transitent ces données. Surtout quand il s’agit de sortir des silos que chaque département a pu construire autour de lui !

Les cinq priorités de l’industrie pour une meilleure collaboration IT-metier

Ces différentes accélérations expliquent que la situation des équipes informatiques et métiers, et leur relation, peuvent dorénavant être bien différentes. Il est donc urgent de consolider certains des acquis obtenus à l’occasion des 24 derniers mois dans cette coopération IT-métier. Dans cet objectif, les priorités exprimées par les DSI interrogés se regroupent en plusieurs axes clés.

  1. Établir un rapport plus sain avec le marché.
  2. Changer le discours et changer la gouvernance.
  3. Incarner l’alliance entre l’IT, le digital et la data.
  4. Gérer différemment l’adoption et le cycle de vie des applications.
  5. Ne pas oublier les autres métiers.

👉 Découvrez le détail de ces 5 priorités dans notre carnet « Industrie : comment les DSI créent plus de valeur avec les métiers ? », à télécharger

Cette synthèse ne peut évidemment que survoler les nombreux sujets abordés, qui mériteraient pour chacun d’entre eux une analyse spécifique. Cependant, elle permet de se rendre compte de la variété des thèmes qui influent sur la qualité de la coopération entre les équipes informatiques d’un industriel et le reste de ses métiers. En interrogeant les participants à notre atelier, sur la maturité d’une organisation en la matière, un point est ressorti : face aux changements technologiques rapides en cours, l’entreprise et en particulier sa DSI, juge-t-elle qu’elle a les moyens d’être sélective et exigeante ? Ou au contraire subit-elle la transformation ?

En filigrane, derrière ces interrogations, on retrouve les ingrédients de ce qui assure une relation productive avec les équipes business de l’entreprise. Si celles-ci peuvent être tentées de prendre leur destin en main sans s’appuyer sur leur IT, elles risquent, peut-être pas immédiatement mais à terme, un dur retour à la réalité. Derrière cette réalité justement, se cache la nécessité de sortir des logiques de pré carré, et, comme l’a si bien rappelé l’un des contributeurs sollicités : l’urgence absolue est de sortir des batailles d’égo quand la finalité est de transformer l’entreprise dans son ensemble.


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